Éditorial

La SAQ: encore moins transparente

C'est la Journée mondiale de la liberté de la presse!
La SAQ refuse de fournir la liste des produits ajoutés et enlevés de son répertoire des produits courants.

La SAQ dit qu'elle enlève des vins qui se vendent moins et les remplacent par des vins qu'elle espère vendre mieux. Des vins apparaissent et disparaissent régulièrement de la section des produits courants.

Quels sont les vins qui sont «délistés» et quels sont les vins qui les remplacent?
Peut-on avoir la liste?

Je fais une demande au service de presse de la Société des Alcools du Québec. Je demande la liste des vins retirés et ajoutés ainsi que leurs prix. On me répond que cela doit passer par le service d'accès à l'information.

Je fais donc le 2 avril une demande en vertu de la Loi d'accès à l'information pour avoir cette liste. On me répond le 3 avril que «dès maintenant, des recherches sont entreprises afin de retracer les documents demandés.» Et on me dit qu'en vertu de l'article 46 de la loi que j'aurai une réponse dans les 20 jours, soit avant le 22 avril.

Le 22 avril, je reçois une autre lettre me disant qu'on ne peut répondre à ma demande dans le délai de 20 jours. «Compte tenu de certaines contraintes, un délai supplémentaire de 10 jours est en effet nécessaire», écrit Mme Suzanne Paquin, secrétaire générale et vice-présidente des services juridiques de la SAQ. Mme Paquin ajoute «soyez assuré cependant que nous répondrons à votre demande au plus tard le 2 mai prochain.»

Le 2 mai: pas de réponse!

Le 3 mai, une lettre par Purolator signée de Mme Paquin me dit que «nous avons le regret de vous informer que nous ne pouvons vous communiquer le document demandé.»
Pourquoi?

«si ce document était dévoilé, cela risquerait vraisemblablement d'entraver des négociations en vue de la conclusion d'un contrat, de causer une perte à notre organisme, de procurer un avantage appréciable à une autre personne en plus d'avoir un effet sur une procédure judiciaire.»

On m'avise aussi que je peux demander à la Commission d'accès à l'information de réviser cette décision!

Étonnement!
Que de mal peut causer cette petite liste!
Entravez quelles négociations? Causer quelle perte? Donner un avantage à qui? Quelle procédure judiciaire?
Que veut cacher la SAQ et pourquoi?
En quoi cette liste serait dangereuse? Pour qui?

Loi d'accès à l'information et transparence de l'État
Dans son billet d'aujourd'hui, le président de la Fédération professionnel des journalistes du Québec, Brian Myles, souligne la Journée mondiale de la liberté de presse en demandant qu'on rafraîchisse la loi d'accès à l'information.

M. Myles lance un appel pressant à la première ministre, Pauline Marois, pour accroître la transparence de l'État. «Les journalistes... sont enfermés dans les dédales d'une bureaucratie gouvernementale qui considère malheureusement l'information publique comme sa chasse gardée.»

Le journaliste du Devoir écrit dans La Presse que «Les politiques de communication des organismes publics... posent une chape de plomb sur la presse

«Les lois d'accès à l'information, au Canada et au Québec, sont devenues des outils de contrôle de l'information à des fins politiques. Ces lois affirment que les documents des organismes publics sont accessibles à tous, sauf exception. Mais en pratique, les documents des organismes publics sont secrets, sauf exception.» La petite noirceur, Votre opinion, Brian Myles, président FPJQ, La Presse 3 mai 2013.

Pourquoi je demandais cette liste?
Mon hypothèse de départ est que la plupart des vins retirés du répertoire régulier de la SAQ sont des vins de moins de 15 $ et que la plupart des vins qui les remplacent sont des vins de plus de 15 $. Je veux tout simplement vérifier cette hypothèse.
Cette information serait donc, selon la SAQ dangereuse pour la SAQ et avantageuse pour quelqu'un!

Dans ses derniers appels d'offres, la SAQ demande des vins de plus de 15 $. Jusqu'au dernier appel d'offres, elle publiait les noms de certains vins retirés. Elle ne le fait plus!

Dans saq.com, l'on voit aujourd'hui qu'on a ajouté 20 nouveaux vins: 13 de 15 à 20 $, 4 de plus de 20 $ et seulement 3 de moins de 15 $.

Le nombre de vins de moins de 15 $ continue de baisser rapidement. Il n'y en a plus que 778 au 30 mai. On en a ainsi perdu 117 depuis le début de l'année. Pendant ce temps le nombre de vins plus chers continue d'augmenter.

Bouteilles vin 750 ml 12 janvier 2013 3 mai 2013
de moins de 15 $  895  778
de 15 à 20 $ 1635 1676
de 20 à 30 $ 2001 2115

 

Ajout 14 h.
On me signale que la SAQ n'a peut-être pas voulu fournir la liste à cause de la menace de recours collectif qui pèse sur elle. Bonne hypothèse!

 

SAQ: privatisation, statu quo ou libéralisation

L'Abitibi sauvera la SAQ!

On parle beaucoup dans les médias ces jours-ci du monopole de la Société des alcools du Québec et de la volonté de certains de vouloir privatiser cette société d'État.

C'est un sujet récurant qui existera aussi longtemps qu'il y aura monopole.

Nous entretenons au Québec une relation affective amour-haine avec notre soviet des alcools.

Un amour qui ressemble au syndrome de Stockholm et un ressentiment alimenté par la rigidité du monopole, ainsi que par l'attitude hautaine et l'hermétisme de ses dirigeants.

Un sondage internet mené sur une seule journée par le quotidien La Presse en a surpris plusieurs parce que 61 % des personnes qui y ont participé ont dit souhaiter la privatisation de la SAQ.

Les arguments pour la privatisation sont nombreux et souvent d'ordre moral, éthique ou idéologique.

Les arguments pour le statu quo sont plus terre à terre et d'ordre pratique.

Les principaux arguments pour le maintien du monopole sont à première vue bien convaincants, toutefois, sauf un, ils ne résistent pas à l'analyse et se révèlent non valables. Ce sont des paralogismes ou des sophismes.

On peut les regrouper sous cinq titres: revenus d'État, sécurité, contrebande, pouvoir d'achat et régionalisme.

Seul ce dernier argument se révèle toujours valable après analyse et réflexion. Abordons les quatre autres en premier.

1. Revenus d'État
On dit que la SAQ procure un bon revenu à l'État. En fait 1,9 milliard l'an dernier. L'état collecte aussi beaucoup d'argent via l'essence et les cigarettes. Il n'est donc pas nécessaire que l'État soit propriétaire d'un bien pour le taxer.

2. Sécurité
L'alcool est dangereux et il faut que l'État contrôle. Et la dynamite et les armes à feu? L'État peut donc réglementer l'usage sécuritaire d'un produit sans être obligé de le vendre lui-même.

3. Contrebande
L'alcool privé c'est la porte ouverte à la mafia. Il faudrait alors étatiser l'industrie de la construction, la municipalité de Montréal et les bars de danseuses nues. La justice et les citoyens peuvent contrer les actions de la mafia.

4. Pouvoir d'achat
La SAQ aurait une grande force d'achat de gros. L'argument ne tient pas puisque la société d'État ne l'utilise pas (sauf pour les grands crus), car elle doit acheter cher pour vendre cher.

5. Régionalisme
Grâce à la SAQ, on a des vins de qualité dans toutes les régions du Québec.
Voici le seul argument qui résiste à l'analyse. On peut bien sûr se demander si c'est le rôle de l'État d'assurer un approvisionnement de vin de qualité sur tout le territoire; mais force est de constater que la SAQ remplit assez bien son rôle en région. On peut prétendre aussi que l'entreprise privée en fera autant, mais on n’en est pas certain.

Même si l'on dit que ce n'est pas le rôle de l'État de distribuer du vin sur tout le territoire, nous constatons que le service est rendu et que des consommateurs craignent de perdre au change.

L'argument du service régional est l'argument le plus fort et peut-être le seul qui nous permet de s'opposer rationnellement à la privatisation de la SAQ.

Depuis la reprise de ce débat, j'ai reçu plusieurs courriels de lecteurs; certains favorables à la privatisation, d'autres non. Ces derniers disent craindre la réduction de la diversité des produits dans leur région advenant la privatisation de la SAQ. Fait étonnant, ils proviennent surtout de l'Abitibi.

Statu quo, privatisation ou libéralisation
Il y a actuellement trois choix qui s'offrent à nous dans ce dossier: le statu quo (maintien du monopole), la privatisation et un autre choix entre les deux, la libéralisation.

Ce dernier semble le plus réaliste. La libéralisation de la vente du vin pourrait être facile à réaliser. Tout en conservant la SAQ, il suffirait de faire trois modifications au régime actuel:
- permettre l'installation de cavistes;
- permettre aux agences de vendre des importations privées à la bouteille et non plus seulement à la caisse;
- permettre aux épiceries et grands marchés d'alimentation d'acheter aussi directement du vin aux producteurs ou distributeurs nationaux et internationaux.

Donc, d'autres personnes pourraient ainsi avoir la possibilité de nous offrir des vins.

Quel vin ai-je le droit de mettre sur ma table?
En définitive, la question qu'on doit se poser est celle-ci:

Est-il vraiment nécessaire que ce soit un employé de l'État qui décide quelle bouteille de vin peut entrer ou ne pas entrer au Québec?

Autrement dit: est-ce qu'il faut absolument que ce soit un fonctionnaire de l'État qui choisisse qu'elle vin nous aurons le droit de mettre sur notre table?

Les diktats du Soviet des Alcools

Le châteauneuf-du-pape dans une bouteille en plastique et un hermitage ou un côte-rôtie dans une bouteille en carton, ça vous tente?

Notre chère SAQ, Soviet des Alcools du Québec, vient de décréter qu'il allait privilégier les bouteilles plus légères dans ses achats.

Un nouveau diktat!
De quoi se mêle-t-on encore?

La SAQ veut remplir plus de conteneurs de bateau. «Ça nous permet d'économiser pratiquement 150 conteneurs de vin par année. C'est majeur», dit un employé de la SAQ. Donc, le consommateur va payer son vin moins cher! Pas du tout, dit le porte-parole de la même SAQ.

«À produit égal, entre deux vins de la même catégorie, c'est celui dans une bouteille de verre allégé que nous allons choisir», dit un porte-parole de la SAQ, rapporté ce matin sur le site internet du journal La Presse.

Notre Soviet des Alcools agit encore en dictateur! Le choix de la forme et du type de bouteille n'est-il pas un choix du producteur, un choix artistique, un choix de marketing, un choix de culture, un choix de marché?

Si le consommateur ne veut pas acheter de bouteille lourde, ce sera son choix. Nos fonctionnaires ont-ils à décider pour lui?

Alors, si la SAQ veut tellement économiser sur les frais de transport, pourquoi ne pas acheter plus de vins produits près de notre marché, Québec, Ontario, Nouvelle-Écosse, Colombie-Britannique, et réduire les achats aux antipodes, Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud, Chili...?

Pourquoi aussi faire venir les beaujolais nouveaux en avion? Ça coûte énormément cher pour de la piquette! En vrac, alors?

Et tant qu'à imposer ses exigences aux producteurs, pourquoi ne pas favoriser les capsules à vis, il y aura moins de perte. Les bag-in-box, carrés et en carton, prennent vraiment moins de place que les bouteilles rondes; ainsi que le vrac, les vigniers, les citernes, les pinardiers. Le Soviet pourrait aussi imposer des taux d'alcool maximums de 13 %, ce serait meilleur pour la santé. Et finalement pourquoi ne pourrait-on pas privilégier les vins bio, qui contiennent moins de pesticides et son meilleur pour l'environnement?

Des journalistes collaborateurs de la SAQ

Il y a quelques années, un critique britannique de vin a envoyé une note aux marchands de vin de son pays leur interdisant d'utiliser ses commentaires et ses notes de dégustation sans sa permission.

Il n'y a pas très longtemps au Québec, des employés de la SAQ affichaient des notes des critiques de vin sur les tablettes. Leurs patrons leur ont ordonné de cesser disant qu'il faudrait plutôt demander aux agences et aux producteurs de payer pour ces notes.

La semaine dernière, nous apprenons que la SAQ va finalement utiliser des notes de certains chroniqueurs et journalistes pour faire la promotion de certains vins. (L'après Suckling)

La prochaine opération sera lancée le 15 novembre avec l'auteure Nadia Fournier, du Guide Michel Phaneuf. La SAQ mettra en alors valeur 25 vins coup de cœur de Mme Fournier. Ces vins seront regroupés dans la section Cellier des magasins avec des affiches à l'image de Mme Fournier. «Il s’agit de quelques-uns des produits identifiés meilleurs rapports qualité-prix identifiés par un nouvel icône dans le Guide du vin. De plus, ils ont tous obtenu une cote de 4 étoiles», lit-on dans un document de la société d'État. Puis le même genre d'opération sera fait avec deux autres critiques de vin après Noël et au printemps.

Qui va payer pour cela?
Qui va choisir les vins?
Est-ce que les producteurs seront invités à débourser pour faire afficher ces notes?
Est-ce que les chroniqueurs et journalistes seront payés comme ce fut le cas pour James Suckling l'an dernier?

Interrogée à ce sujet vendredi, la SAQ a refusé de répondre à ces questions.  Son porte-parole nous a dit ce midi que cette opération sera présentée la semaine prochaine.

En attendant, nous pouvons réfléchir sur le sujet.
On doit s'attendre à ce que les pressions des producteurs et de leurs agents au Québec soient fortes pour qu'apparaissent les commentaires favorables à leurs vins dans ces promotions.
Est-ce le rôle des critiques de vin de collaborer avec les marchands de vin?

Si l'intérêt du marchand de vin est évidant ici, celui du critique l'est moins.

Est-ce que des critiques de restaurants collaborent avec McDonald?
Est-ce que des critiques de cinéma collaborent avec Metro Goldwyn Mayer?

Le critique doit-il servir le marchand ou le consommateur?
Si on répond: les deux; alors, nous nous trouvons en équilibre précaire.

Ne serait-il pas préférable que le critique maintienne une bonne indépendance face aux marchands des produits qu'il critique; une certaine distance; une «petite gêne», comme on dit?

L'an dernier, interrogé sur l'affaire Suckling, Michel Phaneuf a dit qu'il aurait refusé une telle association. (Ma rencontre avec James Suckling (MISE À JOUR) Mathieu Turbide, 12 février 2011)

Au final, le plus important n'est-il pas que le critique acquière une crédibilité et surtout qu'il la conserve?

ÉCRIRE POUR UN MAGAZINE DU VIN N'EST PAS DU JOURNALISME

Est-ce une publicité ou une nouvelle?
   Is that an ad or a news story?  Tel est le titre d'un article d'Ira Basen publié dans le quotidien The Globe and Mail.

M. Basen, journaliste de la CBC, nous dit que de plus en plus d'industries embauchent de vrais journalistes pour écrire des articles.

Il se demande si c'est toujours du journalisme. Il conclue que non et qualifie leur travail de brand journalist que l'on pourrait traduire par journaliste d'entreprise.

«La différence n'est pas tant de savoir comment l'article est écrit, mais pourquoi il est écrit: le journalisme d'entreprise répond à des objectifs d'affaires. Les histoires, les articles peuvent être justes et précis, transmis par des journalistes de renom, mais l'objectif fondamental reste la commercialisation. Ce n'est donc pas une tentative de débusquer la vérité. C'est plus de la promotion que du journalisme.»

Le journaliste d'entreprise sert plus les intérêts de l'industrie que celui des consommateurs.

La journaliste Nathalie Collard, reprend le sujet dans une de ses chroniques dans le journal La Presse. «Dans le cas des magazines corporatifs, l'objectif est d'offrir un contenu informatif (pensons au magazine En Route ou à Cellier de la SAQ) qui placent le consommateur dans le contexte de la marque, mais sans lui donner l'impression qu'il lit un dépliant publicitaire.»

«Vous ne trouverez pas d'articles assassins sur le vin dans le magazine Cellier de la SAQ. Voilà pourquoi il faut parler de rédaction professionnelle ou de rédaction corporative et non de journalisme.»

J'ajouterai que ce n'est pas seulement le fait de magazines corporatifs.

Tous les magazines de vins (sauf rares exceptions) sont financés par l'industrie du vin. Vous n'y trouverez jamais d'articles critiques. Tout y est beau, tout est bon.

Rappelez-vous le scandale du faux pinot noir en Languedoc, ces magazines n'en ont pas parlé. De même pour l'affaire de l'équipe de Robert Parker en Espagne, silence quasi total dans ces magazines du beau.

Ces magazines sont liés. Ils reçoivent l'argent de l'industrie du vin. Certains vendent même leur première page qui est en fait de la publicité, d'autres font payer pour ajouter l'image de l'étiquette à côté de la «critique» du vin.

Ils travaillent pour les vendeurs de vin et non pour les consommateurs de vin.

Je ne dis pas que tout est mauvais dans ces magazines. Il y a quelques fois des articles instructifs. Certains rédacteurs réussissent à publier à l'occasion des informations ou des opinions intéressantes, mais le tout baigne dans une ambiance de glorification du vin, de béatification totale de monde du vin.

Est-ce qu'on apprend des choses à lire ces magazines? Après huit ans d'abonnement à un grand nombre de ces revues, je n'en suis pas convaincu.

On n'a qu'un seul côté de la médaille. Leur but est de nous faire acheter du vin et non de nous informer correctement.

Dans son article, M. Basen cite Kelly Toughill, directeur de l'école de journalisme de la University of King’s College à Halifax: «le journaliste doit servir en premier les intérêts de son public et de sa communauté, mais dans le journalisme d'entreprise, ce n'est pas ce qu'il fait.»

Je termine en citant encore M. Basen «Independence is one of journalism’s most cherished values» «L'indépendance est une des valeurs les plus chères du journalisme»

Ce phénomène de «journaliste d'entreprise» n'est pas limité aux magazines imprimés. Il tend aussi à se répandre sur les sites et les blogues internet. C'est là un aspect de ce sujet que j'aborderai un autre jour.

 Is that an ad or a news story – and does it matter which? Ira Basen, The Globe and Mail, 3 août 2012
 Écrire pour une marque, est-ce du journalisme? Nathalie Collard, La Presse, 24 septembre 2012

Est-ce vrai que les Québécois veulent payer le vin plus cher?

Nous Québécois ne voulons plus de vin à 12 $!
Nous voulons payer plus cher pour nos vins!
Nous voulons des vins à 16 $, 18 $ et bientôt 119 $!

Québécois, Québécoises. Si je vous ai bien compris. Vous voulez payer plus cher! Eh bien, vous allez payer plus cher!

Ça vous semble ahurissant, mais c'est en gros ce qui se dégageait cette semaine de la lecture d'articles de La Presse et du Journal de Montréal.

«Les Québécois consomment de plus en plus des vins qualitatifs et de moins en moins de vins entre 9 $ et 12 $. Ils poussent de plus en plus la barre de 20 $», nous dit le Journal de Montréal, citant une porte-parole de la SAQ.

Le journal La Presse ajoute qu'en «deux ans, les ventes des bouteilles à moins de 10 $ ont chuté de 14 %.»

La lecture de ces articles m'a rappelé un incident vécu dans le Languedoc à la fin avril.

Reconnaissant notre accent québécois, un producteur nous apostrophe en se disant outré du comportement du monopole du vin du Québec qui a radié un de ses produits.

Michel Julien se dit estomaqué que la SAQ refuse de vendre maintenant son populaire L'Opéra de Villerambert-Julien (Code SAQ 00488270, 12,95 $). La SAQ lui a dit que son vin sera retiré de la liste des produits courants disponibles à la SAQ.

M. Julien en colère affirme que son vin se vend très bien au Québec, mais la SAQ lui a dit que ce n'était pas assez. Il a alors offert de faire plus de promotions, et plus d'effort pour hausser encore ses ventes; ce que la SAQ lui a refusé, selon ses dires.

Les dirigeants de la SAQ diminuent le choix des vins à bon prix pour augmenter celui des vins plus chers dans la section des vins courants. La SAQ va retirer au cours des prochaines semaines 41 vins rouges des catégories de prix de moins de 15 $ pour les remplacer par 46 vins de 15 à 25 $.

Quel est le message qu'on lance aux vignerons? Ne proposez pas votre vin à 4,50 $, il sera refusé, car dans la catégorie des moins de 15 $. Vendez-nous le 6 $, il sera alors dans la catégorie valorisée des 15-25 $. 

Ce vin de Michel Julien aurait ainsi le défaut de ne pas se vendre assez cher! Il n'est pas dans la catégorie de prix favorisée par les gens de la SAQ ces jours-ci.

Donc, on veut nous faire payer plus cher! Mais, est-ce que ce sera pour du vin de meilleure qualité?

Le journaliste Claude Langlois du Journal de Montréal s'étonne lui aussi de cette supposée volonté du Québécois à vouloir payer son vin plus cher. Il écrit «j’avoue avoir quand même tiqué un peu» à la lecture de cette affirmation de la SAQ qui dit que les Québécois «poussent de plus en plus la barre de 20 $, même en semaine.»

Oui, on paie plus cher, «mais ce n’est pas parce qu’on a le choix, c’est parce que les prix des vins à la SAQ augmentent sans cesse», dit le journaliste Claude Langlois dans le blogue vin du Journal de Montréal.

Mais pourquoi avons-nous moins de vins de 9 à 12 $ sur les rayons de la SAQ? Est-ce vraiment parce qu'on n'en veut plus? Claude Langlois écrit ceci «si on se fie à ce que certains agents promotionnels nous racontent (la SAQ) essaie de limiter plus ou moins explicitement l’introduction de produits dans cette gamme de prix.»

Le journaliste chroniqueur remarque aussi que l’écart entre la qualité et les prix est de plus en plus grand dans les arrivages du magazine Cellier et du Courrier Vinicole. «Est-on en train de nous refaire le coup des "prix départ-chai" gonflés?»

Il fait ici référence au scandale des prix gonflés artificiellement des vins d'Uruguay «Les vignerons que l’on rencontrait sur place ne comprenaient pas pourquoi des acheteurs de la SAQ leur demandaient de vendre leurs vins plus chers, alors que partout, dans le monde, les marchés leur demandaient de les baisser.» (Encore le prix des vins à la SAQ, Claude Langlois, Les Méchants Raisins, blogue vin Journal de Montréal) 

Nous avons perdu 100 vins de moins de 10 $ en trois ans au Québec.
Sur les rayons de la SAQ, il y avait en mars 2009 183 vins de 10 $. Ils ne sont plus que 95.

Nombre de vins sur les rayons SAQ
  Mars 2009 Mai 2012
-10 $  183   95
10-15 $  857  878
15-20 1262 1567
20-30 1607 1845
30-40  727  789
+ 40 $ 2324 2749

Que faire devant la voracité de la Société des Alcools du Québec?
Difficile à dire. Il faut essayer d'être vigilant, de se comporter en consommateur averti et surtout ne pas croire tout ce que le vendeur nous dit.

Le vin en vrac vendu à fort prix en bouteille par nos épiciers

La Société des Alcools du Québec ne vend plus du vin en vrac dans ses succursales entrepôts, mais d'autres ont pris la relève. Ils le vendent en bouteille.

Des vignerons écoulent en vrac le vin qu'ils ne peuvent pas ou ne veulent pas vendre en bouteille. C'est le vin de deuxième qualité écoulé à environ 1 à 2,50 $ le litre. Ils le vendent à la coopérative ou à des négociants. Ces derniers l'embouteillent ou le revendent en vrac à l'extérieur du pays.

Voici la définition de vin en vrac que donne le site Cavesa

«Définition : Vrac (vin en)
Vin vendu en gros contenant, en citerne aux négociants, en bonbonne ou en cubitainer aux particuliers. Le vin en vrac, même s'il est acheté à la propriété, n'est jamais d'une qualité comparable à celle du vin vendu en bouteille.»

C'est ainsi que des entreprises importent au Québec des citernes de vin pour l'embouteiller. Ces bouteilles sont ensuite vendues dans les épiceries.

Ils n'ont généralement pas bonne réputation, sont de moins bonne qualité que les vins embouteillés au domaine et surtout on les soupçonne d'être bourrés de sulfite, très filtrés et bien stabilisés car ils doivent être vendus dans des endroits qui peuvent être chauds, sur les rayons près des fenêtres dans des épiceries chauffées à 22 °C.

Afin de contrer la mauvaise réputation de ces vins et de profiter tout de même de l'engouement pour le vin au Québec, certains entrepreneurs développent des astuces de marketing pour hausser l'image de ces vins.

On voit ainsi les magasins Costco qui vendent ces vins en vrac en les mettant en bouteilles et en leur donnant un numéro et en affichant des prix parfois élevés, tel le Julia Cellier 60 à 50 $. 

Les magasins IGA viennent aussi d'embarquer dans la danse avec des vins qu'on dit d'importation privée. On surfe ainsi sur la vague des Importations privées très populaire auprès des restaurateurs. Ces vins sans nom, porte aussi des numéros.

On trouvera aussi dans certains bars des vins de la marque Versay, des vins en fûts pour le service au verre.

Ces entreprises font des campagnes publicitaires ingénieuses ces jours-ci et embauchent des sommeliers médiatiques pour faire la promotion de ces vins.

Malgré les prix élevés demandés, il faut toutefois se rappeler que ce ne sont que des vins en vrac. Des vins que normalement on met en vignier, en cruche, en BIB, boîte de carton... et qui devraient se vendre l'équivalent de 10 $ la bouteille environ.

Ce n'est pas parce que le vin est en bouteille qu'un sommelier ou une sommelière en dit du grand bien (ils sont payés pour ça) et que le prix est élevé, que cela améliore le vin: ce n'est que du vin en vrac!

Un vin de qualité est fait à un endroit, sur un terroir, à un moment donné (millésime), par un vigneron. Si on ne dit pas le nom du vigneron qui par sa signature garantit la qualité (ou la signature d'un négociant de réputation) alors on parle de petit vin qu'on devrait payer au petit prix.

La SAQ nous aurait menti, nous attendons les explications de ses dirigeants

D'après ce que nous lisons dans le site Internet du quotidien La Presse, la SAQ, a menti à ses clients en prétendant que le critique de vin James Suckling avait fait gratuitement des critiques sur des vins en vente à la société d'État.

On apprend que c'est faux, on a donné 24 000 $ à l'homme aux 90 points généreux et abondants. Il a été rémunéré pour «la dégustation et la notation de produits, la production, la création et l'animation de capsules vidéo », dit le document obtenu en vertu de la Loi d'Accès à l'information par La Presse.

Pourquoi avoir menti? Dans quel but? Pour tromper qui?
Ceci entache la réputation de la société d'État, du gouvernement et de tous les employés de la SAQ qui ont participé à cette opération.

Nous attendons les explications des dirigeants de la SAQ.

L'affaire est sortie le mardi 17, et aujourd'hui, vendredi, silence total à la SAQ.

Après les mensonges de l'euro, nous avons les mensonges des 90 points! 

Est-ce que les consommateurs, les clients, les contribuables du Québec peuvent avoir des explications sur cette façon de fonctionner? Est-ce que ça va continuer comme ça? 

Est-ce que les dirigeants de la SAQ ne sentent pas la nécessité de donner des explications à ses clients et peut-être de s'excuser? Pouvez-vous nous promettre de ne pas continuer ainsi?

Bravo Karyne Duplessis Piché

Le monde du journalisme vin était assoupi au rythme du petit ronron habituel ponctué seulement de chroniques vins hebdomadaires louangeuses.

Tout d'un coup: le tonnerre. Une jeune journaliste du quotidien La Presse nous révèle que les dirigeants de la Société d'État des alcools du Québec ont menti de façon répétée aux consommateurs.

Dans un article publié dans le site internet de La Presse, mais non encore dans l'édition papier, Mme Duplessis Piché écrit que «la Société des alcools du Québec (SAQ) prétend depuis deux ans ne pas avoir payé pour les dégustations du critique américain James Suckling, qu'elle utilise dans l'une de ses campagnes de promotion. Or, contrairement à ce qu'elle avance, elle a payé près de 24 000$ pour les services de cet ancien chroniqueur du Wine Spectator

La plupart des chroniqueurs se doutaient bien que la SAQ et M. Suckling mentaient. Cependant, c'est la plus jeune d'entre nous qui a osé et fait les efforts nécessaires pour faire éclater la vérité. Elle et son journal ont utilisé la Loi d'accès à l'information pour obliger les dirigeants de la société d'État, nos fonctionnaires, à nous dire la vérité, à cesser de nous mentir dans cette affaire.

Bravo Mme Duplessis Piché, bravo Karyne!

Bravo aussi aux patrons de La Presse qui semblent avoir appuyé et fait confiance à leur recrue.

C'est d'autant plus méritoire que la SAQ est le seul commanditaire de la section vin du site internet de La Presse. (Il y a là une anomalie qu'il faudrait corriger. Les lecteurs de la rubrique achètent aussi d'autres produits.)

Comme dirait M. James Suckling «I am 100 points on that!»

Confusion dans le monde du vin au Québec

Peut-on à la fois vendre du vin et être critique de vin?
Peut-on être payé par un vendeur de vin pour critiquer les vins qu'il vend?

Que penserions-nous d'un journaliste financier qui vendrait aussi des actions, d'un chroniqueur automobile vendeur d'auto, d'un critique de restaurant qui possèderait des restaurants...?

On qualifie cela de mélange des genres et de conflit d'intérêts. On fait deux métiers contradictoires. D'un côté on vend un produit et de l'autre on commente les produits des concurrents.

Le monde des chroniqueurs de vin est en ébullition au Québec. Le mélange des genres est en pleine progression depuis deux ans. Des critiques de vin font de la publicité et des publicitaires font des critiques de vins.

Des compagnies, des magazines, des médias embauchent des publicitaires du vin pour faire des chroniques sur le vin.

Il y a nette confusion entre information sur le vin et publicité sur le vin; entre critique de vin et promotion de vin.

Voici quelques éléments qui nous portent à réfléchir sur le travail de la critique vinicole.

Premièrement, le scandale de l'affaire James Suckling. Karyne Duplessis Piché du journal La Presse nous apprend que l'ancien critique de vin du Wine Spectator a été payé par la Société des Alcools du Québec pour commenter des vins vendus par cette même société. Après avoir nié, la SAQ reconnait finalement lui avoir donné 24 000 $. Il y a ici confusion entre critique et promotion.

Deuxièment, nous apprenons que le Guide de vin Phaneuf aura de nouveaux collaborateurs. Toutefois, l'on sait que ces personnes font la promotion de certains vins au Québec. Comment vont-ils parler de leurs concurrents dans le guide? Y a-t-il confusion possible ou apparence de conflit d'intérêts?

Troisièmement, un magazine féminin convie demain tout le monde du vin au Québec à participer à une dégustation virtuelle sur le web intitulée L'art de l'accord vins et fromages. C'est mené par une agente de promotion de vin. En regardant la liste des vins, nous constatons qu'ils sont tous de la même région! Donc, une opération commerciale financée par des marchands de vin de cette région.

Finalement, le plus étonnant c'est cette vidéo du critique de vin d'un hebdomadaire et magazine vin intitulée «Les Grands Arrivages – Un nouveau concept de vin exclusif à IGA». Il y a là confusion entre publicité et critique de vin.

Dans tous les cas, il faudrait que les médias identifient clairement ce qui est de la publicité et ce qui est de l'information.

Peut-on à la fois vendre du vin ou être payé par des vendeurs de vin et chroniquer librement sur le vin sans apparence de conflit d'intérêts?

Je me rends bien compte qu'il est difficile de gagner sa vie en étant uniquement chroniqueur de vin.

Cela dit, je crois que les métiers de chroniqueur de vin et de publicitaire sont deux métiers aux objectifs opposés et qui doivent donc être faits par des personnes différentes. 

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