Éditorial

Vins québécois dans les épiceries: loin de la coupe aux lèvres

Plusieurs nouvelles ont retenu notre attention dans l'actualité vinicole du Québec cette semaine.
 
Premièrement, on nous annonce que les vins québécois seront finalement dans les épiceries avant la fin de l'année.
 
Le ministre de l'Agriculture du Québec, cité par le Journal du Québec prédit que «les Québécois pourront se procurer des bières artisanales, vins et alcools distillés de producteurs québécois dans les dépanneurs, les épiceries et chez les producteurs, en plus de la SAQ, avant la fin de 2014.»
 
D'un autre côté, la SAQ se vante d'avoir fait augmenter de 40 % la vente de vins québécois dans ses magasins. 40 % de quoi? 40 % de peu. C'est en fait 41 000 bouteilles. Donc un peu plus de 10 % des 400 000 bouteilles que la SAQ égare chaque année. Et c'est peu comparé aux ventes d'un seul vin Le Ménage à Trois qui fait 1,7 million de bouteilles.
 
La SAQ forcée par le gouvernement Marois a finalement fait une bonne place aux vins du Québec sur ses étagères. La SAQ paie la bouteille 5 $, après marge de 135 % soit 7 $ de la SAQ plus les taxes, le vin est vendu 15 $ aux consommateurs. Puis le gouvernement retourne 4,70 $ aux vignerons pour chacune de leurs bouteilles vendues 5 $ à la SAQ. 
 
Les vignerons du Québec reçoivent ainsi près de 10 $ la bouteille. C'est le double de ce qu'on paie aux producteurs de 75 % des bouteilles vendus à la SAQ, soit les vins courants et plus du double de ce qui est payé aux producteurs qui vendent leurs vins en vrac pour les épiceries.
 
Après avoir fait tant d'effort, est-ce que la SAQ laissera partir les vins québécois au profit des épiceries ou est-ce qu'elle acceptera de partager ce marché avec les dépanneurs?
 
Le ministre tutélaire de la SAQ, le ministre des Finances Carlos Leitão n'a pas encore confirmé ou infirmé les propos de son collègue à l'agriculture.
 
Il est fort à parier que la force d'inertie des dirigeants du monopole SAQ ne voudra pas de ce mouvement en faveur des épiciers.
 
Pendant ce temps, au niveau fédéral, on nous annonce que les négociations pour la libéralisation du commerce interprovincial reprendront à l'automne.
 
Le ministre fédéral de l'Industrie James Moore dit que la venue d'un gouvernement fédéraliste à Québec est «le dernier morceau du casse-tête qui manquait pour relancer les négociations entre Ottawa et les provinces pour éliminer les entraves au commerce intérieur.»
 
Le gouvernement fédéral avait tenté il y a deux ans avec la loi C-311 de lever les barrières du commerce du vin au Canada, mais toutes les provinces sauf le Manitoba ont aussitôt imposé des restrictions.
 
On peut se demander maintenant, si les épiciers et dépanneurs du Québec pourront bientôt aussi vendre du vin canadien avec le vin québécois?
 
Les demandes de libéralisations sont fortes, justifiées et constantes, mais la force d'inertie face à tout changement est aussi très forte au pays.

LA SAQ VEUT CONCURRENCER LES ÉPICIERS DANS LEURS COMMERCES

ÉDITORIAL

Il faut avoir tout un culot!
Les dirigeants de la SAQ ont du front tout le tour de la tête!

Après avoir vu que leur équivalente en Ontario (LCBO) a installé 10 kiosques dans des épiceries (CBC), les dirigeants de la SAQ veulent installer des succursales entières avec leurs personnels dans les grosses épiceries du Québec, nous dit Marie-Ève Fournier dans La Presse d'aujourd'hui.

Les patrons de la SAQ leur demandent d'agrandir et de leur céder 1500 pieds carrés afin qu'ils puissent y vendre 500 produits du monopole.

Il faut tout un culot. La SAQ fait une concurrence déloyale aux épiciers en les forçant à vendre de la piquette embouteillée dans des usines au Québec. Une de ses usines (La Maison des Futailles) appartenait  il n'y a pas longtemps à la SAQ elle-même. Elle a dû s'en départir, le conflit d'intérêts était trop visible.

La SAQ et sa soeur la Régie des alcools interdisent aux épiciers d'indiquer le cépage des vins vendus et autres chinoiseries du genre.

La SAQ fait des ventes à répétition, alors que les épiciers doivent leur demander la permission pour offrir des rabais sur les vins. Conséquence, les ventes de vins ont fortement diminué aux épiciers. (Soit -2,7 %; -8 millions de $ l'an dernier, et 1,8 million de bouteilles de moins, soit une diminution de 3,5 %, selon le rapport annuel de la SAQ. Il faut dire ici que c'est en partie dû à une baisse des inventaires dans les entrepôts des épiciers.)

Il faut dire ici qu'il serait tout à fait normal — comme dans tous les autres pays civilisés — que le consommateur puisse acheter son vin (de qualité) tout en faisant l'épicerie.

Mais au lieu de permettre aux épiciers de vendre le vin embouteillé qui dort dans les entrepôts de la SAQ, elle veut aller s'y installer avec ses gros sabots et ses fonctionnaires.

La SAQ, malgré ses campagnes de rabais répétitives, a vu ses ventes, ses bénéfices et l'achalandage diminué au cours des 15 derniers mois. Elle propose donc aux épiciers de sauver le monopole. C'est un peu incongru!

D'ailleurs, une porte-parole de Loblaw a dit à La Presse: «il n'y aura pas ça dans nos magasins».

Les trois grandes chaînes de supermarchés Loblaws/Provigo, Sobeys/IGA et Métro contrôle 70 % du marché québécois de la distribution d’aliments. (RICG)

La solution serait plutôt de permettre aux 900 supermarchés de piger dans le stock de 8000 vins du répertoire de la SAQ et de pouvoir vendre ainsi des vins de qualité dans les Loblaw, Métro, Provigo et autre IGA.

La suffisance des relations de presse de la SAQ

ÉDITORIAL

Pour le public, les relations publiques de la Société des alcools du Québec passent par le personnel en succursale, les caissiers, les placiers et conseillers. Ça se passe en général très bien, le personnel de la SAQ est souvent courtois malgré la charge de travail élevée et les relations de travail pas toujours très franches.

Toutefois, pour le journaliste, les relations avec la SAQ, c'est forcé de passé par le service de presse et là c'est moins cordial.

Je vais donner deux exemples. Le 11 $ et l'ex-rédacteur en chef.

Le nombre de vins à bas prix ne cesse de diminuer sur les rayons de la Société des alcools. Les deux porte-parole de la SAQ (car les dirigeants ne parlent jamais aux journalistes) promettent d'augmenter l'offre de vin à bon prix. En février dernier, ils annoncent qu'ils vont offrir 5 à 10 vins de moins de 11 $. Il va s'écouler un an avant que 6 et seulement 6 de ces vins arrivent sur les rayons. Il y en a 2 aujourd'hui et les 4 autres bientôt. Toutefois, entretemps, la SAQ a fait baisser de moitié le nombre de vins de moins de 11 $ sur ses rayons. Ils étaient 141 en janvier 2013, il ne sont que 72 aujourd'hui, y compris les 2 nouveaux.

Sur le site internet du journal La Presse, nous lisons, hier, un porte-parole de la SAQ qui dit «On respecte notre engagement puisqu'on ajoute cette année six nouveaux vins dans ces prix».

M. Renaud Dugas ajoute «On sait qu'il y a une clientèle pour les produits d'entrée de gamme. Alors, on vient d'en ajouter six. Pour l'instant, c'est suffisant.»*

C'est suffisant, qu'est-ce qui est suffisant. C'est celui qui le dit qui l'est. «Une clientèle pour les produits d'entrée de gamme». Quelle belle manière de traiter ses clients. Des amateurs d'entrée de gamme, de bas de gamme. C'est symptomatique du comportement des gens des relations de presse de la SAQ: suffisant, hautain, irrespectueux et contrôleur.

Oui, c'est suffisant pour les buveurs de bibine!
Pourquoi acceptons-nous encore que ce soit des fonctionnaires grassement payés et suffisants qui choisissent le vin que nous aurons le droit de mettre sur notre table, qui augmentent inlassablement les prix et qui nous disent de leur hauteur que nous devons nous contenter de cela?  Ça suffit! j'en peux plus.

Deuxième exemple
Ces fonctionnaires suffisants viennent d'interdire à leur ancien rédacteur en chef de leur revue Cellier de se présenter aux dégustations de la SAQ à Monréal. Quelle indocilité a pu commettre M. Marc Chapleau pour être exclu de ces évènements. Les relations de presse SAQ organisent régulièrement des dégustations sur les arrivages de grands vins, les grands vins italiens, les grands bourgognes... et ils choisissent et invitent quelques personnes qui sont généralement des chroniqueurs de vin. Ils se servent de ces invitations pour essayer de maintenir une certaine docilité, voire complicité de ceux qui écrivent sur le vin. D'autres (quatre connus) sont exclus; ce sont des critiques, moins dociles.

C'est vraiment pitoyable. Dans une société civilisée comme le Québec. Nous devrions nous attendre à un comportement plus professionnel et plus respectueux d'agents de l'État. Plus respectueux envers les journalistes qui sont des agents de communications entre l'État et le public, mais surtout plus respectueux envers le citoyen, consommateur, contribuable même s'il n'a que les moyens de se payer les vins de bas de gamme.

Ça suffit, la suffisance!

Avis à ceux que certains de la SAQ traitent de buveux de bas de gamme, il y a beaucoup de bons vins qui ne sont pas nécessairement chers, voir vinquebec.com/lesmeilleursvins

  M. Dugas affirme qu'il n'a pas employé le mot suffisant. Il a toutefois répondu positivement à la question «Est-ce suffisant?»

IL N'Y EN AURA PAS DE RÉSOLUTIONS !

Certains se souviendront d'Olivier Guimond qui disait dans ses spots publicitaires «Il n'y en aura pas de commercial!» «Lui, y connait ça!»

On nous dit que nous sommes chanceux au Québec, nous avons un bon monopole qui nous donne un choix mirobolant de 10 000 vins. Oui, ils sont chanceux à Cuba aussi, tout comme en Syrie, en Birmanie, en Irak et en Arabie Saoudite: ils ont du soleil à longueur d'année et pas de neige quatre mois par année (huit selon TF1).
Préfère-t-on un dictateur qui nous gave ou un démocrate qui nous laisse choisir?

On nous dit qu'il y a des snobs dans le monde du vin et l'on voudrait que ça cesse.
Le monde du vin est un monde de goût, de mode, de culture. Il y a toujours eu des snobs dans les mondes du goût. Et si ça leur fait plaisir!

On nous dit que nous ne devons pas employer des mots trop compliqués pour décrire le vin. Oui, c'était embêtant il y a quelques années, il fallait se lever et aller voir au dictionnaire. Aujourd'hui, d'un clic on connait la signification d'un mot et on apprend.

On nous dit que les gens ont de la difficulté à parler du vin! Si l'on cessait de leur chantonner des fraises et des fruits tropicaux; si l'on cessait de parler du nez et si nous parlions plus de la bouche, peut-être que les gens comprendraient mieux et développeraient du vocabulaire pour s'exprimer.

On nous dit que le vin est un simple liquide, un simple aliment. On laisse entendre qu'il faut faire simple. Et la patate, et la carotte, alors? Est-ce qu'on en parle autant? Non, le vin est plus que cela, sinon pourquoi on en parle tant? Le vin c'est à la fois simple et compliqué. Plus compliqué que simple. C'est un peu comme l'architecture. Plus on apprend, mieux on comprend et le plaisir s'amplifie.

Si j'avais une résolution à prendre, ce ne serait pas celle de changer le monde, mais celle de le comprendre.

Alors, je vais plutôt continuer d'essayer d'apprendre et d'informer.

Bonne année!

Le goût des chroniqueurs canadiens de vin

Quatorze chroniqueurs vin du Canada ont été rassemblé à Toronto pour juger 1000 vins dans ce qui est appelé le The world wine awards of Canada 2013.*

Ils avaient à juger des vins par pays, cépages et prix, jusqu'à 50 $.

Dans la catégorie des 25 - 50 $, les meilleurs vins du monde sont: Tarapaca, Sokol, Blass, Barry et Stag!

Les résultats obtenus sont fort étonnants!
Dans la catégorie «Best of variety $ 15 to $ 25», en rouge, il n'y a aucun vin de France, ni d'Italie, ni d'Allemagne, ni d'Espage! En blanc, il y a un italien, un du Frioul!

À moins de 15 $, il y a un alsacien (Lorentz) et un français (Ogier)!

Si l'on regarde les résultats par pays, notre étonnement s'amplifie.
Le meilleur vin d'Espagne selon ces messieurs dames du Canada est un cava de Freixenet; le meilleur vin de France est un chablis de Laroche; le meilleur vin d'Italie est le même vin du Frioul.

Par cépage maintenant. Le meilleur pinot noir est un Whitehaven; le meilleur viognier est Inniskillin; le meilleur chardonnay boisé est Wolf; le meilleur malbec est Trapiche; le meilleur merlot (du monde!) est Concha; la meilleure syrah est du Chili (aucun vin du Rhône dans les meilleures syrahs); le meilleur canadien est Gray Monk Riesling; le meilleur africain est Goats do Roam White; le meilleur américain est Fume Blanc et le meilleur sauvignon blanc (du monde) est un Howling Bluff.

Là je suis vraiment bluffé! Ces gens ne connaissent-ils pas la Loire, Bordeaux, Bourgogne, Piémont, Châteauneuf, Cahors, Rioja, Sicile...?

Il n'y a pas de catégorie grenache à ce concours; d'ailleurs à qui l'auraient-ils donnée?

Terminons avec le champagne, dans la catégorie le meilleur mousseux WineAlign World Wine Awards of Canada 2013 est Wolf, suivi d'un champagne Cattier, d'un Freixenet et pas loin du fameux Henkell!

«World wine awards of Canada 2013 - Grands prix canadien (sic) des vins du monde», écrivent-ils sur leurs médailles. De quel «monde» parle-t-on?

Leurs goûts semblent être si différents des nôtres!

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* «The World Wine Awards of Canada (WWAC) held annually in September is open to both imported and domestic wines for sale in Canada, provided the wine sells for less than $50 somewhere in the country.  As a consequence it is an opportunity for all wines sold here to show that they can compete in quality and value with wines from anywhere in the world.»(
www.winealign.com/awards)

La SAQ sulfite Julia Wine

Un vrai roman kafkaïen que cet imbroglio entre la SAQ et la Julia Wine.
Julia Wine disait ce matin que la SAQ lui devait 1 million de dollars. (Vin Québec)
La SAQ répond que c'est faux, puis finalement lui envoie aujourd'hui un chèque de 742 000 $. (Le Soleil)
Julia Wine dit que la SAQ lui en doit encore, soit 147 000 $.
La SAQ exige de connaître les noms de ses futurs clients. (Huffington Post)
Julia dit que c'est secret commercial.
La SAQ dit qu'il n'y a pas assez de sulfite dans les vins de Julia dans ses entrepôts.
La SAQ dit que les vins de Julia ne sortent pas assez vite des entrepôts et dit craindre l'oxygénation.
Elle retient les paiements.
Julia dit que la SAQ exige qu'elle remplisse ses espaces d'entrepôt à 90 %, sinon on lui coupe ces espaces.
La SAQ dit que Costco ne veut plus des vins de Julia.
Costco dit que ce n'est pas vrai.
Couche-Tard veut acheter et vendre du vin de Julia, mais dit que la SAQ met des bâtons dans les roues.

Il y a d'un côté les producteurs, les vendeurs et les acheteurs, mais entre les deux il y a la SAQ qui veut contrôler l'achat, l'entreposage et la vente.
Légalement, c'est elle qui a le monopole de l'achat et de la vente, mais dans la réalité, c'est plus compliqué.
Donc, l'acheteuse Julia doit négocier l'achat, mais c'est la SAQ qui achète; puis Julia doit négocier la vente, mais c'est la SAQ qui vend. Entretemps, il faut entreposer, et ça doit être à la SAQ qui a aussi le monopole de l'entreposage.
Et là-dessus, les factures circulent; les chèques circulent, ne circulent pas.
Est-ce qu'il n'y a pas trop de mains dans la pâte?
C'est sulfitant à la fin!

La SAQ est dans le trouble!

Ça va mal à la Société des alcools du Québec: les ventes baissent!

Les ventes en volume ont diminué trois trimestres de suite. Une baisse de 266 000 bouteilles pour le troisième trimestre de l'an dernier (Noël) comparé au même trimestre de l'année 2011; de 390 000 bouteilles au quatrième trimestre (Pâques) et de 532 000 bouteilles pour le premier trimestre de cette année (avril-mai-juin). Du jamais vu! 

Donc, près de 1,2 million de bouteilles de moins en neuf mois! *

Que s'est-il passé?
Pourtant, la directrice des communications de la SAQ disait bien l'an dernier que les Québécois voulaient des vins plus chers.

Montée en prix
La SAQ a entrepris depuis deux ans un audacieux programme dit de «montée en gamme».  Elle demande aux producteurs de nous fournir des vins plus chers.  Dans ses appels d'offres, elle exige que les vins soient de plus de 15 $.

La SAQ a éliminé la catégorie des vins de moins de 10 $ sur son nouveau site internet.
La catégorie des vins de moins de 15 $ s'amenuise chaque mois au détriment de celle de plus de 15 $. Ils ne sont plus que 761 vins de moins de 15 $, alors qu'il y en avait 926 en décembre dernier et 1040 en mars 2009.

Sur les rayons des magasins de la SAQ, il y a mille vins de plus dans la catégorie de prix de 15-20 $ que dans celle de moins de 15 $.

Il y a quelques années, les vendeurs de la SAQ nous proposaient les Fuzion, les Candidato, les Flichman, Gato Negro et autres Saveurs Oubliées; tous à moins de 12 $. Maintenant, ils poussent les Ménages à trois 19 $, les Liano 26 $...

Sur les 28 nouveaux vins annoncés dans SAQ.com seulement, 5 sont de moins de 15 $.
Le prix moyen des vins dans le catalogue Cellier de la SAQ du 5 septembre est de 32 $.

Est-ce que les Québécois ne boivent que du vin de dégustation? Peut-on dépenser 32 $ pour chaque repas accompagné de vin. Peut-on toujours consacrer pour le vin trois à six fois plus ce que nous coûte le met qu'il y a dans notre assiette?

Pousser par les demandes incessantes du gouvernement qui prend la SAQ pour un aspirateur à dollars, les gens de la société d'État nous vendent les vins plus chers.

Toutefois, ils viennent de frapper un mur. Cette opération montée en gamme — traduisons par faire payer plus cher le citron de consommateur — ne semble pas bien fonctionner. Il y a des ratés. Les ventes de vin en volume baissent et les bénéfices escomptés ne sont pas au rendez-vous. Pourtant, les ventes de cidre, de bière et de spiritueux progressent!

Que s'est-il passé? Le consommateur n'a pas suivi. Il a moins acheté de vin. Pourquoi? La réponse n'est pas claire. La chute est récente. Trois trimestres c'est peu.

Nous pouvons chercher des éléments de réponse dans ce remue-méninges.
Perte de confiance, Commission Charbonneau, portefeuille non élastique, manque de transparence des dirigeants de la SAQ, limites du pouvoir d'achat, consommateurs plus éclairés, image ternie de la SAQ,  mauvaise presse, trop de changements dans la répartition des produits dans les succursales, marketing déficient, changement de mode, de goût, vieillissement de la population, température...

Est-ce qu'on a trop voulu presser le citron?
Devant ces baisses répétées de ventes en volume, les dirigeants de la SAQ annoncent qu'ils vont utiliser «des stratégies de mise en marché et de campagnes promotionnelles des plus stimulantes

Et s'ils faisaient plutôt des efforts pour trouver de bons vins à bon prix?

   * Texte modifié le 3 septembre afin d'ajouter les chiffres du 4e trimestre 2012-2013.

Préférez-vous l'original ou l'imitation?

Est-ce que vous préférez boire l'original ou l'imitation?

Dernièrement, je dégustais des vins italiens avec des amis dans un gazébo (Au Québec, gloriette, kiosque de jardin quelquefois en bois avec moustiquaire).

À un moment donné, un participant dit «un vin fait de cépages internationaux».
Ça m'a surpris, car ça n'existe pas des cépages internationaux!
Il avait deviné que ce vin d'Italie était fait de cabernet sauvignon et de merlot.
Ce sont des cépages français, des cépages bordelais pour être plus précis.

Cette expression, cépages internationaux, est employée surtout dans les médias américains. Ils n'osent peut-être pas dire cépages français.

En fait, le vin (Ghiaie de la Furba 2007) contenait aussi de la syrah. On est toujours en France.

Le vin suivant (Piastraia 2007) était aussi fait de cépages bordelais avec un peu de sangiovese.
Là encore, les participants ont reconnu cette présence étrangère dans ces vins de Toscane.

Pourquoi cette mise en situation? Eh bien pour dire qu'encore une fois les vins faits de cépages originaux, autochtones ont été plus agréables que ceux faits de cépages étrangers, ici français.

Beaucoup de producteurs de nombreux pays essaient d'imiter les vins rouges français, principalement les vins de Bordeaux en utilisant leurs cépages.

En général, les imitations ou ces tentatives d'imitation n'atteignent pas la qualité et la finesse des originaux, surtout en rouge.

Ces producteurs en font trop. Trop boisé, trop tannique, trop confituré, trop joufflu, trop corpulent. Trop de trop!
Remarquez il y a tout de même des gens qui aiment cela.

Il y a quelquefois de belles réussites, comme en Bolgheri et autrefois en Californie, mais en général, on ne réussit pas à égaler les originaux. Faire plus gros, plus gras, bold and full bodied mène à la caricature. C'est comme ces personnes qui veulent faire chics et s'habiller comme des riches. Elles se rendent souvent ridicules, guidounes et quétaines. C'est la même chose pour les vins.

La Californie, l'Australie et l'Italie ont beau essayer d'imiter les Bordelais, ils réussissent rarement.
L'Argentine veut faire un bon malbec, mais il ressemble trop souvent au merlot; l'Australie veut faire de la syrah, mais son shyraz ressemble au zinfandel!

Il y a pourtant des cépages originaux dans le Nouveau Monde, comme le zinfandel, le mission, le watergate et le burger en Californie; ainsi que le torrontès et l'aconcagua en Argentine. L'Australie a son farana et son obourino.  Même l'Italie et la Grèce, pourtant bien pourvus en cépages originaux tentent d'imiter Bordeaux.

Tout ce monde veut faire du merlot et du cab. C'est une mode! Eh bien, je ne peux que leur souhaiter bonne chance, mais je dois constater qu'ils ont encore beaucoup de chemin à faire avant d'approcher de la finesse, de l'élégance et de la complexité des originaux.

Voilà pourquoi je préfère boire l'original.

Forcer la vente de vin de piètre qualité

ÉDITORIAL

Nos politiciens débordent d'idées farfelues. Sous le couvert de bonnes intentions, certains veulent nous inciter à acheter des vins de basse qualité!

Un député libéral a déposé à l'Assemblée nationale un projet de loi forçant la Société des alcools du Québec a promouvoir les boissons alcooliques fabriquées au Québec.

«Ce projet de loi prévoit que la Société des alcools du Québec a pour fonction de promouvoir les boissons alcooliques fabriquées au Québec.»

Le projet de loi no 395, déposé par le député de Huntington, Stéphane Billette, propose aussi que ces boissons alcooliques québécoises puissent être vendues par les épiciers.

«Il prévoit aussi que la vente de ses produits peut être effectuée directement à un titulaire de permis d’épicerie ainsi que directement à un titulaire de permis de restaurant pour servir

Vin ou distillat?
Étonnamment, le projet de loi ne mentionne pas du tout le mot vin. Il y est plutôt fait mention de «distillateurs», de «boissons alcooliques», d'«alcools et des spiritueux», de «permis de distillateur artisanal», de «fabriquer des alcools et des spiritueux», de «distiller les boissons alcooliques fabriquées», de «permis de production artisanale», de «permis de distillateur artisanal» et plus étonnant d'«importer les boissons alcooliques prévues par règlement pour les mélanger aux produits qu’elle fabrique».

Donc, ce projet de loi vise surtout à aider les distillateurs de boissons alcooliques de la province.

Du vin aigre
Il est tout de même fort probable que le terme boisson alcoolique employé dans cette loi concerne aussi le vin. On veut donc forcer la SAQ à promouvoir la vente de vin québécois. Mais agir ainsi c'est forcer les employés de la SAQ à vendre du vin de basse qualité. Car, disons-le franchement, le vin fabriqué au Québec est de piètre qualité en général. À quelques exceptions près, il est trop acide, acre, peu fruité, alcooleux et a des arômes et des saveurs déplaisantes.

Si le vin québécois est en général bien mauvais, ce n'est pas parce que nos vignerons sont mauvais, mais parce qu'ils utilisent de mauvais ingrédients. En effet, ici au Québec, sauf très rares exceptions, on utilise des cépages de piètre qualité, des cépages inférieurs, des cépages hybrides et rustiques qui donnent des raisins rustiques, acides et faibles en sucre.

Ces cépages sont interdits en Europe parce que donnant des vins de mauvaise qualité. Notre climat et nos connaissances actuelles ne nous permettent pas de faire pousser facilement des vignes de la classe des Vitis vinifera.

Cépages vinifera
Cabernet, merlot, syrah, sauvignon, chardonnay, riesling, pinot, sangiovese...

Cépages hybrides
Frontenac, seyval, vidal, maréchal Foch, de Chaunac, Lucie Kuhlman...

Donc, ces vins produits avec des raisins acides, doivent être corrigés par un ajout de sucre et de désacidifiant. En Europe, ces jus de faible qualité sont envoyés à la distillerie.

Québec, Niagara et Okanagan
Si on force la SAQ a vendre des vins acides du Québec, pourquoi ne pas aussi l'obliger à vendre des vins du Canada?

En effet, les vins de l'Ontario sont un peu moins mauvais que ceux du Québec et ceux de la Colombie-Britannique encore un cran supérieur à ceux de l'Ontario, malgré leur goût de vanille et de noix de coco.

Dans les épiceries
Les épiciers du Québec n'ont pas le droit de vendre du vin de bon niveau qualitatif. Ils sont obligés de vendre uniquement du vin importé en vrac et embouteillé au Québec.

Si on leur permet de vendre du vin du Québec, pourquoi ne pas leur permettre aussi de vendre du vin du Canada? Et tant qu'à faire, permettons-leur de vendre du vin de qualité embouteillé en Europe.

Position de la SAQ
Les dirigeants du monopole ont répondu à ce projet de loi en publiant un communiqué de presse dans la section Mise au point de leur site internet et dans la page opinion du quotidien La Presse. On y lit qu’«Environ 300 produits alcooliques du terroir, des vins, des cidres, des hydromels, des alcools de petits fruits et des liqueurs à base d’érable sont offerts sur les étalages des magasins SAQ.»

Puis, plus loin «la SAQ a fixé à 250 le nombre de magasins qui mettent davantage en valeur les alcools du terroir. Cette action permet de donner à ces produits une visibilité soutenue tout en respectant la capacité de production et de mise en marché des producteurs, qui ne pourrait pas soutenir tous les points de vente en ce moment.»

La SAQ termine sa mise au point par ceci: «La SAQ entend poursuivre ses efforts quant au rayonnement des produits québécois et elle le fera en respect des accords internationaux

Les accords internationaux? Voici, où ça devient intéressant! Est-ce qu'un monopole d'État peut favoriser les vins de son coin de pays au détriment des vins du reste du pays et des autres pays?

Intérêt des fabricants ou des consommateurs
Finalement, ce projet veut encourager les fabricants de boissons alcooliques du Québec, mais est-ce vraiment dans l'intérêt des consommateurs d'ici?
Nous croyons que non.

Il y a toutefois un point positif. Favoriser la production nationale au détriment de la production internationale, c'est ouvrir une brèche dans l'hermétisme du monopole. Et ceci pourrait être favorable à long terme aux consommateurs et amateurs de bon vin.

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Projet de loi no 395 - Loi modifiant la Loi sur la Société des alcools du Québec et la Loi sur les permis d’alcool:
Position de la SAQ - La SAQ, partenaires des produits d'ici; et Partenaire des vins d'ici, André Caron, SAQ.


La SAQ: encore moins transparente

C'est la Journée mondiale de la liberté de la presse!
La SAQ refuse de fournir la liste des produits ajoutés et enlevés de son répertoire des produits courants.

La SAQ dit qu'elle enlève des vins qui se vendent moins et les remplacent par des vins qu'elle espère vendre mieux. Des vins apparaissent et disparaissent régulièrement de la section des produits courants.

Quels sont les vins qui sont «délistés» et quels sont les vins qui les remplacent?
Peut-on avoir la liste?

Je fais une demande au service de presse de la Société des Alcools du Québec. Je demande la liste des vins retirés et ajoutés ainsi que leurs prix. On me répond que cela doit passer par le service d'accès à l'information.

Je fais donc le 2 avril une demande en vertu de la Loi d'accès à l'information pour avoir cette liste. On me répond le 3 avril que «dès maintenant, des recherches sont entreprises afin de retracer les documents demandés.» Et on me dit qu'en vertu de l'article 46 de la loi que j'aurai une réponse dans les 20 jours, soit avant le 22 avril.

Le 22 avril, je reçois une autre lettre me disant qu'on ne peut répondre à ma demande dans le délai de 20 jours. «Compte tenu de certaines contraintes, un délai supplémentaire de 10 jours est en effet nécessaire», écrit Mme Suzanne Paquin, secrétaire générale et vice-présidente des services juridiques de la SAQ. Mme Paquin ajoute «soyez assuré cependant que nous répondrons à votre demande au plus tard le 2 mai prochain.»

Le 2 mai: pas de réponse!

Le 3 mai, une lettre par Purolator signée de Mme Paquin me dit que «nous avons le regret de vous informer que nous ne pouvons vous communiquer le document demandé.»
Pourquoi?

«si ce document était dévoilé, cela risquerait vraisemblablement d'entraver des négociations en vue de la conclusion d'un contrat, de causer une perte à notre organisme, de procurer un avantage appréciable à une autre personne en plus d'avoir un effet sur une procédure judiciaire.»

On m'avise aussi que je peux demander à la Commission d'accès à l'information de réviser cette décision!

Étonnement!
Que de mal peut causer cette petite liste!
Entravez quelles négociations? Causer quelle perte? Donner un avantage à qui? Quelle procédure judiciaire?
Que veut cacher la SAQ et pourquoi?
En quoi cette liste serait dangereuse? Pour qui?

Loi d'accès à l'information et transparence de l'État
Dans son billet d'aujourd'hui, le président de la Fédération professionnel des journalistes du Québec, Brian Myles, souligne la Journée mondiale de la liberté de presse en demandant qu'on rafraîchisse la loi d'accès à l'information.

M. Myles lance un appel pressant à la première ministre, Pauline Marois, pour accroître la transparence de l'État. «Les journalistes... sont enfermés dans les dédales d'une bureaucratie gouvernementale qui considère malheureusement l'information publique comme sa chasse gardée.»

Le journaliste du Devoir écrit dans La Presse que «Les politiques de communication des organismes publics... posent une chape de plomb sur la presse

«Les lois d'accès à l'information, au Canada et au Québec, sont devenues des outils de contrôle de l'information à des fins politiques. Ces lois affirment que les documents des organismes publics sont accessibles à tous, sauf exception. Mais en pratique, les documents des organismes publics sont secrets, sauf exception.» La petite noirceur, Votre opinion, Brian Myles, président FPJQ, La Presse 3 mai 2013.

Pourquoi je demandais cette liste?
Mon hypothèse de départ est que la plupart des vins retirés du répertoire régulier de la SAQ sont des vins de moins de 15 $ et que la plupart des vins qui les remplacent sont des vins de plus de 15 $. Je veux tout simplement vérifier cette hypothèse.
Cette information serait donc, selon la SAQ dangereuse pour la SAQ et avantageuse pour quelqu'un!

Dans ses derniers appels d'offres, la SAQ demande des vins de plus de 15 $. Jusqu'au dernier appel d'offres, elle publiait les noms de certains vins retirés. Elle ne le fait plus!

Dans saq.com, l'on voit aujourd'hui qu'on a ajouté 20 nouveaux vins: 13 de 15 à 20 $, 4 de plus de 20 $ et seulement 3 de moins de 15 $.

Le nombre de vins de moins de 15 $ continue de baisser rapidement. Il n'y en a plus que 778 au 30 mai. On en a ainsi perdu 117 depuis le début de l'année. Pendant ce temps le nombre de vins plus chers continue d'augmenter.

Bouteilles vin 750 ml 12 janvier 2013 3 mai 2013
de moins de 15 $  895  778
de 15 à 20 $ 1635 1676
de 20 à 30 $ 2001 2115

 

Ajout 14 h.
On me signale que la SAQ n'a peut-être pas voulu fournir la liste à cause de la menace de recours collectif qui pèse sur elle. Bonne hypothèse!

 

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