Éditorial

Une note de 90: un jeu puéril?

Noter un vin en lui donnant une note de 90, 92, 97+, 100 points est-ce sérieux, ou un jeu enfantin?

Est-ce qu'un vin peut valoir 92 %?

Vous mangez un spaghetti, ce vin de 92 points bien joufflu, boisé à point et tannique vous semblera un piètre vin auquel vous auriez donné un petit 84.

Par contre, un petit vin un peu sévère, au fruité bien acidulé auquel les critiques américains et canadiens de vin auront donné un 87 vaudra bien plus que le gros 92 pour votre plat de pâtes.

Le lendemain, vous mangez un steak saignant, là le vin tannique montera de 84 à 92 points peut-être.

Oui, mais vous me dites qu'il faut choisir un vin pour impressionner les amis. Alors, il nous faut un 92.
Mais vos amis sont impressionnés par quoi? Les vins au fruité corpulent, au boisé coco?

Ou si vos amis sont moindrement sophistiqués et recherchent plutôt les vins élégants?

Comment alors s'y retrouver?
J'ai souvent constaté après achat que je préférais habituellement les vins cotés 89 aux vins cotés 90 par les chroniqueurs américains et canadiens.

J'ai un petit indice pour vous. En général, ceux qui donnent des notes de 90, préfèrent les vins au fruité sucré: le goût américain, le goût de bébé. Ou bien, ils notent l'intensité. Plus le vin est intense, plus la note sera élevée.

Si vous avez ce type de goût, ou si c'est pour accompagner un plat qui nécessite un gros vin alors ça va. Sinon, méfiez-vous et lisez bien les descriptions qu'ils donnent du vin.

Par contre, si vous n'avez pour seul renseignement qu'un chiffre, soit-il un 90, alors là c'est la loterie, comme ici Vidéo 90+++.

Des résolutions pour 2011

C'est une tradition de prendre des résolutions au début de chaque année.
Alors, j'en propose quelques-unes que je vais tenter de respecter.

  • Boire plus de bons bourgognes, de bons pinots noirs.
  • Commander de la bière au lieu du vin au restaurant afin d'avoir moins l'impression de me faire plumer.
  • Dénicher plus de vins qui contiennent peu de pesticides.
  • Élargir ma palette de vins blancs.
  • Consommer plus de bons millésimes, déjà prêts (ex. 2005 en Piémont et Toscane).
  • Regarnir ma cave qui se vide trop vite.
  • Rester ouvert aux découvertes, positif, en mode «vouloir aimer».
  • Si c'est mauvais, ne pas craindre de le dire.
  • Trouver sept bons vins du Chili et cinq d'Afrique du Sud.

Pas de médailles d'or dans la majorité des catégories au Ottawa Wine Challenge

Jugez de la qualité des vins présentés au Ottawa Wine Challenge.
 Le meilleur cabernet sauvignon : Mission Hill Reserve Cabernet Sauvignon 2008
 Le meilleur rouge :  Yering Station Little Yering Cab/Shiraz/Merlot 2005 Australia
 Le meilleur blanc : Kahurangi Estate Trout Valley Riesling 2008 New Zealand.

Les membres du jury ont dû évaluer 400 vins dans 18 catégories. Ils n'ont pas donné de médailles d'or dans 10 de ces 18 catégories. Donc aucune médaille d'or parmi les Chardonnay, Pinot gris, Pinot noir, Riesling Dry, Riesling off-dry, Merlot, Mousseux, et autres vins du monde!

Un seul européen parmi les médaillés d'or, un italien.
Où sont les belles syrahs du Rhône, les beaux pinots de Bourgogne ou de Nouvelle-Zélande, les malbecs de Cahors, les rieslings d'Alsace, les vins du Piémont, de la Rioja, de la Loire et de Bordeaux?

J'ai fait partie de ce jury à plusieurs reprises dans le passé, mais j'ai abandonné vu la piètre qualité des vins qui y étaient présentés. Ça ne semble pas s'être amélioré.

Je ne dis pas que ces médaillés d'or sont de mauvais vins, mais une médaille d'or veut dire le meilleur de sa catégorie.
«À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire!» (Pierre Corneille)

Voici les médaillés d'or du Ottawa Wine Challenge :

Sauvignon Blanc
      Errazuriz Estate Sauvignon Blanc 2010 Chile Philippe Dandurand Wines Ltd.
      120 Sauvignon Blanc Santa Rita 2009 Chile Mark Anthony Grouop
Cabernet Sauvignon
      Mission Hill Reserve Cabernet Sauvignon 2008 Canada Mark Anthony
Shiraz/Syrah
      Liberty School Syrah 2007 USA - California Noble Estates Wines & Spirits Inc.
      Robertson 2009 South Africa Churchill Cellars
Malbec
      Pascual Toso Malbec Limited Edition 2008 Argentina Eurovintage International
Red Blends
      Castello di Nipozzano Chianti Rufi na Riserva 2007 Italy Lifford Schiralli Agencies
      Yering Station Little Yering Cab/Shiraz/Merlot 2005 Australia Select Wine Merchants
Other white varietals
      Marques de Riscal DO Rueda 2009 Spain Classique Imports
White Blends
      White Conception 2009 Canada Fielding Estate
      Generation Seven White V.Q.A. 2009 Canada Chateau des Charmes

Ce concours est ouvert aux vins disponibles en Ontario. Plus du tiers des médailles ont été données à des vins produits en Ontario, soit 53 sur 149. Le Wine Council of Ontario se félicite de cette belle performance (CNW).

Site du Ottawa Wine Challenge : www.ottawawineandfoodshow.com/wine-challenge.html

LE PRIX DU VIN AU RESTAURANT: UNE MONTÉE DE LAIT

Je lisai un article concernant un restaurant de Montréal, La Montée de lait, sur le site Guide Resto Voir, où on fait l'éloge de ce bistrot tout en regrettant toutefois que le prix des vins soit très élevé.

L'article est suivi des commentaires d'un consommateur qui écrit «La carte des vins (...) avec la plupart des bouteilles dépassant les 100 $ chacune nous a découragées. Nous nous sommes rabattus sur une étiquette privée (L'Engoulevent, un Saint-Chinian) à 61 $ (plus taxes et service!) (...) Mais comment comparer? Quel multiple ont-ils utilisé pour établir le prix? Une fois et demie, deux fois, deux fois et demie le prix établi par la SAQ?»

Oui, deux fois et demie! Vérifications faites, ce vin L'Engoulevent de Yannick Pelletier, se vend 24,63 $ en importation privée auprès de l'agence Les Flavones.

Donc, un bénéfice de 36 dollars sur cette bouteille de 24 $!

Le restaurateur achète une bouteille le mardi et la vend 61 $ le samedi qui suit. Est-ce qu’ouvrir la bouteille, verser deux verres et placer la bouteille sur la table vaut vraiment les 36 $ plus service, donc 42 $? Si la bouteille est conservée en cave cinq ans ou dix, on pourrait demander un prix élevé. Mais ici, il n'y a pas de plus value.

Il y a abus! Un bénéfice de 7 à 10 $ serait sûrement une rémunération suffisante pour le restaurateur.

Est-ce qu'il ne serait pas mieux de hausser le prix des plats afin de vendre le vin à un prix honnête?

Est-ce que le consommateur amateur de bon vin va accepter longtemps de se faire plumer ainsi?

Pourquoi les bons vins n'obtiennent pas de médailles d'or?

Vous voulez savoir pourquoi les bons vins n'obtiennent pas de médailles d'or?

Pour avoir un début de réponse, il s'agit de consulter un exemple de fiche de dégustation utilisé dans plusieurs de ces 590 concours de vin qui se déroulent chaque année de par le monde.  (fiche de Vinofed)

On y donne beaucoup de points pour l'intensité aromatique et pour l'intensité du goût. Mais aucun point pour la finesse ni pour l'élégance.

On y attribue un bon nombre de points pour la franchise de l'odorat et la franchise du goût?  Mais qu'est-ce que la franchise du goût? Un vin qui goûte franchement le bois, l'alcool, la confiture? Moi qui aime les vins hypocrites, un peu tordu et complexe!

On y donne aussi beaucoup de points pour la vue (15 %). Un vin industriel très filtré l'emportera sur un vin bio. (Voir la fiche de l'OIV en annexe 3.1 de ce document.)

Un vigneron qui fait un vin fin, racé, peu filtré, peu collé, le plus nature possible, élégant, raffiné, va-t-il le présenter à ces concours?

Parlons-en des médailles d'or et de la franchise. Dans certains concours, on a éliminé la médaille de bronze. Ce qui fait que les moins bons obtiennent la médaille d'argent; les moyens ont la médaille d'or et l'on a créé une médaille grand-or (sic), grande médaille d'or, platine, trophée et autres tromperies.

Alors si vous voyez une médaille d'or sur une bouteille, il s'agit souvent d'une médaille d'argent. Si l'on trompe ainsi le consommateur sur la couleur des médailles, sur quoi d'autre le trompe-t-on aussi?

Un peu plus de franchise justement serait de mise. On dit franc comme l'or, net, sans équivoque.

Honte à la presse du vin de France

Je ne fais pas souvent des éditoriaux, mais ici je ne peux résister.
L'Association de la presse du vin de France vient de remettre au Sénat de ce pays les Grands prix de la presse du vin.

On dit qu'on donne ces prix à ceux qui ont contribué à «promouvoir le vin de qualité».

Étrange! Est-ce que le rôle de la presse est de promouvoir?
Je croyais et crois encore que le rôle de la presse est d'informer.

La promotion ne relève-t-elle pas des agents de relations publiques, du marketing, etc?

Le groupe qui a donné les prix ajoute, tel que rapporté par Claire en France, vouloir «contrer ainsi une désinformation sur les supposés dangers qu'entrainerait une consommation, même modérée, du précieux liquide...»

De plus, cette association donne même un prix citron «aux responsables d'Envoyé spécial (France 2) pour un reportage sur le vin jugé malhonnête, partial, et contribuant ainsi à cette désinformation...»

Pourtant, est-ce que ces gens de France 2, en cherchant la vérité, et non la promotion, ont peut-être été ceux qui ont vraiment fait un travail journalistique.

Dans le site de l'Association de la presse du vin de France ont lit que «L'AFJEV/APV réunit 250 membres adhérents journalistes, chroniqueurs et écrivains du Vin et des Spiritueux, ainsi que 110 membres associés, attachés de presse et chargés de relations publiques.» Le président est Michel Bettane.

Comment voulez-vous avoir confiance en ces gens de la presse du vin de France s'ils font de la promotion au lieu du travail d'information journalistique?

Malheureusement, dans le monde dit de la presse du vin il y a souvent ce genre de confusion entre information et promotion. Ce sont deux choses totalement différentes.

Il y a aussi confusion entre journaliste et chroniqueur. En gros le journaliste recherche et publie les faits, le chroniqueur donne son opinion.

Est-ce que les membres de la presse du vin devraient travailler pour les producteurs ou pour les consommateurs? Qui est notre client? Le projet de code de déontologie des journalistes de France dit bien que le journaliste «refuse toute confusion entre information et promotion ou publicité.» À moins que je me trompe, ce code n'a pas encore été adopté.

«Le rôle essentiel des journalistes est de rapporter fidèlement, d'analyser et de commenter le cas échéant les faits qui permettent à leurs concitoyens de mieux connaître et de mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent.» Guide de déontologie des journalistes du Québec.

À mon humble avis, la presse du vin comme la presse en général ne doit pas chercher à promouvoir les produits des producteurs de vin, mais plutôt viser à informer le lecteur consommateur.
 

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