Éditorial

Privatiser la SAQ : un débat futile

Et c'est reparti! On parle encore de privatiser la SAQ!
Mais qui veut vraiment privatiser la SAQ ? 
Pas les amateurs de vin en tout cas.
Ce que veulent les amateurs de vin du Québec c'est LIBÉRALISER LE COMMERCE DU VIN.
C'est autre chose.
Ce débat pourrait s'appeler : Ce soir on fait peur au monde. Vous allez perdre votre SAQ et le milliard de $ qui vient avec. De méchants entrepreneurs vont le prendre! Boubou!

C'est de la diversion, ça nous éloigne du vrai débat, des vrais enjeux qui sont plutôt de déconstiper le commerce du vin dans la Belle province!

Des règles rigides, sclérosantes, un carcan, des normes bureaucratiques qui empêchent les vignerons de vendre librement leurs vins, les dépanneurs de vendre librement du bon vin, les commerçants de commercer librement, les acheteurs d'acheter librement...

Résultats: la consommation de vin stagne au Québec; les revenus viniques du gouvernement baissent; les consommateurs sont insatisfaits et perdent confiance...

Là est le travail à faire : améliorer le système !

Sur le sujet

La SAQ attaquée! C'est dommage!

Éditorial    
La SAQ s'est sentie beaucoup attaquée ces derniers jours.
Elle a répondu en tentant de nuire à un journaliste.
Elle a publié ses échanges de courriel avant même que le journaliste (occupé à un autre dossier) ait publié son ou ses reportages sur le sujet.
Tactiques dignes des compagnies forestières et minières du siècle dernier,
C'est dommage!
 
C'est toujours la même tactique: sanctionner l'un pour l'intimider et faire peur aux autres.
On donne des faveurs à certains et on tente de punir les autres.
C'est dommage! 
 
Sur les réseaux sociaux, des individus ont emboité le pas à la SAQ et attaqué le journaliste. On sentait la haine et la vengeance! C'est incompréhensible.
Ils attaquent ainsi le messager.
C'est dommage!
 
Le rôle du journaliste c'est de donner de l'information. C'est souvent difficile lorsqu'on a affaire à des monopoles fermés.
 
Sur les réseaux sociaux
Les réactions des gens sur les réseaux sociaux et dans les commentaires à la suite des articles traitant de la SAQ sont souvent étonnantes. Certains font des crises d'urticaire lorsqu'ils voient une nouvelle qui leur semble défavorable à la SAQ.
C'est comme s'ils se sentaient attaqués personnellement! Le syndrome de Stockholm, peu-être? Ces gens semblent allergiques à toute nouvelle qui n'est pas positive concernant le vin ou la société d'État. Comme s'ils craignaient qu'elle allât fermer. Ils s'attaquent aussi aux messagers, souvent en se cachant derrière l'anonymat. C'est dommage!
 
Des dommages collatéraux
Le taux de satisfaction de la SAQ est très élevé. La cote d'amour de la SAQ est encore très bonne. C'est un service de proximité qui donne du plaisir. La plupart des gens qui y travaillent sont des passionnés. Ils nous rendent de grands services dans les succursales. Ce sont eux qui font face au public quotidiennement et qui subissent quelquefois les sarcasmes de quelques clients. C'est dommage, car les travailleurs de la SAQ subissent comme nous les décisions des patrons de la grosse compagnie.
 
Lorsque mis en cause sur la place publique, la direction de la SAQ se défend toujours en envoyant au front le petit nouveau, le dernier arrivé. C'est dommage, car la SAQ a plein de personnel expérimenté et respecté qui pourrait répondre de manière éclairante aux journalistes et au public. 
 
Nous vivons depuis quelque temps des transformations énormes dans le monde des médias et des communications. C'est l'instantané, le rapide, chacun tire plus vite que son ombre. Ce serait dommage si ces communications ne se faisaient pas dans le respect mutuel.
 
On a beau avoir des opinions bien tranchées, un esprit critique bien aiguisé, une volonté acharnée de défendre son patron. Nous pouvons exprimer fortement nos opinions, nos convictions, nos informations; mais de grâce, faisons-le dans le respect des personnes.

De la piquette à la SAQ ! ?

La nouvelle du Journal de Montréal, du Journal de Québec et de TVA disant que la SAQ vend du vin de dépanneur, donc du vin embouteillé au Québec a suscité beaucoup de commentaires sur les réseaux sociaux.

Les gens se sont sentis trompés par la SAQ. Les réactions sont à fleur de peau. «Irrespectueux, désolant, dégueulasse», s'est éclaté le député de Granby, François Bonnardel. «C'est un manque de respect complet envers la clientèle québécoise», ajoute-t-il. François Legault, le chef du parti Coalition Avenir Québec dit «je ne peux pas croire que le ministre va rester silencieux», face au refus du ministre Carlos Leitao de commenté ce dossier. (TVA)

Les commentaires sur internet sont tout aussi virulents «La devise de la SAQ :  L'important c $$$$$ , le reste on s'en SAQ.» «Honteux, mais je ne suis pas surpris», écrit un autre, «un problème d'éthique».

Des défenseurs de la SAQ ont bien tenté de tempérer le débat en écrivant que c'était le commerce normal, rien de particulier au Québec et en accusant le journaliste d'avoir choisi peu d'exemples; ça n'a pas empêché les détracteurs de la SAQ d'attaquer encore le monopole du vin sur les radios. (Dutrisac et Paul Arcan)

Ce qui m'a le plus étonné, s'est de constater que les gens ne savaient pas que la société d'État vend des vins importés en vrac. En fait, les gens sont surtout choqués d'apprendre qu'on leur cache quelque chose! Il est temps que la grande presse s'intéresse à ce que fait la SAQ, car la presse spécialisée du vin, sauf quelques exceptions, parle peu de l'aspect économique du vin.

Un journaliste de la télévision m'a dit aujourd'hui que c'est une nouvelle négative. Je l'ai repris en disant que non c'est plutôt positif. Plus les gens en savent, plus ils sont informés et plus ils pourront tenter d'améliorer le système.

On est encore devant une admiration béate du vin. Le vin c'est de la chimie et du commerce, et pas seulement du plaisir.

Comment faire pour ne pas se faire avoir?
C'est la question posée aujourd'hui. La réponse n'est pas facile. Même ceux qui fréquentent le vin tous les jours ne s'y retrouvent pas toujours!

Il faudrait plus d'informations et plus de transparence de la société d'État. Pourquoi ne pas le dire tout simplement que tel vin est importé en vrac, qu'un autre a x quantité de sulfite, qu'un autre a 5-10-15 grammes de sucre résiduel, que son pH est de 3,3 ou de 3,7, soit quatre fois moins acides.

La SAQ a republié aujourd'hui une liste des produits embouteillés au Québec qu'elle vend. Elle en a oublié, pourquoi?

Pourquoi ne pas l'indiquer sur la bouteille et sur son site. Un oenologue me dit aujourd'hui qu'il faut bien lire les étiquettes et contre-étiquettes. J'essaie, mais ce n'est pas toujours évident; en fait c'est rarement évident. Quelquefois si nous regardons attentivement nous pouvons les déceler, comme ici «Produit de l'Australie... Montréal, Québec, Canada» ou là «Australie-Méridionnale... Constellation Brands Québec.»

Les gens des communications de la SAQ ont beau répondre qu'ils suivent toutes les règles, que tout est conforme à la Loi; il semble que les consommateurs du Québec s'attendent à plus de leur société d'État!

Un quart du vin importé au Canada l'est en vrac, il faut bien qu'on le retrouve quelque part. Les bénéfices sur ces vins achetés 1 à 2 dollars le litre et revendus 11 à 18 $ la bouteille sont énormes, c'est tentant.

Ce ne sont pas nécessairement de mauvais vins, mais c'est un peu comme le Cheese Whiz face au Pied de vent, il y a tout de même une bonne différence.

Trop de restaurants ou pas assez de clients?

Le point de vue de l'amateur de vin

Après des restaurateurs de Québec, c'est au tour de restaurateurs de Montréal de demander de limiter le nombre de nouveaux restaurants.
Ils disent qu'on ouvre trop de nouveaux restaurants et que cela leur fait trop de concurrence.
 
Ils prétendent qu'il y a trop de restaurants. Donc, ils demandent qu'on en réduise le nombre.
Mais est-ce vraiment là le problème? Quelle est la cause? Est-ce que ce ne serait pas plutôt qu'il n'y a pas assez de clients pour le nombre de restos? Une baisse de la clientèle?
Donc, si la cause est la baisse de la clientèle, il faut chercher pourquoi. Puis essayer de faire revenir la clientèle.
 
Le point de vue de l'amateur de vin
Je vais moins souvent au restaurant depuis quelques années et je constate que c'est le cas de plusieurs de mes connaissances. Pourquoi? À cause du vin.
 
Lorsque l'on choisit d'aller au restaurant, c'est souvent pour une expérience gastronomique et pour passer une belle soirée. On veut y manger ce que l'on ne se fait pas à la maison, faire des découvertes. On veut manger mieux qu'à la maison.  Donc, on accepte de payer 25 ou même 35 $ pour un plat. On voudrait aussi avoir un meilleur vin qu'à la maison. Mais c'est là que ça accroche. Le moindre petit vin est deux fois plus cher que le plat. Pour une occasion spéciale, on veut se payer un vin aussi spécial, mais le vin de 25 $ SAQ est 75 $ au resto. Le vin de 30 $ SAQ est 90 $. On se voit donc forcé de boire moins bien qu'à la maison et de commander un petit vin à 50 $ (15,80 $ SAQ).
 
Les amateurs de vin sont aussi amateurs de bonne bouffe. Les restaurateurs éloignent ces gens et se privent ainsi d'une bonne clientèle.
 
Est-ce que nous acceptons de payer une prime de 50 $ pour un vin de 25 $? 
Ainsi, plusieurs amateurs de vin choisissent d'aller dans les restaurants apportez votre vin, ou de rester à la maison près de sa cave à vin, de son cellier.
 
S'il n'y a pas assez de clients, ce n'est pas la faute des clients ou des autres restaurants.
 
Alors, comment faire pour attirer de nouveau les amateurs de vin au restaurant?
Réduire le prix des vins. Un taux fixe de 5 à 10 $ par bouteille serait plus juste. Ceci implique de hausser le prix des plats. Les AVV réussissent. Il y aurait ainsi un meilleur équilibre des prix mets/vins.
 
Il y a bien d'autres facteurs qui expliquent aussi la baisse de la clientèle. Les gens font mieux à manger maintenant; les hommes font la cuisine les fins de semaine; les consommateurs sont mieux informés; pendant que des restaurateurs offrent encore des mets surcuits, trop salés, peu de légumes...
 

PKP parle à la SAQ

Ya tu d'la bière icitte?

Sur sa page Facebook le possible futur premier ministre du Québec, Pierre Karl Péladeau, demande à la Société des alcools du Québec de faire la promotion des bières du Québec.

Le député du Parti Québécois écrit «La grosse problématique à ce sujet, et j'ai aussi eu l'occasion d'en parler avec plusieurs micro-brasseurs, c’est que nous ne pouvons trouver ces produits fabriqués au Québec à la SAQ. Ne devrions-nous pas, compte tenu de la difficulté qu'ont les micro-brasseurs d'intégrer le réseau conventionnel de la distribution, que la SAQ puisse s'engager à promouvoir les produits d'ici et d'en considérer une certaine préférence nationale ?»

M. Péladeau réagissait à un article de samedi dernier du quotidien Le Devoir Le deuxième boom des microbrasseries qui fait état du succès grandissant des microbrasseries du Québec.

Cette demande du député est reprise ce matin dans le quotidien Le Devoir sous le titre La SAQ accusée de laisser tomber les brasseurs du Québec.

«Le député péquiste Pierre Karl Péladeau reproche à la Société des alcools du Québec (SAQ) de ne pas soutenir suffisamment les microbrasseries québécoises. Un point de vue partagé par l’Association des microbrasseries du Québec (ABMQ)», écrit la journaliste Isabelle Porter.

La SAQ répond que ce sont les microbrasseries qui la boudent. Il faut dire aussi que la SAQ impose des règles strictes et monopolistiques. Si un microbrasseur vend à la SAQ, il n'a pas le droit de vendre en épicerie. «De toute façon, la SAQ est d'abord une destination vins», dit le porte-parole de la SAQ au Devoir.

Le porte-parole des microbrasseries affirme, de son côté, que les dirigeants de la SAQ devraient être plus flexibles et «permettre à celles qui sont en région éloignée de les vendre aux détaillants de leur marché de proximité tout en étant distribuées dans les SAQ à l’extérieur de leur région.»

Toutefois, nous pouvons nous demander si les dirigeants de la SAQ sont vraiment intéressés à vendre de la bière, de la «petite bière»? C'est loin de leurs «montées en gamme». C'est beaucoup de manipulation pour de petites bouteilles. La bouteille de vin rapporte en général au moins 10 $. Ce n'est pas le cas de la bouteille de bière. Puis, il aurait le problème éthique de la consigne. Pourquoi les épiceries seraient-elles obligées de reprendre les bouteilles vides alors que la SAQ ne le fait pas?

Sur les 10 000 produits actuellement disponibles à la SAQ, il n'y a que 93 bières, dont seulement 7 du Québec et 2 du Canada.

 (Voilà pour l'information, voici maintenant la partie éditoriale.)

Dans la gueule du loup
Si l'industrie des microbrasseries se développe bien au Québec, n'est-ce pas parce qu'elle n'est pas sous le joug de la SAQ?

Comparées à l'industrie du vin québécois qui subit les diktats des fonctionnaires de la SAQ, les microbrasseries peuvent vendre leurs bières partout au Québec.

Les brasseries fonctionnent selon les règles du libre marché, pendant que les vignerons du Québec doivent obéir aux règles fixées de manière despotique par des fonctionnaires de la SAQ et de la Régie qui les empêchent de vendre dans les épiceries et autres commerces.

Nous observons que les dirigeants de la SAQ ne veulent pas suivre les règles du marché, mais veulent fixer arbitrairement leurs propres règles et les imposer au marché.

Alors, les microbrasseurs devraient agir avec prudence et y penser à deux fois avant de se placer sous la coupe des dirigeants de la Société des alcools du Québec.

Bonne année 2015!

Vins québécois dans les épiceries: loin de la coupe aux lèvres

Plusieurs nouvelles ont retenu notre attention dans l'actualité vinicole du Québec cette semaine.
 
Premièrement, on nous annonce que les vins québécois seront finalement dans les épiceries avant la fin de l'année.
 
Le ministre de l'Agriculture du Québec, cité par le Journal du Québec prédit que «les Québécois pourront se procurer des bières artisanales, vins et alcools distillés de producteurs québécois dans les dépanneurs, les épiceries et chez les producteurs, en plus de la SAQ, avant la fin de 2014.»
 
D'un autre côté, la SAQ se vante d'avoir fait augmenter de 40 % la vente de vins québécois dans ses magasins. 40 % de quoi? 40 % de peu. C'est en fait 41 000 bouteilles. Donc un peu plus de 10 % des 400 000 bouteilles que la SAQ égare chaque année. Et c'est peu comparé aux ventes d'un seul vin Le Ménage à Trois qui fait 1,7 million de bouteilles.
 
La SAQ forcée par le gouvernement Marois a finalement fait une bonne place aux vins du Québec sur ses étagères. La SAQ paie la bouteille 5 $, après marge de 135 % soit 7 $ de la SAQ plus les taxes, le vin est vendu 15 $ aux consommateurs. Puis le gouvernement retourne 4,70 $ aux vignerons pour chacune de leurs bouteilles vendues 5 $ à la SAQ. 
 
Les vignerons du Québec reçoivent ainsi près de 10 $ la bouteille. C'est le double de ce qu'on paie aux producteurs de 75 % des bouteilles vendus à la SAQ, soit les vins courants et plus du double de ce qui est payé aux producteurs qui vendent leurs vins en vrac pour les épiceries.
 
Après avoir fait tant d'effort, est-ce que la SAQ laissera partir les vins québécois au profit des épiceries ou est-ce qu'elle acceptera de partager ce marché avec les dépanneurs?
 
Le ministre tutélaire de la SAQ, le ministre des Finances Carlos Leitão n'a pas encore confirmé ou infirmé les propos de son collègue à l'agriculture.
 
Il est fort à parier que la force d'inertie des dirigeants du monopole SAQ ne voudra pas de ce mouvement en faveur des épiciers.
 
Pendant ce temps, au niveau fédéral, on nous annonce que les négociations pour la libéralisation du commerce interprovincial reprendront à l'automne.
 
Le ministre fédéral de l'Industrie James Moore dit que la venue d'un gouvernement fédéraliste à Québec est «le dernier morceau du casse-tête qui manquait pour relancer les négociations entre Ottawa et les provinces pour éliminer les entraves au commerce intérieur.»
 
Le gouvernement fédéral avait tenté il y a deux ans avec la loi C-311 de lever les barrières du commerce du vin au Canada, mais toutes les provinces sauf le Manitoba ont aussitôt imposé des restrictions.
 
On peut se demander maintenant, si les épiciers et dépanneurs du Québec pourront bientôt aussi vendre du vin canadien avec le vin québécois?
 
Les demandes de libéralisations sont fortes, justifiées et constantes, mais la force d'inertie face à tout changement est aussi très forte au pays.

LA SAQ VEUT CONCURRENCER LES ÉPICIERS DANS LEURS COMMERCES

ÉDITORIAL

Il faut avoir tout un culot!
Les dirigeants de la SAQ ont du front tout le tour de la tête!

Après avoir vu que leur équivalente en Ontario (LCBO) a installé 10 kiosques dans des épiceries (CBC), les dirigeants de la SAQ veulent installer des succursales entières avec leurs personnels dans les grosses épiceries du Québec, nous dit Marie-Ève Fournier dans La Presse d'aujourd'hui.

Les patrons de la SAQ leur demandent d'agrandir et de leur céder 1500 pieds carrés afin qu'ils puissent y vendre 500 produits du monopole.

Il faut tout un culot. La SAQ fait une concurrence déloyale aux épiciers en les forçant à vendre de la piquette embouteillée dans des usines au Québec. Une de ses usines (La Maison des Futailles) appartenait  il n'y a pas longtemps à la SAQ elle-même. Elle a dû s'en départir, le conflit d'intérêts était trop visible.

La SAQ et sa soeur la Régie des alcools interdisent aux épiciers d'indiquer le cépage des vins vendus et autres chinoiseries du genre.

La SAQ fait des ventes à répétition, alors que les épiciers doivent leur demander la permission pour offrir des rabais sur les vins. Conséquence, les ventes de vins ont fortement diminué aux épiciers. (Soit -2,7 %; -8 millions de $ l'an dernier, et 1,8 million de bouteilles de moins, soit une diminution de 3,5 %, selon le rapport annuel de la SAQ. Il faut dire ici que c'est en partie dû à une baisse des inventaires dans les entrepôts des épiciers.)

Il faut dire ici qu'il serait tout à fait normal — comme dans tous les autres pays civilisés — que le consommateur puisse acheter son vin (de qualité) tout en faisant l'épicerie.

Mais au lieu de permettre aux épiciers de vendre le vin embouteillé qui dort dans les entrepôts de la SAQ, elle veut aller s'y installer avec ses gros sabots et ses fonctionnaires.

La SAQ, malgré ses campagnes de rabais répétitives, a vu ses ventes, ses bénéfices et l'achalandage diminué au cours des 15 derniers mois. Elle propose donc aux épiciers de sauver le monopole. C'est un peu incongru!

D'ailleurs, une porte-parole de Loblaw a dit à La Presse: «il n'y aura pas ça dans nos magasins».

Les trois grandes chaînes de supermarchés Loblaws/Provigo, Sobeys/IGA et Métro contrôle 70 % du marché québécois de la distribution d’aliments. (RICG)

La solution serait plutôt de permettre aux 900 supermarchés de piger dans le stock de 8000 vins du répertoire de la SAQ et de pouvoir vendre ainsi des vins de qualité dans les Loblaw, Métro, Provigo et autre IGA.

La suffisance des relations de presse de la SAQ

ÉDITORIAL

Pour le public, les relations publiques de la Société des alcools du Québec passent par le personnel en succursale, les caissiers, les placiers et conseillers. Ça se passe en général très bien, le personnel de la SAQ est souvent courtois malgré la charge de travail élevée et les relations de travail pas toujours très franches.

Toutefois, pour le journaliste, les relations avec la SAQ, c'est forcé de passé par le service de presse et là c'est moins cordial.

Je vais donner deux exemples. Le 11 $ et l'ex-rédacteur en chef.

Le nombre de vins à bas prix ne cesse de diminuer sur les rayons de la Société des alcools. Les deux porte-parole de la SAQ (car les dirigeants ne parlent jamais aux journalistes) promettent d'augmenter l'offre de vin à bon prix. En février dernier, ils annoncent qu'ils vont offrir 5 à 10 vins de moins de 11 $. Il va s'écouler un an avant que 6 et seulement 6 de ces vins arrivent sur les rayons. Il y en a 2 aujourd'hui et les 4 autres bientôt. Toutefois, entretemps, la SAQ a fait baisser de moitié le nombre de vins de moins de 11 $ sur ses rayons. Ils étaient 141 en janvier 2013, il ne sont que 72 aujourd'hui, y compris les 2 nouveaux.

Sur le site internet du journal La Presse, nous lisons, hier, un porte-parole de la SAQ qui dit «On respecte notre engagement puisqu'on ajoute cette année six nouveaux vins dans ces prix».

M. Renaud Dugas ajoute «On sait qu'il y a une clientèle pour les produits d'entrée de gamme. Alors, on vient d'en ajouter six. Pour l'instant, c'est suffisant.»*

C'est suffisant, qu'est-ce qui est suffisant. C'est celui qui le dit qui l'est. «Une clientèle pour les produits d'entrée de gamme». Quelle belle manière de traiter ses clients. Des amateurs d'entrée de gamme, de bas de gamme. C'est symptomatique du comportement des gens des relations de presse de la SAQ: suffisant, hautain, irrespectueux et contrôleur.

Oui, c'est suffisant pour les buveurs de bibine!
Pourquoi acceptons-nous encore que ce soit des fonctionnaires grassement payés et suffisants qui choisissent le vin que nous aurons le droit de mettre sur notre table, qui augmentent inlassablement les prix et qui nous disent de leur hauteur que nous devons nous contenter de cela?  Ça suffit! j'en peux plus.

Deuxième exemple
Ces fonctionnaires suffisants viennent d'interdire à leur ancien rédacteur en chef de leur revue Cellier de se présenter aux dégustations de la SAQ à Monréal. Quelle indocilité a pu commettre M. Marc Chapleau pour être exclu de ces évènements. Les relations de presse SAQ organisent régulièrement des dégustations sur les arrivages de grands vins, les grands vins italiens, les grands bourgognes... et ils choisissent et invitent quelques personnes qui sont généralement des chroniqueurs de vin. Ils se servent de ces invitations pour essayer de maintenir une certaine docilité, voire complicité de ceux qui écrivent sur le vin. D'autres (quatre connus) sont exclus; ce sont des critiques, moins dociles.

C'est vraiment pitoyable. Dans une société civilisée comme le Québec. Nous devrions nous attendre à un comportement plus professionnel et plus respectueux d'agents de l'État. Plus respectueux envers les journalistes qui sont des agents de communications entre l'État et le public, mais surtout plus respectueux envers le citoyen, consommateur, contribuable même s'il n'a que les moyens de se payer les vins de bas de gamme.

Ça suffit, la suffisance!

Avis à ceux que certains de la SAQ traitent de buveux de bas de gamme, il y a beaucoup de bons vins qui ne sont pas nécessairement chers, voir vinquebec.com/lesmeilleursvins

  M. Dugas affirme qu'il n'a pas employé le mot suffisant. Il a toutefois répondu positivement à la question «Est-ce suffisant?»

IL N'Y EN AURA PAS DE RÉSOLUTIONS !

Certains se souviendront d'Olivier Guimond qui disait dans ses spots publicitaires «Il n'y en aura pas de commercial!» «Lui, y connait ça!»

On nous dit que nous sommes chanceux au Québec, nous avons un bon monopole qui nous donne un choix mirobolant de 10 000 vins. Oui, ils sont chanceux à Cuba aussi, tout comme en Syrie, en Birmanie, en Irak et en Arabie Saoudite: ils ont du soleil à longueur d'année et pas de neige quatre mois par année (huit selon TF1).
Préfère-t-on un dictateur qui nous gave ou un démocrate qui nous laisse choisir?

On nous dit qu'il y a des snobs dans le monde du vin et l'on voudrait que ça cesse.
Le monde du vin est un monde de goût, de mode, de culture. Il y a toujours eu des snobs dans les mondes du goût. Et si ça leur fait plaisir!

On nous dit que nous ne devons pas employer des mots trop compliqués pour décrire le vin. Oui, c'était embêtant il y a quelques années, il fallait se lever et aller voir au dictionnaire. Aujourd'hui, d'un clic on connait la signification d'un mot et on apprend.

On nous dit que les gens ont de la difficulté à parler du vin! Si l'on cessait de leur chantonner des fraises et des fruits tropicaux; si l'on cessait de parler du nez et si nous parlions plus de la bouche, peut-être que les gens comprendraient mieux et développeraient du vocabulaire pour s'exprimer.

On nous dit que le vin est un simple liquide, un simple aliment. On laisse entendre qu'il faut faire simple. Et la patate, et la carotte, alors? Est-ce qu'on en parle autant? Non, le vin est plus que cela, sinon pourquoi on en parle tant? Le vin c'est à la fois simple et compliqué. Plus compliqué que simple. C'est un peu comme l'architecture. Plus on apprend, mieux on comprend et le plaisir s'amplifie.

Si j'avais une résolution à prendre, ce ne serait pas celle de changer le monde, mais celle de le comprendre.

Alors, je vais plutôt continuer d'essayer d'apprendre et d'informer.

Bonne année!

Le goût des chroniqueurs canadiens de vin

Quatorze chroniqueurs vin du Canada ont été rassemblé à Toronto pour juger 1000 vins dans ce qui est appelé le The world wine awards of Canada 2013.*

Ils avaient à juger des vins par pays, cépages et prix, jusqu'à 50 $.

Dans la catégorie des 25 - 50 $, les meilleurs vins du monde sont: Tarapaca, Sokol, Blass, Barry et Stag!

Les résultats obtenus sont fort étonnants!
Dans la catégorie «Best of variety $ 15 to $ 25», en rouge, il n'y a aucun vin de France, ni d'Italie, ni d'Allemagne, ni d'Espage! En blanc, il y a un italien, un du Frioul!

À moins de 15 $, il y a un alsacien (Lorentz) et un français (Ogier)!

Si l'on regarde les résultats par pays, notre étonnement s'amplifie.
Le meilleur vin d'Espagne selon ces messieurs dames du Canada est un cava de Freixenet; le meilleur vin de France est un chablis de Laroche; le meilleur vin d'Italie est le même vin du Frioul.

Par cépage maintenant. Le meilleur pinot noir est un Whitehaven; le meilleur viognier est Inniskillin; le meilleur chardonnay boisé est Wolf; le meilleur malbec est Trapiche; le meilleur merlot (du monde!) est Concha; la meilleure syrah est du Chili (aucun vin du Rhône dans les meilleures syrahs); le meilleur canadien est Gray Monk Riesling; le meilleur africain est Goats do Roam White; le meilleur américain est Fume Blanc et le meilleur sauvignon blanc (du monde) est un Howling Bluff.

Là je suis vraiment bluffé! Ces gens ne connaissent-ils pas la Loire, Bordeaux, Bourgogne, Piémont, Châteauneuf, Cahors, Rioja, Sicile...?

Il n'y a pas de catégorie grenache à ce concours; d'ailleurs à qui l'auraient-ils donnée?

Terminons avec le champagne, dans la catégorie le meilleur mousseux WineAlign World Wine Awards of Canada 2013 est Wolf, suivi d'un champagne Cattier, d'un Freixenet et pas loin du fameux Henkell!

«World wine awards of Canada 2013 - Grands prix canadien (sic) des vins du monde», écrivent-ils sur leurs médailles. De quel «monde» parle-t-on?

Leurs goûts semblent être si différents des nôtres!

_____
* «The World Wine Awards of Canada (WWAC) held annually in September is open to both imported and domestic wines for sale in Canada, provided the wine sells for less than $50 somewhere in the country.  As a consequence it is an opportunity for all wines sold here to show that they can compete in quality and value with wines from anywhere in the world.»(
www.winealign.com/awards)

La SAQ sulfite Julia Wine

Un vrai roman kafkaïen que cet imbroglio entre la SAQ et la Julia Wine.
Julia Wine disait ce matin que la SAQ lui devait 1 million de dollars. (Vin Québec)
La SAQ répond que c'est faux, puis finalement lui envoie aujourd'hui un chèque de 742 000 $. (Le Soleil)
Julia Wine dit que la SAQ lui en doit encore, soit 147 000 $.
La SAQ exige de connaître les noms de ses futurs clients. (Huffington Post)
Julia dit que c'est secret commercial.
La SAQ dit qu'il n'y a pas assez de sulfite dans les vins de Julia dans ses entrepôts.
La SAQ dit que les vins de Julia ne sortent pas assez vite des entrepôts et dit craindre l'oxygénation.
Elle retient les paiements.
Julia dit que la SAQ exige qu'elle remplisse ses espaces d'entrepôt à 90 %, sinon on lui coupe ces espaces.
La SAQ dit que Costco ne veut plus des vins de Julia.
Costco dit que ce n'est pas vrai.
Couche-Tard veut acheter et vendre du vin de Julia, mais dit que la SAQ met des bâtons dans les roues.

Il y a d'un côté les producteurs, les vendeurs et les acheteurs, mais entre les deux il y a la SAQ qui veut contrôler l'achat, l'entreposage et la vente.
Légalement, c'est elle qui a le monopole de l'achat et de la vente, mais dans la réalité, c'est plus compliqué.
Donc, l'acheteuse Julia doit négocier l'achat, mais c'est la SAQ qui achète; puis Julia doit négocier la vente, mais c'est la SAQ qui vend. Entretemps, il faut entreposer, et ça doit être à la SAQ qui a aussi le monopole de l'entreposage.
Et là-dessus, les factures circulent; les chèques circulent, ne circulent pas.
Est-ce qu'il n'y a pas trop de mains dans la pâte?
C'est sulfitant à la fin!

La SAQ est dans le trouble!

Ça va mal à la Société des alcools du Québec: les ventes baissent!

Les ventes en volume ont diminué trois trimestres de suite. Une baisse de 266 000 bouteilles pour le troisième trimestre de l'an dernier (Noël) comparé au même trimestre de l'année 2011; de 390 000 bouteilles au quatrième trimestre (Pâques) et de 532 000 bouteilles pour le premier trimestre de cette année (avril-mai-juin). Du jamais vu! 

Donc, près de 1,2 million de bouteilles de moins en neuf mois! *

Que s'est-il passé?
Pourtant, la directrice des communications de la SAQ disait bien l'an dernier que les Québécois voulaient des vins plus chers.

Montée en prix
La SAQ a entrepris depuis deux ans un audacieux programme dit de «montée en gamme».  Elle demande aux producteurs de nous fournir des vins plus chers.  Dans ses appels d'offres, elle exige que les vins soient de plus de 15 $.

La SAQ a éliminé la catégorie des vins de moins de 10 $ sur son nouveau site internet.
La catégorie des vins de moins de 15 $ s'amenuise chaque mois au détriment de celle de plus de 15 $. Ils ne sont plus que 761 vins de moins de 15 $, alors qu'il y en avait 926 en décembre dernier et 1040 en mars 2009.

Sur les rayons des magasins de la SAQ, il y a mille vins de plus dans la catégorie de prix de 15-20 $ que dans celle de moins de 15 $.

Il y a quelques années, les vendeurs de la SAQ nous proposaient les Fuzion, les Candidato, les Flichman, Gato Negro et autres Saveurs Oubliées; tous à moins de 12 $. Maintenant, ils poussent les Ménages à trois 19 $, les Liano 26 $...

Sur les 28 nouveaux vins annoncés dans SAQ.com seulement, 5 sont de moins de 15 $.
Le prix moyen des vins dans le catalogue Cellier de la SAQ du 5 septembre est de 32 $.

Est-ce que les Québécois ne boivent que du vin de dégustation? Peut-on dépenser 32 $ pour chaque repas accompagné de vin. Peut-on toujours consacrer pour le vin trois à six fois plus ce que nous coûte le met qu'il y a dans notre assiette?

Pousser par les demandes incessantes du gouvernement qui prend la SAQ pour un aspirateur à dollars, les gens de la société d'État nous vendent les vins plus chers.

Toutefois, ils viennent de frapper un mur. Cette opération montée en gamme — traduisons par faire payer plus cher le citron de consommateur — ne semble pas bien fonctionner. Il y a des ratés. Les ventes de vin en volume baissent et les bénéfices escomptés ne sont pas au rendez-vous. Pourtant, les ventes de cidre, de bière et de spiritueux progressent!

Que s'est-il passé? Le consommateur n'a pas suivi. Il a moins acheté de vin. Pourquoi? La réponse n'est pas claire. La chute est récente. Trois trimestres c'est peu.

Nous pouvons chercher des éléments de réponse dans ce remue-méninges.
Perte de confiance, Commission Charbonneau, portefeuille non élastique, manque de transparence des dirigeants de la SAQ, limites du pouvoir d'achat, consommateurs plus éclairés, image ternie de la SAQ,  mauvaise presse, trop de changements dans la répartition des produits dans les succursales, marketing déficient, changement de mode, de goût, vieillissement de la population, température...

Est-ce qu'on a trop voulu presser le citron?
Devant ces baisses répétées de ventes en volume, les dirigeants de la SAQ annoncent qu'ils vont utiliser «des stratégies de mise en marché et de campagnes promotionnelles des plus stimulantes

Et s'ils faisaient plutôt des efforts pour trouver de bons vins à bon prix?

   * Texte modifié le 3 septembre afin d'ajouter les chiffres du 4e trimestre 2012-2013.

Préférez-vous l'original ou l'imitation?

Est-ce que vous préférez boire l'original ou l'imitation?

Dernièrement, je dégustais des vins italiens avec des amis dans un gazébo (Au Québec, gloriette, kiosque de jardin quelquefois en bois avec moustiquaire).

À un moment donné, un participant dit «un vin fait de cépages internationaux».
Ça m'a surpris, car ça n'existe pas des cépages internationaux!
Il avait deviné que ce vin d'Italie était fait de cabernet sauvignon et de merlot.
Ce sont des cépages français, des cépages bordelais pour être plus précis.

Cette expression, cépages internationaux, est employée surtout dans les médias américains. Ils n'osent peut-être pas dire cépages français.

En fait, le vin (Ghiaie de la Furba 2007) contenait aussi de la syrah. On est toujours en France.

Le vin suivant (Piastraia 2007) était aussi fait de cépages bordelais avec un peu de sangiovese.
Là encore, les participants ont reconnu cette présence étrangère dans ces vins de Toscane.

Pourquoi cette mise en situation? Eh bien pour dire qu'encore une fois les vins faits de cépages originaux, autochtones ont été plus agréables que ceux faits de cépages étrangers, ici français.

Beaucoup de producteurs de nombreux pays essaient d'imiter les vins rouges français, principalement les vins de Bordeaux en utilisant leurs cépages.

En général, les imitations ou ces tentatives d'imitation n'atteignent pas la qualité et la finesse des originaux, surtout en rouge.

Ces producteurs en font trop. Trop boisé, trop tannique, trop confituré, trop joufflu, trop corpulent. Trop de trop!
Remarquez il y a tout de même des gens qui aiment cela.

Il y a quelquefois de belles réussites, comme en Bolgheri et autrefois en Californie, mais en général, on ne réussit pas à égaler les originaux. Faire plus gros, plus gras, bold and full bodied mène à la caricature. C'est comme ces personnes qui veulent faire chics et s'habiller comme des riches. Elles se rendent souvent ridicules, guidounes et quétaines. C'est la même chose pour les vins.

La Californie, l'Australie et l'Italie ont beau essayer d'imiter les Bordelais, ils réussissent rarement.
L'Argentine veut faire un bon malbec, mais il ressemble trop souvent au merlot; l'Australie veut faire de la syrah, mais son shyraz ressemble au zinfandel!

Il y a pourtant des cépages originaux dans le Nouveau Monde, comme le zinfandel, le mission, le watergate et le burger en Californie; ainsi que le torrontès et l'aconcagua en Argentine. L'Australie a son farana et son obourino.  Même l'Italie et la Grèce, pourtant bien pourvus en cépages originaux tentent d'imiter Bordeaux.

Tout ce monde veut faire du merlot et du cab. C'est une mode! Eh bien, je ne peux que leur souhaiter bonne chance, mais je dois constater qu'ils ont encore beaucoup de chemin à faire avant d'approcher de la finesse, de l'élégance et de la complexité des originaux.

Voilà pourquoi je préfère boire l'original.

Forcer la vente de vin de piètre qualité

ÉDITORIAL

Nos politiciens débordent d'idées farfelues. Sous le couvert de bonnes intentions, certains veulent nous inciter à acheter des vins de basse qualité!

Un député libéral a déposé à l'Assemblée nationale un projet de loi forçant la Société des alcools du Québec a promouvoir les boissons alcooliques fabriquées au Québec.

«Ce projet de loi prévoit que la Société des alcools du Québec a pour fonction de promouvoir les boissons alcooliques fabriquées au Québec.»

Le projet de loi no 395, déposé par le député de Huntington, Stéphane Billette, propose aussi que ces boissons alcooliques québécoises puissent être vendues par les épiciers.

«Il prévoit aussi que la vente de ses produits peut être effectuée directement à un titulaire de permis d’épicerie ainsi que directement à un titulaire de permis de restaurant pour servir

Vin ou distillat?
Étonnamment, le projet de loi ne mentionne pas du tout le mot vin. Il y est plutôt fait mention de «distillateurs», de «boissons alcooliques», d'«alcools et des spiritueux», de «permis de distillateur artisanal», de «fabriquer des alcools et des spiritueux», de «distiller les boissons alcooliques fabriquées», de «permis de production artisanale», de «permis de distillateur artisanal» et plus étonnant d'«importer les boissons alcooliques prévues par règlement pour les mélanger aux produits qu’elle fabrique».

Donc, ce projet de loi vise surtout à aider les distillateurs de boissons alcooliques de la province.

Du vin aigre
Il est tout de même fort probable que le terme boisson alcoolique employé dans cette loi concerne aussi le vin. On veut donc forcer la SAQ à promouvoir la vente de vin québécois. Mais agir ainsi c'est forcer les employés de la SAQ à vendre du vin de basse qualité. Car, disons-le franchement, le vin fabriqué au Québec est de piètre qualité en général. À quelques exceptions près, il est trop acide, acre, peu fruité, alcooleux et a des arômes et des saveurs déplaisantes.

Si le vin québécois est en général bien mauvais, ce n'est pas parce que nos vignerons sont mauvais, mais parce qu'ils utilisent de mauvais ingrédients. En effet, ici au Québec, sauf très rares exceptions, on utilise des cépages de piètre qualité, des cépages inférieurs, des cépages hybrides et rustiques qui donnent des raisins rustiques, acides et faibles en sucre.

Ces cépages sont interdits en Europe parce que donnant des vins de mauvaise qualité. Notre climat et nos connaissances actuelles ne nous permettent pas de faire pousser facilement des vignes de la classe des Vitis vinifera.

Cépages vinifera
Cabernet, merlot, syrah, sauvignon, chardonnay, riesling, pinot, sangiovese...

Cépages hybrides
Frontenac, seyval, vidal, maréchal Foch, de Chaunac, Lucie Kuhlman...

Donc, ces vins produits avec des raisins acides, doivent être corrigés par un ajout de sucre et de désacidifiant. En Europe, ces jus de faible qualité sont envoyés à la distillerie.

Québec, Niagara et Okanagan
Si on force la SAQ a vendre des vins acides du Québec, pourquoi ne pas aussi l'obliger à vendre des vins du Canada?

En effet, les vins de l'Ontario sont un peu moins mauvais que ceux du Québec et ceux de la Colombie-Britannique encore un cran supérieur à ceux de l'Ontario, malgré leur goût de vanille et de noix de coco.

Dans les épiceries
Les épiciers du Québec n'ont pas le droit de vendre du vin de bon niveau qualitatif. Ils sont obligés de vendre uniquement du vin importé en vrac et embouteillé au Québec.

Si on leur permet de vendre du vin du Québec, pourquoi ne pas leur permettre aussi de vendre du vin du Canada? Et tant qu'à faire, permettons-leur de vendre du vin de qualité embouteillé en Europe.

Position de la SAQ
Les dirigeants du monopole ont répondu à ce projet de loi en publiant un communiqué de presse dans la section Mise au point de leur site internet et dans la page opinion du quotidien La Presse. On y lit qu’«Environ 300 produits alcooliques du terroir, des vins, des cidres, des hydromels, des alcools de petits fruits et des liqueurs à base d’érable sont offerts sur les étalages des magasins SAQ.»

Puis, plus loin «la SAQ a fixé à 250 le nombre de magasins qui mettent davantage en valeur les alcools du terroir. Cette action permet de donner à ces produits une visibilité soutenue tout en respectant la capacité de production et de mise en marché des producteurs, qui ne pourrait pas soutenir tous les points de vente en ce moment.»

La SAQ termine sa mise au point par ceci: «La SAQ entend poursuivre ses efforts quant au rayonnement des produits québécois et elle le fera en respect des accords internationaux

Les accords internationaux? Voici, où ça devient intéressant! Est-ce qu'un monopole d'État peut favoriser les vins de son coin de pays au détriment des vins du reste du pays et des autres pays?

Intérêt des fabricants ou des consommateurs
Finalement, ce projet veut encourager les fabricants de boissons alcooliques du Québec, mais est-ce vraiment dans l'intérêt des consommateurs d'ici?
Nous croyons que non.

Il y a toutefois un point positif. Favoriser la production nationale au détriment de la production internationale, c'est ouvrir une brèche dans l'hermétisme du monopole. Et ceci pourrait être favorable à long terme aux consommateurs et amateurs de bon vin.

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Projet de loi no 395 - Loi modifiant la Loi sur la Société des alcools du Québec et la Loi sur les permis d’alcool:
Position de la SAQ - La SAQ, partenaires des produits d'ici; et Partenaire des vins d'ici, André Caron, SAQ.


La SAQ: encore moins transparente

C'est la Journée mondiale de la liberté de la presse!
La SAQ refuse de fournir la liste des produits ajoutés et enlevés de son répertoire des produits courants.

La SAQ dit qu'elle enlève des vins qui se vendent moins et les remplacent par des vins qu'elle espère vendre mieux. Des vins apparaissent et disparaissent régulièrement de la section des produits courants.

Quels sont les vins qui sont «délistés» et quels sont les vins qui les remplacent?
Peut-on avoir la liste?

Je fais une demande au service de presse de la Société des Alcools du Québec. Je demande la liste des vins retirés et ajoutés ainsi que leurs prix. On me répond que cela doit passer par le service d'accès à l'information.

Je fais donc le 2 avril une demande en vertu de la Loi d'accès à l'information pour avoir cette liste. On me répond le 3 avril que «dès maintenant, des recherches sont entreprises afin de retracer les documents demandés.» Et on me dit qu'en vertu de l'article 46 de la loi que j'aurai une réponse dans les 20 jours, soit avant le 22 avril.

Le 22 avril, je reçois une autre lettre me disant qu'on ne peut répondre à ma demande dans le délai de 20 jours. «Compte tenu de certaines contraintes, un délai supplémentaire de 10 jours est en effet nécessaire», écrit Mme Suzanne Paquin, secrétaire générale et vice-présidente des services juridiques de la SAQ. Mme Paquin ajoute «soyez assuré cependant que nous répondrons à votre demande au plus tard le 2 mai prochain.»

Le 2 mai: pas de réponse!

Le 3 mai, une lettre par Purolator signée de Mme Paquin me dit que «nous avons le regret de vous informer que nous ne pouvons vous communiquer le document demandé.»
Pourquoi?

«si ce document était dévoilé, cela risquerait vraisemblablement d'entraver des négociations en vue de la conclusion d'un contrat, de causer une perte à notre organisme, de procurer un avantage appréciable à une autre personne en plus d'avoir un effet sur une procédure judiciaire.»

On m'avise aussi que je peux demander à la Commission d'accès à l'information de réviser cette décision!

Étonnement!
Que de mal peut causer cette petite liste!
Entravez quelles négociations? Causer quelle perte? Donner un avantage à qui? Quelle procédure judiciaire?
Que veut cacher la SAQ et pourquoi?
En quoi cette liste serait dangereuse? Pour qui?

Loi d'accès à l'information et transparence de l'État
Dans son billet d'aujourd'hui, le président de la Fédération professionnel des journalistes du Québec, Brian Myles, souligne la Journée mondiale de la liberté de presse en demandant qu'on rafraîchisse la loi d'accès à l'information.

M. Myles lance un appel pressant à la première ministre, Pauline Marois, pour accroître la transparence de l'État. «Les journalistes... sont enfermés dans les dédales d'une bureaucratie gouvernementale qui considère malheureusement l'information publique comme sa chasse gardée.»

Le journaliste du Devoir écrit dans La Presse que «Les politiques de communication des organismes publics... posent une chape de plomb sur la presse

«Les lois d'accès à l'information, au Canada et au Québec, sont devenues des outils de contrôle de l'information à des fins politiques. Ces lois affirment que les documents des organismes publics sont accessibles à tous, sauf exception. Mais en pratique, les documents des organismes publics sont secrets, sauf exception.» La petite noirceur, Votre opinion, Brian Myles, président FPJQ, La Presse 3 mai 2013.

Pourquoi je demandais cette liste?
Mon hypothèse de départ est que la plupart des vins retirés du répertoire régulier de la SAQ sont des vins de moins de 15 $ et que la plupart des vins qui les remplacent sont des vins de plus de 15 $. Je veux tout simplement vérifier cette hypothèse.
Cette information serait donc, selon la SAQ dangereuse pour la SAQ et avantageuse pour quelqu'un!

Dans ses derniers appels d'offres, la SAQ demande des vins de plus de 15 $. Jusqu'au dernier appel d'offres, elle publiait les noms de certains vins retirés. Elle ne le fait plus!

Dans saq.com, l'on voit aujourd'hui qu'on a ajouté 20 nouveaux vins: 13 de 15 à 20 $, 4 de plus de 20 $ et seulement 3 de moins de 15 $.

Le nombre de vins de moins de 15 $ continue de baisser rapidement. Il n'y en a plus que 778 au 30 mai. On en a ainsi perdu 117 depuis le début de l'année. Pendant ce temps le nombre de vins plus chers continue d'augmenter.

Bouteilles vin 750 ml 12 janvier 2013 3 mai 2013
de moins de 15 $  895  778
de 15 à 20 $ 1635 1676
de 20 à 30 $ 2001 2115

 

Ajout 14 h.
On me signale que la SAQ n'a peut-être pas voulu fournir la liste à cause de la menace de recours collectif qui pèse sur elle. Bonne hypothèse!

 

SAQ: privatisation, statu quo ou libéralisation

L'Abitibi sauvera la SAQ!

On parle beaucoup dans les médias ces jours-ci du monopole de la Société des alcools du Québec et de la volonté de certains de vouloir privatiser cette société d'État.

C'est un sujet récurant qui existera aussi longtemps qu'il y aura monopole.

Nous entretenons au Québec une relation affective amour-haine avec notre soviet des alcools.

Un amour qui ressemble au syndrome de Stockholm et un ressentiment alimenté par la rigidité du monopole, ainsi que par l'attitude hautaine et l'hermétisme de ses dirigeants.

Un sondage internet mené sur une seule journée par le quotidien La Presse en a surpris plusieurs parce que 61 % des personnes qui y ont participé ont dit souhaiter la privatisation de la SAQ.

Les arguments pour la privatisation sont nombreux et souvent d'ordre moral, éthique ou idéologique.

Les arguments pour le statu quo sont plus terre-à-terre et d'ordre pratique.

Les principaux arguments pour le maintien du monopole sont à première vue bien convaincants, toutefois, sauf un, ils ne résistent pas à l'analyse et se révèlent non valables. Ce sont des paralogismes ou des sophismes.

Les diktats du Soviet des Alcools

Le châteauneuf-du-pape dans une bouteille en plastique et un hermitage ou un côte-rôtie dans une bouteille en carton, ça vous tente?

Notre chère SAQ, Soviet des Alcools du Québec, vient de décréter qu'il allait privilégier les bouteilles plus légères dans ses achats.

Un nouveau diktat!
De quoi se mêle-t-on encore?

La SAQ veut remplir plus de conteneurs de bateau. «Ça nous permet d'économiser pratiquement 150 conteneurs de vin par année. C'est majeur», dit un employé de la SAQ. Donc, le consommateur va payer son vin moins cher! Pas du tout, dit le porte-parole de la même SAQ.

«À produit égal, entre deux vins de la même catégorie, c'est celui dans une bouteille de verre allégé que nous allons choisir», dit un porte-parole de la SAQ, rapporté ce matin sur le site internet du journal La Presse.

Notre Soviet des Alcools agit encore en dictateur! Le choix de la forme et du type de bouteille n'est-il pas un choix du producteur, un choix artistique, un choix de marketing, un choix de culture, un choix de marché?

Si le consommateur ne veut pas acheter de bouteille lourde, ce sera son choix. Nos fonctionnaires ont-ils à décider pour lui?

Alors, si la SAQ veut tellement économiser sur les frais de transport, pourquoi ne pas acheter plus de vins produits près de notre marché, Québec, Ontario, Nouvelle-Écosse, Colombie-Britannique, et réduire les achats aux antipodes, Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud, Chili...?

Pourquoi aussi faire venir les beaujolais nouveaux en avion? Ça coûte énormément cher pour de la piquette! En vrac, alors?

Et tant qu'à imposer ses exigences aux producteurs, pourquoi ne pas favoriser les capsules à vis, il y aura moins de perte. Les bag-in-box, carrés et en carton, prennent vraiment moins de place que les bouteilles rondes; ainsi que le vrac, les vigniers, les citernes, les pinardiers. Le Soviet pourrait aussi imposer des taux d'alcool maximums de 13 %, ce serait meilleur pour la santé. Et finalement pourquoi ne pourrait-on pas privilégier les vins bio, qui contiennent moins de pesticides et son meilleur pour l'environnement?

Des journalistes collaborateurs de la SAQ

Il y a quelques années, un critique britannique de vin a envoyé une note aux marchands de vin de son pays leur interdisant d'utiliser ses commentaires et ses notes de dégustation sans sa permission.

Il n'y a pas très longtemps au Québec, des employés de la SAQ affichaient des notes des critiques de vin sur les tablettes. Leurs patrons leur ont ordonné de cesser disant qu'il faudrait plutôt demander aux agences et aux producteurs de payer pour ces notes.

La semaine dernière, nous apprenons que la SAQ va finalement utiliser des notes de certains chroniqueurs et journalistes pour faire la promotion de certains vins. (L'après Suckling)

La prochaine opération sera lancée le 15 novembre avec l'auteure Nadia Fournier, du Guide Michel Phaneuf. La SAQ mettra en alors valeur 25 vins coup de cœur de Mme Fournier. Ces vins seront regroupés dans la section Cellier des magasins avec des affiches à l'image de Mme Fournier. «Il s’agit de quelques-uns des produits identifiés meilleurs rapports qualité-prix identifiés par un nouvel icône dans le Guide du vin. De plus, ils ont tous obtenu une cote de 4 étoiles», lit-on dans un document de la société d'État. Puis le même genre d'opération sera fait avec deux autres critiques de vin après Noël et au printemps.

Qui va payer pour cela?
Qui va choisir les vins?
Est-ce que les producteurs seront invités à débourser pour faire afficher ces notes?
Est-ce que les chroniqueurs et journalistes seront payés comme ce fut le cas pour James Suckling l'an dernier?

Interrogée à ce sujet vendredi, la SAQ a refusé de répondre à ces questions.  Son porte-parole nous a dit ce midi que cette opération sera présentée la semaine prochaine.

En attendant, nous pouvons réfléchir sur le sujet.
On doit s'attendre à ce que les pressions des producteurs et de leurs agents au Québec soient fortes pour qu'apparaissent les commentaires favorables à leurs vins dans ces promotions.
Est-ce le rôle des critiques de vin de collaborer avec les marchands de vin?

Si l'intérêt du marchand de vin est évidant ici, celui du critique l'est moins.

Est-ce que des critiques de restaurants collaborent avec McDonald?
Est-ce que des critiques de cinéma collaborent avec Metro Goldwyn Mayer?

Le critique doit-il servir le marchand ou le consommateur?
Si on répond: les deux; alors, nous nous trouvons en équilibre précaire.

Ne serait-il pas préférable que le critique maintienne une bonne indépendance face aux marchands des produits qu'il critique; une certaine distance; une «petite gêne», comme on dit?

L'an dernier, interrogé sur l'affaire Suckling, Michel Phaneuf a dit qu'il aurait refusé une telle association. (Ma rencontre avec James Suckling (MISE À JOUR) Mathieu Turbide, 12 février 2011)

Au final, le plus important n'est-il pas que le critique acquière une crédibilité et surtout qu'il la conserve?

ÉCRIRE POUR UN MAGAZINE DU VIN N'EST PAS DU JOURNALISME

Est-ce une publicité ou une nouvelle?
   Is that an ad or a news story?  Tel est le titre d'un article d'Ira Basen publié dans le quotidien The Globe and Mail.

M. Basen, journaliste de la CBC, nous dit que de plus en plus d'industries embauchent de vrais journalistes pour écrire des articles.

Il se demande si c'est toujours du journalisme. Il conclut que non et qualifie leur travail de brand journalist que l'on pourrait traduire par journaliste d'entreprise.

«La différence n'est pas tant de savoir comment l'article est écrit, mais pourquoi il est écrit: le journalisme d'entreprise répond à des objectifs d'affaires. Les histoires, les articles peuvent être justes et précis, transmis par des journalistes de renom, mais l'objectif fondamental reste la commercialisation. Ce n'est donc pas une tentative de débusquer la vérité. C'est plus de la promotion que du journalisme.»

Le journaliste d'entreprise sert plus les intérêts de l'industrie que celui des consommateurs.

La journaliste Nathalie Collard, reprend le sujet dans une de ses chroniques dans le journal La Presse. «Dans le cas des magazines corporatifs, l'objectif est d'offrir un contenu informatif (pensons au magazine En Route ou à Cellier de la SAQ) qui placent le consommateur dans le contexte de la marque, mais sans lui donner l'impression qu'il lit un dépliant publicitaire.»

«Vous ne trouverez pas d'articles assassins sur le vin dans le magazine Cellier de la SAQ. Voilà pourquoi il faut parler de rédaction professionnelle ou de rédaction corporative et non de journalisme.»

J'ajouterai que ce n'est pas seulement le fait de magazines corporatifs.

Tous les magazines de vins (sauf rares exceptions) sont financés par l'industrie du vin. Vous n'y trouverez jamais d'articles critiques. Tout y est beau, tout est bon.

Rappelez-vous le scandale du faux pinot noir en Languedoc, ces magazines n'en ont pas parlé. De même pour l'affaire de l'équipe de Robert Parker en Espagne, silence quasi total dans ces magazines du beau.

Ces magazines sont liés. Ils reçoivent l'argent de l'industrie du vin. Certains vendent même leur première page qui est en fait de la publicité, d'autres font payer pour ajouter l'image de l'étiquette à côté de la «critique» du vin.

Ils travaillent pour les vendeurs de vin et non pour les consommateurs de vin.

Je ne dis pas que tout est mauvais dans ces magazines. Il y a quelques fois des articles instructifs. Certains rédacteurs réussissent à publier à l'occasion des informations ou des opinions intéressantes, mais le tout baigne dans une ambiance de glorification du vin, de béatification totale de monde du vin.

Est-ce qu'on apprend des choses à lire ces magazines? Après huit ans d'abonnement à un grand nombre de ces revues, je n'en suis pas convaincu.

On n'a qu'un seul côté de la médaille. Leur but est de nous faire acheter du vin et non de nous informer correctement.

Dans son article, M. Basen cite Kelly Toughill, directeur de l'école de journalisme de la University of King’s College à Halifax: «le journaliste doit servir en premier les intérêts de son public et de sa communauté, mais dans le journalisme d'entreprise, ce n'est pas ce qu'il fait.»

Je termine en citant encore M. Basen «Independence is one of journalism’s most cherished values» «L'indépendance est une des valeurs les plus chères du journalisme»

Ce phénomène de «journaliste d'entreprise» n'est pas limité aux magazines imprimés. Il tend aussi à se répandre sur les sites et les blogues internet. C'est là un aspect de ce sujet que j'aborderai un autre jour.

 Is that an ad or a news story – and does it matter which? Ira Basen, The Globe and Mail, 3 août 2012
 Écrire pour une marque, est-ce du journalisme? Nathalie Collard, La Presse, 24 septembre 2012

Est-ce vrai que les Québécois veulent payer le vin plus cher?

Nous Québécois ne voulons plus de vin à 12 $!
Nous voulons payer plus cher pour nos vins!
Nous voulons des vins à 16 $, 18 $ et bientôt 119 $!

Québécois, Québécoises. Si je vous ai bien compris. Vous voulez payer plus cher! Eh bien, vous allez payer plus cher!

Ça vous semble ahurissant, mais c'est en gros ce qui se dégageait cette semaine de la lecture d'articles de La Presse et du Journal de Montréal.

«Les Québécois consomment de plus en plus des vins qualitatifs et de moins en moins de vins entre 9 $ et 12 $. Ils poussent de plus en plus la barre de 20 $», nous dit le Journal de Montréal, citant une porte-parole de la SAQ.

Le journal La Presse ajoute qu'en «deux ans, les ventes des bouteilles à moins de 10 $ ont chuté de 14 %.»

La lecture de ces articles m'a rappelé un incident vécu dans le Languedoc à la fin avril.

Reconnaissant notre accent québécois, un producteur nous apostrophe en se disant outré du comportement du monopole du vin du Québec qui a radié un de ses produits.

Michel Julien se dit estomaqué que la SAQ refuse de vendre maintenant son populaire L'Opéra de Villerambert-Julien (Code SAQ 00488270, 12,95 $). La SAQ lui a dit que son vin sera retiré de la liste des produits courants disponibles à la SAQ.

M. Julien en colère affirme que son vin se vend très bien au Québec, mais la SAQ lui a dit que ce n'était pas assez. Il a alors offert de faire plus de promotions, et plus d'effort pour hausser encore ses ventes; ce que la SAQ lui a refusé, selon ses dires.

Les dirigeants de la SAQ diminuent le choix des vins à bon prix pour augmenter celui des vins plus chers dans la section des vins courants. La SAQ va retirer au cours des prochaines semaines 41 vins rouges des catégories de prix de moins de 15 $ pour les remplacer par 46 vins de 15 à 25 $.

Quel est le message qu'on lance aux vignerons? Ne proposez pas votre vin à 4,50 $, il sera refusé, car dans la catégorie des moins de 15 $. Vendez-nous le 6 $, il sera alors dans la catégorie valorisée des 15-25 $. 

Ce vin de Michel Julien aurait ainsi le défaut de ne pas se vendre assez cher! Il n'est pas dans la catégorie de prix favorisée par les gens de la SAQ ces jours-ci.

Donc, on veut nous faire payer plus cher! Mais, est-ce que ce sera pour du vin de meilleure qualité?

Le journaliste Claude Langlois du Journal de Montréal s'étonne lui aussi de cette supposée volonté du Québécois à vouloir payer son vin plus cher. Il écrit «j’avoue avoir quand même tiqué un peu» à la lecture de cette affirmation de la SAQ qui dit que les Québécois «poussent de plus en plus la barre de 20 $, même en semaine.»

Oui, on paie plus cher, «mais ce n’est pas parce qu’on a le choix, c’est parce que les prix des vins à la SAQ augmentent sans cesse», dit le journaliste Claude Langlois dans le blogue vin du Journal de Montréal.

Mais pourquoi avons-nous moins de vins de 9 à 12 $ sur les rayons de la SAQ? Est-ce vraiment parce qu'on n'en veut plus? Claude Langlois écrit ceci «si on se fie à ce que certains agents promotionnels nous racontent (la SAQ) essaie de limiter plus ou moins explicitement l’introduction de produits dans cette gamme de prix.»

Le journaliste chroniqueur remarque aussi que l’écart entre la qualité et les prix est de plus en plus grand dans les arrivages du magazine Cellier et du Courrier Vinicole. «Est-on en train de nous refaire le coup des "prix départ-chai" gonflés?»

Il fait ici référence au scandale des prix gonflés artificiellement des vins d'Uruguay «Les vignerons que l’on rencontrait sur place ne comprenaient pas pourquoi des acheteurs de la SAQ leur demandaient de vendre leurs vins plus chers, alors que partout, dans le monde, les marchés leur demandaient de les baisser.» (Encore le prix des vins à la SAQ, Claude Langlois, Les Méchants Raisins, blogue vin Journal de Montréal) 

Nous avons perdu 100 vins de moins de 10 $ en trois ans au Québec.
Sur les rayons de la SAQ, il y avait en mars 2009 183 vins de 10 $. Ils ne sont plus que 95.

Nombre de vins sur les rayons SAQ
  Mars 2009 Mai 2012
-10 $  183   95
10-15 $  857  878
15-20 1262 1567
20-30 1607 1845
30-40  727  789
+ 40 $ 2324 2749

Que faire devant la voracité de la Société des Alcools du Québec?
Difficile à dire. Il faut essayer d'être vigilant, de se comporter en consommateur averti et surtout ne pas croire tout ce que le vendeur nous dit.

Le vin en vrac vendu à fort prix en bouteille par nos épiciers

La Société des Alcools du Québec ne vend plus du vin en vrac dans ses succursales entrepôts, mais d'autres ont pris la relève. Ils le vendent en bouteille.

Des vignerons écoulent en vrac le vin qu'ils ne peuvent pas ou ne veulent pas vendre en bouteille. C'est le vin de deuxième qualité écoulé à environ 1 à 2,50 $ le litre. Ils le vendent à la coopérative ou à des négociants. Ces derniers l'embouteillent ou le revendent en vrac à l'extérieur du pays.

Voici la définition de vin en vrac que donne le site Cavesa

«Définition : Vrac (vin en)
Vin vendu en gros contenant, en citerne aux négociants, en bonbonne ou en cubitainer aux particuliers. Le vin en vrac, même s'il est acheté à la propriété, n'est jamais d'une qualité comparable à celle du vin vendu en bouteille.»

C'est ainsi que des entreprises importent au Québec des citernes de vin pour l'embouteiller. Ces bouteilles sont ensuite vendues dans les épiceries.

Ils n'ont généralement pas bonne réputation, sont de moins bonne qualité que les vins embouteillés au domaine et surtout on les soupçonne d'être bourrés de sulfite, très filtrés et bien stabilisés car ils doivent être vendus dans des endroits qui peuvent être chauds, sur les rayons près des fenêtres dans des épiceries chauffées à 22 °C.

Afin de contrer la mauvaise réputation de ces vins et de profiter tout de même de l'engouement pour le vin au Québec, certains entrepreneurs développent des astuces de marketing pour hausser l'image de ces vins.

On voit ainsi les magasins Costco qui vendent ces vins en vrac en les mettant en bouteilles et en leur donnant un numéro et en affichant des prix parfois élevés, tel le Julia Cellier 60 à 50 $. 

Les magasins IGA viennent aussi d'embarquer dans la danse avec des vins qu'on dit d'importation privée. On surfe ainsi sur la vague des Importations privées très populaire auprès des restaurateurs. Ces vins sans nom, porte aussi des numéros.

On trouvera aussi dans certains bars des vins de la marque Versay, des vins en fûts pour le service au verre.

Ces entreprises font des campagnes publicitaires ingénieuses ces jours-ci et embauchent des sommeliers médiatiques pour faire la promotion de ces vins.

Malgré les prix élevés demandés, il faut toutefois se rappeler que ce ne sont que des vins en vrac. Des vins que normalement on met en vignier, en cruche, en BIB, boîte de carton... et qui devraient se vendre l'équivalent de 10 $ la bouteille environ.

Ce n'est pas parce que le vin est en bouteille qu'un sommelier ou une sommelière en dit du grand bien (ils sont payés pour ça) et que le prix est élevé, que cela améliore le vin: ce n'est que du vin en vrac!

Un vin de qualité est fait à un endroit, sur un terroir, à un moment donné (millésime), par un vigneron. Si on ne dit pas le nom du vigneron qui par sa signature garantit la qualité (ou la signature d'un négociant de réputation) alors on parle de petit vin qu'on devrait payer au petit prix.

La SAQ nous aurait menti, nous attendons les explications de ses dirigeants

D'après ce que nous lisons dans le site Internet du quotidien La Presse, la SAQ, a menti à ses clients en prétendant que le critique de vin James Suckling avait fait gratuitement des critiques sur des vins en vente à la société d'État.

On apprend que c'est faux, on a donné 24 000 $ à l'homme aux 90 points généreux et abondants. Il a été rémunéré pour «la dégustation et la notation de produits, la production, la création et l'animation de capsules vidéo », dit le document obtenu en vertu de la Loi d'Accès à l'information par La Presse.

Pourquoi avoir menti? Dans quel but? Pour tromper qui?
Ceci entache la réputation de la société d'État, du gouvernement et de tous les employés de la SAQ qui ont participé à cette opération.

Nous attendons les explications des dirigeants de la SAQ.

L'affaire est sortie le mardi 17, et aujourd'hui, vendredi, silence total à la SAQ.

Après les mensonges de l'euro, nous avons les mensonges des 90 points! 

Est-ce que les consommateurs, les clients, les contribuables du Québec peuvent avoir des explications sur cette façon de fonctionner? Est-ce que ça va continuer comme ça? 

Est-ce que les dirigeants de la SAQ ne sentent pas la nécessité de donner des explications à ses clients et peut-être de s'excuser? Pouvez-vous nous promettre de ne pas continuer ainsi?

Bravo Karyne Duplessis Piché

Le monde du journalisme vin était assoupi au rythme du petit ronron habituel ponctué seulement de chroniques vins hebdomadaires louangeuses.

Tout d'un coup: le tonnerre. Une jeune journaliste du quotidien La Presse nous révèle que les dirigeants de la Société d'État des alcools du Québec ont menti de façon répétée aux consommateurs.

Dans un article publié dans le site internet de La Presse, mais non encore dans l'édition papier, Mme Duplessis Piché écrit que «la Société des alcools du Québec (SAQ) prétend depuis deux ans ne pas avoir payé pour les dégustations du critique américain James Suckling, qu'elle utilise dans l'une de ses campagnes de promotion. Or, contrairement à ce qu'elle avance, elle a payé près de 24 000$ pour les services de cet ancien chroniqueur du Wine Spectator

La plupart des chroniqueurs se doutaient bien que la SAQ et M. Suckling mentaient. Cependant, c'est la plus jeune d'entre nous qui a osé et fait les efforts nécessaires pour faire éclater la vérité. Elle et son journal ont utilisé la Loi d'accès à l'information pour obliger les dirigeants de la société d'État, nos fonctionnaires, à nous dire la vérité, à cesser de nous mentir dans cette affaire.

Bravo Mme Duplessis Piché, bravo Karyne!

Bravo aussi aux patrons de La Presse qui semblent avoir appuyé et fait confiance à leur recrue.

C'est d'autant plus méritoire que la SAQ est le seul commanditaire de la section vin du site internet de La Presse. (Il y a là une anomalie qu'il faudrait corriger. Les lecteurs de la rubrique achètent aussi d'autres produits.)

Comme dirait M. James Suckling «I am 100 points on that!»

Confusion dans le monde du vin au Québec

Peut-on à la fois vendre du vin et être critique de vin?
Peut-on être payé par un vendeur de vin pour critiquer les vins qu'il vend?

Que penserions-nous d'un journaliste financier qui vendrait aussi des actions, d'un chroniqueur automobile vendeur d'auto, d'un critique de restaurant qui possèderait des restaurants...?

On qualifie cela de mélange des genres et de conflit d'intérêts. On fait deux métiers contradictoires. D'un côté on vend un produit et de l'autre on commente les produits des concurrents.

Le monde des chroniqueurs de vin est en ébullition au Québec. Le mélange des genres est en pleine progression depuis deux ans. Des critiques de vin font de la publicité et des publicitaires font des critiques de vins.

Des compagnies, des magazines, des médias embauchent des publicitaires du vin pour faire des chroniques sur le vin.

Il y a nette confusion entre information sur le vin et publicité sur le vin; entre critique de vin et promotion de vin.

Voici quelques éléments qui nous portent à réfléchir sur le travail de la critique vinicole.

Premièrement, le scandale de l'affaire James Suckling. Karyne Duplessis Piché du journal La Presse nous apprend que l'ancien critique de vin du Wine Spectator a été payé par la Société des Alcools du Québec pour commenter des vins vendus par cette même société. Après avoir nié, la SAQ reconnait finalement lui avoir donné 24 000 $. Il y a ici confusion entre critique et promotion.

Deuxièment, nous apprenons que le Guide de vin Phaneuf aura de nouveaux collaborateurs. Toutefois, l'on sait que ces personnes font la promotion de certains vins au Québec. Comment vont-ils parler de leurs concurrents dans le guide? Y a-t-il confusion possible ou apparence de conflit d'intérêts?

Troisièmement, un magazine féminin convie demain tout le monde du vin au Québec à participer à une dégustation virtuelle sur le web intitulée L'art de l'accord vins et fromages. C'est mené par une agente de promotion de vin. En regardant la liste des vins, nous constatons qu'ils sont tous de la même région! Donc, une opération commerciale financée par des marchands de vin de cette région.

Finalement, le plus étonnant c'est cette vidéo du critique de vin d'un hebdomadaire et magazine vin intitulée «Les Grands Arrivages – Un nouveau concept de vin exclusif à IGA». Il y a là confusion entre publicité et critique de vin.

Dans tous les cas, il faudrait que les médias identifient clairement ce qui est de la publicité et ce qui est de l'information.

Peut-on à la fois vendre du vin ou être payé par des vendeurs de vin et chroniquer librement sur le vin sans apparence de conflit d'intérêts?

Je me rends bien compte qu'il est difficile de gagner sa vie en étant uniquement chroniqueur de vin.

Cela dit, je crois que les métiers de chroniqueur de vin et de publicitaire sont deux métiers aux objectifs opposés et qui doivent donc être faits par des personnes différentes. 

L'arrogant Mas

Notre ami Mathieu Turbide nous apprend sur son blogue Les méchants raisins que les Arrogant Frog ne seront plus vendus au Québec!

«On ne peut pas expliquer qu’on fait un million de cols (de bouteilles) en Australie, quasiment la même chose en Hollande, et que ça ne marche pas au Québec… C’est pas possible», dit le fabricant de ces vins M. Jean-Claude Mas.

La pente est difficile à monter!

Je me suis étouffé deux ou trois fois à la lecture de ce texte!

Et ça continue, M. Mas dit qu'il n'est pas question de modifier son vin pour qu'il soit au goût du Québec. Comme si ce n'était pas déjà un vin modifié au goût du Nouveau Monde!

M. Mas dit ne pas comprendre que son vin ne plaise pas aux consommateurs du Québec. En fait M. Mas ne comprend pas le Québec, tout court.

Bien sûr au Québec, une bonne partie des consommateurs aiment le vin du Nouveau Monde, peu acide, fruité sucré, souple et généreux, mais ils l'achètent au Nouveau Monde. C'est peut-être le côté imitation NM que les Québécois n'ont pas aimé.

Lorsque le Québécois achète du vin français, il s'attend à un certain style. Il n'aime pas les imitations. Alors pourquoi achèterions-nous un vin français qui tente d'imiter un vin américain ou australien en se donnant un nom anglais visiblement destiné au marché américain?

Il y a tellement de vin du Nouveau Monde sur notre marché, pourquoi des Français essayeraient, de nous inonder d'hectolitres d'imitation de style qui n'est pas le leur? Il y a beaucoup de ces vins Coca-Cola. Le marché en est saturé.

Monsieur Mas, si nous voulons du vin du Nouveau Monde, nous savons où le trouver. Vendez votre vin du Languedoc Nouveau Monde en Australie ou en Hollande, sinon vendez-le en vrac à la Chine qui nous le refilera au Costco sous l'étiquette No 101.

M. Mas présente au Québec d'autres vins dont les Vignes de Nicole et le Clos des Mûres.
Les Domaines Paul Mas c'est 320 hectares en propriété et 800 hectares sous contrat.

 Supplément: Jean-Claude Mas explique son vin dans cette vidéo Le Luxe rural (7 min 35); et interrogé par Jacques Orhon (vidéo 6 min 12)

Bouchon de farine de liège

Il y aurait «plus de 150 molécules polluantes naturellement présentes dans le liège, dont la redoutable TCA (Trichloroanisole)». C'est ce que nous dit Philippe Maurange dans un article de la Revue du vin de France de décembre 2011.

Intitulé Le bouchon en liège sans goût de bouchon! L'article nous décrit la fabrication du bouchon de liège de marque DIAM en Espagne. «La phase de fabrication primordiale reste le traitement de la farine de liège au "CO2 super critique"» Ce serait le même procédé utilisé aujourd'hui pour décaféiner le café, nous dit M. Maurange.

D'après mes recherches sommaires, supercritique voudrait dire ici chauffer au-delà de sa température critique. Ce qui serait 31 ºC pour le CO2. (www.actu-environnement.com)

L'article de la RVF nous dit que l'écorce de liège est séchée plusieurs mois, puis gonflée à l'eau bouillante «sa structure en nid d'abeille se dilate, ce qui amplifie son élasticité, qualité essentielle d'un bon bouchon.» Puis «le liège est ensuite broyé, puis transformé en farine.» Bonjour abeille et élasticité!

Dans l'article, on montre une photo d'un appareil avec cette vignette «Le coeur de l'innovation technologique Diam : cette machine impulse (sic) le procédé "CO2 supercritique"». Puis, plus loin, on lit que «600 fois par semaine, les laboratoires du groupe analysent les lots de bouchons afin de s'assurer de la non-présence de TCA, la molécule à l'origine du goût de bouchon».

Surprise supercritique: il pourrait y avoir encore un goût de bouchon!

Cette farine de liège est «assemblée à un liant» qui n'est pas nommé! De la colle? «Et à des microsphères alimentaires», précise-t-on. Alimentaires? Quel aliment? Pour qui et pour quoi? C'est non précisé! De la bouillie pour les chats, peut-être?

À la fin de ce reportage superpeucritique coiffé d'un surtitre Magazine Portofolio on se demande pourquoi on n'a pas écrit Publireportage en petits caractères au bas des quatre pages, dont deux de photos.

Enfarinés nous sommes, pauvres consommateurs un peu critiques!

Allez donc comprendre ces gens qui font du vin dans des contenants de métal, cuves d'inox, les embouteillent dans du verre, mais ne veulent pas de bouchon de métal ni de verre!

À quand les bouchons de farine de bois, de farine de verre, de farine de métal? 

Les terroristes des accords mets et vins et des publireportages

On nous annonce le lancement d'une nouvelle revue «un nouveau magazine unique sur l'art de marier les vins et les mets» à l'intention des Québécois!

Ma première réaction: est-ce que cela ne commence pas à ressembler à du harcèlement?
Est-ce qu'on en est rendu à terroriser les Québécois avec ces supposées règles, lois et règlements sur les accords mets et vins?
Est-ce qu'on ne se complique pas la vie pour rien?
Sommes-nous un peu masochistes?

Bon, c'est un peu à fleur de peau. Ma réaction est un peu trop émotive, vous allez me dire!

Sur la couverture: deux gros titres. Les accords mets et vin pour tous et Découvrir l'Autriche gourmande et vinicole.

Je feuillette la revue avant de commencer à la lire. Du bon monde, du monde que je connais. Beaucoup de pub. Puis j'arrive à l'article principal Les accords mets et vins: des bases faciles à maîtriser. Je vais vite au paragraphe qui parle des tanins (car je viens de faire une recherche sur ce sujet). Je lis ceci «... les tanins des rouges corsés ayant séjourné en barrique, comme la plupart des vins californiens et des chiliens, ceux du sud des Côtes du Rhône à base de cabernet sauvignon...»

Est-ce que les vins chiliens sont tanniques? Est-ce que vous en buvez souvent des vins du Rhône à base de cabernet sauvignon?

Je passe à l'article suivant L'ABC de la dégustation. On nous dit que le sucré se détecte sur le bout de la langue et l'acidité sur le côté de la langue! Ça fait 20 ans que l'on sait que ce n'est pas vrai. Il n'y a pas de zones de la langue réservées à des saveurs particulières. C'est un mythe dû à une erreur de traduction. Puis une vérité «quand le vin est liquoreux, il est très sucré.» 

Puis, je passe quelques pages de publicité pour aller à l'autre article titre L'Autriche vinicole:un bijou à déguster. On nous dit que le vignoble autrichien est le plus méconnu d'Europe, mais qu'il gagne des médailles «dans toutes les compétitions internationales». Puis je vois en bas de cette page, en tout petits caractères: PUBLIREPORTAGE.

Ah! Bien là, ça commence à faire! J'abandonne cette pub de quatre pages et je tourne à Découverte. Trois recettes, jolies photos et trois vins et Explication de l'ACCORD VIN. Mais en bas des trois pages, encore PUBLIREPORTAGE. 

J'arrête là. Je ne me rends même pas à l'article ou on me promet que je vais découvrir les préférences de Françis Reddy.

Le vin du Canada est en train de perdre son marché

Les médias canadiens ont fait grand état la semaine dernière de la baisse des parts de marché des vins canadiens.

Dans une publication des plus confuses de BMO ont dit que les vins du Canada perdent des parts de marché au pays en plus d'avoir de la difficulté à s'exporter.

On prétend que ce serait la faute du huard. Les Américains et les Chinois, les principaux clients, auraient donc réduit leurs achats de vins du Canada.

Réglons tout de suite le cas des exportations, essentiellement des vins de glace. La mode du vin de glace s'atténue, les prix montent et la contrefaçon fait perdre confiance.

Pour ce qui est de la consommation intérieure, on dit que la production de vin canadien a augmenté, mais que ses parts de marché ont diminué.

Qu'est-ce que du vin canadien? C'est une notion assez confuse. Les statistiques englobent souvent les vins embouteillés au Canada dans la catégorie des vins canadiens. Ainsi un DOCG Chianti vendu dans les supermarchés IGA est comptabilisé dans la colonne des vins canadiens!

En fait, c'est tout comme l'huile d'olive italienne qui est produite en grande majorité en Espagne et en Grèce, mais embouteillée en Italie et donc «légalement» déclarée «produit d'Italie».

Mais concentrons-nous sur les vins réellement faits au Canada. (Quoique plusieurs contiennent aussi du jus provenant de l'étranger.)  Les viticulteurs canadiens voudraient bien en produire plus et surtout vendre plus. Mais comment faire?

Dans le reste du Canada, dans le ROC, hors Québec, le sentiment national peut jouer et inciter les consommateurs à acheter local. Mais au Québec, ce sentiment joue peu ou pas du tout. On est ici sur un marché du vin très sophistiqué. Les Québécois ont une culture du vin très développée qui s'est formée progressivement au cours des 20 dernières années. Le Québécois s'est habitué à goûter du bon vin fait en France, puis en Italie et maintenant un peu dans les pays du Nouveau Monde.

Des exportateurs réussissent à faire du vin de grande qualité qu'on nous vend à 18 $, 12 $ et même 8 $. Ces maisons bien approvisionnées en raisins de qualité achetés à bas prix produisent des centaines de milliers voire des millions de bouteilles.

Que peuvent faire les petits producteurs locaux pour les concurrencer? Qu'est ce qu'on produit au Canada? En Colombie-Britannique c'est trop souvent des vins alcooleux et hyperboisés; en Ontario, des vins acres au goût de levure et au Québec des vins acerbes. Des vins d'entrée de gamme qu'on essaie de vendre à plus de 12 dollars (9 €).

Face à des Finca Flichman, Fuzion, Cazal-Viel, Vila Regia, Seteniter, Pater, Lagrézette, Ruffino, C'est la Vie et autres, les vins canadiens font piètre figure et font faire des grimaces.

De toute manière, la plupart des bons vins canadiens ne sont disponibles qu'aux domaines!  Il faut aller les acheter sur place. Ceux-là, produits en petites quantités, se vendent bien.

Mais alors que faire pour accroitre ses parts de marché? La solution n'est sûrement pas de tenter de faire des vins californiens en Colombie-Britannique, des vins du Nouveau Monde en Ontario ou des vins sucrés au Québec. Le Canada étant un pays froid, il peut mieux réussir ses vins blancs. Je crois que l'avenir du vin canadien, sauf rares exceptions, est en blanc. Blanc comme neige! Mais ce ne sera pas facile, le blanc n'étant pas à la mode.

Au Québec, la production est microscopique et le restera. L'avenir est à la microproduction vendue sur place accouplée à l'oenotourisme. Toutefois, je crois qu'on devrait aussi se lancer dans la production de mousseux. Notre climat n'est-il pas plus près de celui de la Champagne que de celui du Languedoc? Les raisins ici sont très acides et manquent de sucre. Alors pourquoi ne pas tenter sa chance du côté des pétillants?

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(1) The Canadian Wine Industry: A Summary View (PDF)
(2) Presse anglophone
(3) Presse francophone
(4) Reportage de l'émission Classe économique, Radio-Canada.

Des critiques qui critiquent!

Texte modifié le 22 février 2012

Quel est le rôle d'un critique?
   De critiquer, me direz-vous.

Mais pourquoi tant de critiques de vin critiquent si peu, certains même jamais?
  Pas de place pour critiquer, on ne parle que de ce qui est bon, nous répond-on.

Critiquer c'est mettre en relief les qualités et les défauts, nous dit Antidote.
Lorsqu'on ne parle que des qualités ou de ce qui est beau et bon, ce n'est pas de la critique, mais de la louange.

Pour informer, il faut dire le beau et le moins beau, n'est-ce pas?

Que dirait-on des critiques de cinéma, de théâtre, de restaurants, de livre, d'auto, de sport qui ne parleraient que des bons films, des bonnes pièces de théâtre...?

Dans le monde du vin, est-ce que tout est beau et bon?
Un vin est bon, on le dit, on le vante. Le millésime suivant est médiocre, on n'en dit mot.
Un nouveau vin est lancé sur le marché, il est bon, on le dit. L'année suivante, on met de la bibine derrière la même étiquette, alors silence!

C'est donc la vie en rose. On a des lunettes roses. C'est Tout le monde il est beau tout le monde il est gentil. Allélouia!

Dire du bien d'un vin c'est facile, en dire du mal, c'est plus difficile.

On critique tellement peu dans le monde du vin que lorsqu'on lit quelqu'un qui critique, on est tout surpris, alors que ça devrait être la règle. (Exemple Rosons le rosé).

Pourtant, on ne doit pas avoir peur de critiquer. Car, l'on sait très bien que le critique n'est pas infaillible. «C'est plus la diversité des opinions que nos vaines tentatives personnelles d'atteindre l'objectivité parfaite, qui peut aboutir à une forme d'objectivité.» dit Hervé Lalau.  

On comprend que dans les revues de vin, on ne peut pas critiquer, car elles sont financées par des compagnies de vin qui noyautent leurs espaces publicitaires. Mais pourquoi si peu de critique dans les journaux, à la radio, à la télévision et sur internet? De quoi a-t-on peur?

On lit très peu de critiques de vin, on lit surtout des louanges. Sommes-nous des critiques de vin ou des louangeurs de vin?
Est-ce le règne de la facilité?

On comprend que les sommeliers lorsqu'ils s'improvisent chroniqueurs louangent les vins. Ils ont été formés ainsi. «Le but d’un sommelier est de faire plaisir au client», dit le maître sommelier Gérard Basset. Mais les autres, les journalistes, pseudojournalistes et chroniqueurs vinicoles, pourquoi ne disent-ils toujours que du bien de tous les vins?

À croire que les mauvais vins n'existent pas, qu'il n'y a pas de vins bouchonnés, jamais de vins trop boisés, trop verts, trop acides, trop doucoureux, trop amers...

Pourtant, dans la réalité, on en voit, même beaucoup trop. 

Le critique doit renseigner et non pas faire la promotion.

Pourquoi est-ce si difficile de dire la réalité?

Terminons sur une citation tirée du monde de la critique culturelle:

Le discours critique contemporain contient typiquement des éléments de trois natures : descriptifs, analytiques (fournissant un contexte interprétatif pour comprendre l’œuvre) et évaluatifs (sous la forme de jugements positifs ou négatifs). Cette dernière dimension invite le lecteur à cultiver une relation affective avec le journaliste-critique (par opposition au journaliste-reporter), impliquant la confiance, au risque bien sûr de l’antipathie.» (Le rôle de la critique de presse dans le champ de l’industrie culturelle)

  Texte modifié le 22 02 12

Des chroniqueurs vin qui disent la réalité: un acte politique!

Les journalistes du vin sont souvent bien frileux. Ils préfèrent vendre du rêve que de la réalité. Plusieurs refusent de faire face au monde d'aujourd'hui, préférant rester coincés dans les mythes du passé.

Ils résistent, ne veulent pas voir les changements, les désirs, les craintes et les besoins des consommateurs, leurs lecteurs.

Puis, un bon jour, ils se réveillent.

Les journalistes vin du San Francisco Chronicle et de Decanter vont finalement afficher les taux d'alcool des vins qu'ils commentent.

L'éditeur du San Francisco Chronicle dit «nous avons résisté à indiquer régulièrement le taux d'alcool parce que l'acte d'introduire l'alcool dans la discussion d'un vin est en soi politique.»

Le rédacteur en chef de Decanter est du même avis «révéler le taux d'alcool risque de peindre un tableau simpliste du vin.»

Ces gens vendent du rêve et non la réalité. Ne dire que ce qui est beau dans le vin finit par ressembler plus à de la propagande qu'à de l'information.

Finalement, ils vont nous dire la vérité, ou une partie de la vérité. Le premier commence cette semaine à mentionner le taux d'alcool dans le vin et la revue britannique le fera dans sa prochaine édition mensuelle.

C'est toujours la même chanson: «un vin à 15 % peut être équilibré!», oui, mais pourquoi cacher l'information? Peur de la vérité, de la réalité, de dévier de l'image idyllique du vin. On nous nomme des odeurs sorties du fin fond de sa propre zone corticale préfrontale, mais on ne veut pas nous dire le simple taux d'alcool.

«Cependant, nous estimons maintenant que ce sujet est devenu tellement important pour le consommateur que nous devons dorénavant fournir l'information aux lecteurs afin qu'ils puissent se faire leur propre opinion de l'importance de la chose», écrit Guy Woodward sur le site de Decanter.

Il ajoute que «ce n'est pas seulement la question de l'impact du volume d'alcool sur le goût du vin, mais c'est aussi la santé qui est en jeux, la capacité de conduire un véhicule et le risque d'intoxication. Si vous voulez apprécier plus d'un vin au dîner, la différence entre un 12 et un 15 % peut être importante.»

Mais est-ce que l'étiquette dit la vérité? Le San Francisco Chronicle a fait vérifier le taux d'alcool indiqué sur plusieurs étiquettes de vins américains, et certains 14 % se sont révélés être des 15 %.

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