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Le système de notation sur 100 points

Vous avez sûrement vu ces petits collants sur les bouteilles indiquant 90 points, 92 points, 94pts, Parker 90, Suckling 91, Wine Enthusiast 94, WS 95, etc.

C'est un système de notation qui vient du système scolaire américain et qui a été popularisé dans le monde du vin par le gourou Robert Parker. «Le système de notation à 100 points est utilisé par nombre de publications sur les vins, dont les magazines Wine Spectator, Wine Enthusiast et International Wine Cellar, et par la plupart des critiques canadiens», nous dit la revue Vintages de la LCBO. (www.vintages.com/fr/archive_fr/140830_fr.pdf)

À l'origine, ce devait être un système de compilation de notes où l'on donnait X points pour la couleur, Y points pour l'odeur, Z points pour la texture et on additionnait.

Toutefois, je n'ai jamais vu personne utiliser une calculette pour additionner les points.
D'ailleurs qui donne des points pour la couleur?

La moyenne des points attribués tourne autour de 90-92. Du moins dans les revues américaines ou canadiennes. Toutefois, au Québec, il peut donner des résultats très différents. En général, les dégustateurs anglophones donnent des notes de 80 à 100. Plus de 70 % des vins notés dans les revues américaines ont 90 points et plus. (Une inflation de 90 points)

Par contre, nous avons remarqué que lorsqu'il est demandé à des dégustateurs québécois francophones d'utiliser ce système, certains vont donner des 70, 60 et même 50 points, ce qui massacre énormément la moyenne dans un jury. (Comme on l'a vu ici et .)

Les chroniqueurs québécois sont plus habitués de noter sur 5 (5 étoiles) et pour eux, 90 est une haute note, alors que pour des Américains c'est la note de passage.

Plus ou moins 90
Le système de 100 points est fort simple. Oubliez la calculette et demandez-vous si le vin vaut 90 points (un très bon vin). Sinon, est-ce -1, -2, -3 ou pire (89, 88, 87...). Ou bien, est-ce +1, +2, +3 ou plus encore (91, 92, 93...). Ainsi en général, 90 % des notes se retrouvent à plus ou moins 2 ou 3 autour de 90 comme c'est le cas dans les revues américaines et canadiennes.

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Protégez-vous... des vins d'épicerie

Le magazine de protection du consommateur Protégez-vous a évalué 13 vins d'épicerie de plus de 17 $.

Sous le titre «Vins d’épicerie: découvertes étonnantes», le magazine écrit que «les résultats montrent bien que les vins d’épicerie haut de gamme ne vous décevront pas. Nos experts n’y ont repéré aucun défaut flagrant. Le rapport qualité-prix n’est toutefois pas vraiment au rendez-vous: à la SAQ, vous en trouverez d’aussi bons – voire mieux – pour quelques dollars de moins, selon notre expert-conseil Marc Chapleau.»

Les quatre dégustateurs ne savaient pas que c'était des vins de dépanneur, donc des vins importés en vrac et embouteillés ici. Des vins dont le prix va de 17 $ à 115$.

Aucun vin n'obtient une note supérieure à 85 %. La note de passage pour les très bons vins est de 90 % dans ce système de notation popularisé par Robert Parker.

La meilleure note, soit 85 %  est allé au Figs 2008, 36 $ chez Costco et IGA, un assemblage bordelais de Californie noté «frais, bonne acidité, amer».

Le vin le plus cher, le Julia Wine no 75, 115 $ chez Costco, obtient 84 % «bien typé, astringent».

La même note pour les Hautes Terres no 82 (IGA) 19,50 $. «Bon fruit, acidité marquée et finale asséchante»; et pour L'excentris, 19,50 $ chez des dépanneurs. «Equilibré, sans vice ni vertu».

En blanc, la meilleure note a été de 83 % pour le Morgan Hill 18,40 $ chez les dépanneurs. Un sauvignon de Nouvelle-Zélande jugé «bien typé, impression sucré».

Les organisateurs ont placé un intrus dans la dégustation: le Château Couspaude 2010 (85 $) St-Émilion qui a obtenu la note de 87.

Les notes ne sont pas élevées: de 70 à 87. C'est souvent le cas dans les jurys formés de dégustateurs québécois francophones qui sont plus sévères (ou moins généreux) que les dégustateurs américains et canadiens anglais. (Je parlerai de ce phénomène demain.) Le Couspaude est noté 92 par Parker et 92-93 par Suckling. (www.mondovino.com)

Protégez-vous donne trois conseils pour l'achat de vin en épicerie.

«Pour éviter que le vin soit altéré et ne manque pas de fraîcheur:

  • approvisionnez-vous dans des commerces, épiceries et dépanneurs, qui ont un bon roulement de produits;
  • ne choisissez pas les bouteilles poussiéreuses ou exposées à la lumière du jour;
  • vérifiez si le millésime est indiqué sur la bouteille et choisissez les vins les plus jeunes; les vins d’épicerie ne gagnent pas à vieillir, il vaut mieux les boire dès leur commercialisation.»

Vous trouverez tous les résultats de cette dégustation dans le magazine de l'édition d'octobre et sur le site internet www.protegez-vous.ca/sante-et-alimentation/vins-epicerie/

Payez pour indiquer les cépages à l'épicerie

Il est interdit d'indiquer le nom des cépages ou des appellations sur les vins vendus en épicerie.

Seuls huit produits ont le droit de le faire. On m'avait dit que c'était en vertu de droits acquis, mais selon le magazine Protégez-vous, ce n'est pas ça. Il faut payer!

Selon, le magazine de protection du consommateur (édition papier), «en vertu du Réglement sur la promotion, la publicité et les programmes éducatifs en matière de boissons alcooliques, seuls huit vins de "dépanneur" choisi par appel d'offres peuvent afficher un cépage ou une appellation d'origine.» (Pourtant, ce règlement ne mentionne pas l'exception pour ces huit vins!)

Donc, selon ce règlement sur les programmes éducatifs, le consommateur n'a pas le droit de connaitre la composition ni l'origine du vin!

Pour huit vins, les importateurs-embouteilleurs doivent payer. «La SAQ a refusé de nous dévoiler combien», dit Protégez-vous dans son édition d'octobre 2014.

Ces embouteilleurs indiquent tout de même ces informations sur leur site internet, mais selon Linda Bouchard, porte-parole de la SAQ, ils trichent. Elle a dit à Protégez-vous que «pour nous (la SAQ), l'information ainsi véhiculée sur un site internet est une façon détournée de contrevenir à la règle (disant) qu'on ne peut pas en faire l'affichage sur les étiquettes des bouteilles et dans les publicités.»

Donc, consommateurs de vins de dépanneur, soyez et demeurez ignorants de ce que contiennent les bouteilles que vous y achetez!

Ce Règlement sur la promotion, la publicité et les programmes éducatifs en matière de boissons alcooliques dit bien à l'article 5 que « Dans une publicité, toute représentation relative à une boisson alcoolique doit être exacte. En outre, aucune publicité, qu'elle soit sonore, visuelle, imprimée, informatisée ou autre, ne peut indiquer le nom du cépage ou le nom de l'appellation d'origine d'un vin de table vendu par un épicier sous une marque exclusive.»

Tour ça est bien éducatif!

Les Québécois favorables à la privatisation de la SAQ

La majorité des Québécois se disent favorables à la privatisation de la Société des alcools du Québec.
 
En effet, 42 % des Québécois interrogés par Léger Recherche pour le compte du quotidien Le Devoir répondent oui à la question Êtes-vous favorable ou non à la privatisation de la Société des alcools du Québec (SAQ)?
 
Par contre, 37 % disent ne pas être favorables; pendant que 20 % répondent ne pas savoir et 1 % préfère ne pas répondre.
 
Si on ne tient compte que de ceux qui ont une opinion, ça donne 53 % qui se disent favorables à la privation de cette société d'État contre 47 %. 
 
Ce sondage a été fait par internet auprès de 1038 répondants du 21 au 25 août 2014. Il porte surtout sur les intentions de vote des Québécois.
 
Privatisation ou libéralisation
On peut se demander si la question est bien posée et si tout le monde comprend bien ce que l'on veut dire ici par privatisation de la SAQ. En effet, plusieurs personnes peuvent comprendre que le monopole d'État serait privatisé au profit d'un monopole privé. Ou encore que les profits de notre société d'État seraient dorénavant accaparés par des sociétés privées.
 
Au lieu de parler de privatisation de la SAQ, l'on devrait plutôt utiliser l'expression privatisation du commerce du vin, ou encore libéralisation de la vente du vin. Car, il est bien certain que dans tous les cas le gouvernement du Québec n'acceptera pas de se départir des profits et taxes générés par la vente d'alcool. D'ailleurs, un gouvernement n'est pas obligé de vendre lui même un produit pour percevoir des taxes élevées. (Comme c'est le cas pour l'essence et le tabac). 
 
Deux milliards de dollars
Donc, même s'il y a privatisation ou libéralisation, les deux milliards de dollars collectés par les gouvernements du Québec et par celui d'Ottawa continueront d'être versés dans les coffres de l'État. 
Il s'agit d'un milliard de dollars de la marge bénéficiaire de la SAQ versée à Québec et d'un milliard de taxes transmis aux deux gouvernements de Québec et d'Ottawa.
 
D'autre part, il y a une multitude de situations mitoyennes possibles. On n'est pas obligé de tout privatiser. La SAQ pourrait conserver le monopole des spiritueux et des vins très chers.
La vente de vin pourrait être faite par le commerce privé, comme c'est le cas actuellement pour la bière.
 
Privatisation de la SAQ et allégeance politique
Le sondage de Léger nous montre aussi la répartition des réponses en fonction des allégeances politiques. Ce qui donne ceci:
  • PLQ: favorable 49 %, non 27 %, ne savent pas 23 %;
  • CAQ: favorable 52 %, non 34 % et 13 %; 
  • PQ: favorable 32 %, non 52 % et 16 %;
  • QS: favorable 21 %, non 61 % et 13 %;
  • Autres: favorable 60 %, non 29 % et 11 % ne savent pas. 
Bénéfices en baisse
Les ratios d'exploitation de la SAQ sont en baisse constante. Au dernier trimestre (avril, mai et juin), le bénéfice brut (en pourcentage des ventes) a été de 52,8 %, contre 53 % et plus pour le même trimestre les quatre années précédentes. Le résultat net stagne à 33,8 %, contre 35,3 % en 2012.

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Le vin dans le libre-échange Canada-Europe

L'accord de libre-échange entre le Canada et l'Europe devrait être signé bientôt.
Toutes les discussions ont été menées à huis clos.

Toutefois, un média allemand a publié ce qu'il dit être une partie du texte final de l'accord de libre-échange entre le Canada et l'Europe, soit 500 des 1500 pages.

Le gouvernement canadien n'a pas voulu commenter la fuite.
Le document de 519 pages en anglais contient quelques articles sur le vin.
On y mentionne, entre autres, que les monopoles des alcools (et leurs filiales) ne doivent pas concurrencer les autres entreprises en dehors de leurs territoires respectifs.

Le document limite aussi le nombre de magasins qui peuvent vendre exclusivement du vin canadien à 60 en Colombie-Britannique et à 292 en Ontario.

Il y aurait actuellement 21 de ces magasins en Colombie-Britannique. En Ontario, il y a des magasins de compagnies vinicoles qui ne vendent que les vins de leur domaine et les 167 magasins Wine Rack.

Le document mentionne aussi le désir de l'Europe de voir diminuer d'ici 5 ans les différences de marges entre les vins locaux et importés dans les magasins privés.

  - Le supposé texte de l'accord de libre-échange Canada-Europe

Deux textes qui rapportent les craintes à ce sujet dans des médias canadiens-anglais:

Un vin blanc obturé avec des bouchons différents va donner des vins différents!

Vous prenez un vin blanc, vous lui mettez huit bouchons différents et vous aurez huit vins différents!

C'est ce qu'a démontré l'étude de Valérie Lavigne de l’Institut des sciences de la Vigne et du Vin.

Dans sa recherche intitulée «Incidence de l’obturateur sur l’évolution aromatique des vins», elle a constaté que les bouchons n'ont pas du tout la même perméabilité.

Après quatre ans, un même vin bouché avec des bouchons différents ne contient pas la même quantité d'oxygène dissout, de sulfites et d'arômes.

Valérie Lavigne a étudié 2 vins blancs pendant 48 mois obturés avec 8 différents types de bouchons. Un vin blanc élevé en cuve et un autre en barrique. Château d’Haurets 2007, appellation Bordeaux et Château Le Sartre 2007, appellation Pessac Léognan.

Elle a mesuré l'oxydation, le soufre libre, l'arôme typique du sauvignon le 3-mercaptohexanol (pamplemousse) et le marqueur du vieillissement: le sotolon.

Les bouchons étudiés sont le liège naturel; les lièges reconstitués agglomérés DIAM 5 P10; DIAM 5 P1; DIAM 10; les plastiques Supreme Corq et Nomacorc ainsi que les capsules Saranex et Saranfilm de Stelvin.

Elle a noté une grande disparité dans les bouteilles d'un même vin bouché avec le liège naturel.

«Ce que l'on peut reprocher au liège aujourd'hui, ce n'est pas sa qualité, c'est son hétérogénéité, ce qui fait que d'une bouteille à l'autre malheureusement, on ne peut pas avoir le même goût.»

Dans le monde, les bouchons en liège naturel représentent 20 %; les lièges recomposés 42 %; capsules à vis 25 % et synthétiques 13 %.

En France, c'est 41 % liège naturel, 33 % reconstitués; 15 % synthétiques et 11 % capsules à vis.

Sur une étude d'un vin Graves Blanc 2005, obturé au liège, 70 % des bouteilles sont peu ou pas évoluées; 10 % sont moyennement évoluées et 20 % sont très évoluées.

«Il n’y a pas de grands vins, il n’y a que de grandes bouteilles.»

De son côté, le bouchon en plastique Supreme Corq (plastique) laisse échapper tout le SO2, laisse entrer le plus d'oxygène et contient le plus de soloton et l'échantillon qu'il bouche est dit le moins bon par les dégustateurs.

Les bouchons les plus étanches se révèlent être les Diam et les capsules à vis.

De plus, elle ajoute qu'elle n'a pas noté de problèmes de réduction pour ces vins, quel que soit le bouchon.
Elle conclut son étude en disant que

Dans le cas des vins blancs, les analyses chimiques et organoleptiques sont bien corrélées. Le potentiel de garde du vin est mieux préservé dans les modalités correspondantes aux obturateurs les plus imperméables.»

Pour les rouges, elle a noté que les écarts n'étaient pas significatifs au bout de 48 mois, sauf pour le plastique Supreme Corq qui a perdu presque tout son SO2. Mais en général. «Les résultats analytiques confirment les impressions gustatives. Les différences ne sont pas significatives, quels que soient l’obturateur et le type de vin considérés, 4 ans après la mise en bouteille. Aucun vin (rouge) ne présente à ce stade d’évolution oxydative de son arôme ou de défaut de réduction.»

Au final Valérie Lavigne dit que

l’obturateur ne confère pas d’aptitude au vieillissement, il peut simplement la préserver.»

Mme Lavigne cite le grand oenologue Émile Peynaud

«Le grand vin ne meurt pas,
il n’y a que le bouchon pour le faire mourir»

Mme Lavigne continue son expérience. Nous pourrions avoir d'autres résultats dans les prochaines années. À suivre.

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Sources
Incidence de l’obturateur sur l’évolution aromatique des vins.
Valérie Lavigne, Chargée de recherches pour la Tonnellerie Seguin-Moreau
Détachée à l’Institut des sciences de la Vigne et du Vin. Juillet 2013.
Voir la vidéo de l'exposé sur Vimeo (23 minutes 40)
Valérie Lavigne est aussi l'auteur de l'étude sur le vieillissement prématuré des vins rouges.

Espagne et Italie en hausse; Bourgogne, Alsace et Australie en baisse

Les régions vinicoles du monde qui montent au Québec et celles qui descendent dans la section des vins de spécialité des magasins de la Société des alcools du Québec:

En hausse: Espagne, Italie, Loire et Languedoc.
En baisse: Alsace, Bourgogne, Australie, Nouvelle-Zélande, Argentine et Chili.

Au cours des 12 mois se terminant en avril 2014, les 432 vins d'Espagne en produits de spécialité à la SAQ ont vu leurs ventes augmenter de 20 % à 45 millions de dollars.

Espagne         + 20 %
Italie (autres)*  + 19 %
Loire              +  9 %

Alsace        - 26 %
Bourgogne   - 18 %
Australie      - 17 %

Les 426 vins d'Italie des régions autres (*) que la Toscane, le Piémont, la Vénétie, Sicile et Sardaigne ont vu leurs ventes augmenter de 19 % à 27 millions de dollars.

Pour les 234 vins de Loire, c’est une hausse de 9 % à 17 millions de dollars.

Puis les 429 vins du Languedoc-Roussillon ont augmenté de 1 % à 19 millions $, selon les chiffres de la SAQ.

Les perdants
Pendant ces 12 mois, les ventes des 119 vins d'Alsace ont connu une forte baisse de -26 % à 3,6 millions de dollars.
Celles des nombreux (685) vins de Bourgogne de -19 % à 12 millions $.
Les 279 vins d'Australie connaissent une chute de -17 % à 13 millions $.
Les 107 néo-zélandais chutent de -9 % à 3 millions $.
Les 279 argentins baissent de -4 % à 13 millions $ et les 191 chiliens, de -3 % à 12 millions $.

La fête aux spiritueux
Du côté des spiritueux, c'est la joie. Une hausse de 70 % des ventes des dry gins et de 58 % des rhums.

L'avenir
Les acheteurs de la SAQ  consacreront leurs efforts de septembre-novembre sur la recherche de vins blancs de la Loire (Sancerre, Pouilly-Fumé, Muscadet et Menetou) de moins de 35 $; ainsi que sur les vins de moins de 25 $ d'Espagne, du Languedoc-Roussillon et de l'Italie autres régions.
Pour la Bourgogne, ils rechercheront des vins régionaux et communaux.

______
 (*) Les autres régions d'Italie:
Abruzzes, Basilicate, Calabre, Campanie, Émilie-Romagne, Frioul, Latium, Les Marches, Les Pouilles, Ligurie, Lombardie, Molise, Ombrie, Trentin Haut-Adige et Vallée d'Aoste.

Taxes sur l'alcool: bière plainte versus vin silence

Hausse de taxe sur l'alcool, les producteurs de bière se plaignent pendant que les producteurs de vin gardent le silence!

Le gouvernement du Québec a appliqué une nouvelle taxe sur le vin, la bière et les spiritueux le 1er août dernier.

Une taxe de 24 cents sur la bouteille de vin, 5 cents sur la bouteille de bière et 37 cents sur une bouteille de spiritueux.

En même temps, le gouvernement a réduit la taxe que paient les restaurateurs sur ces produits.

Les producteurs de bières réagissent — les restaurateurs se disent contents — les producteurs de vins gardent le silence.

L'Association des brasseurs du Québec fait remarquer que la taxe spécifique sur la bière a augmenté de 57 % en deux ans. La Presse canadienne rapporte que «selon son président-directeur général, Philippe Batani, ces hausses successives ont contribué à "déstabiliser" l'industrie brassicole.» (ici.radio-canada.ca)

Les brasseurs craignent de nouvelles hausses de taxe et ont entrepris des discussions avec le gouvernement. Les brasseurs se sont inscrits au Registre des lobbyistes dans le but de «développer et négocier des moyens d’atténuation des effets des hausses courantes et futures de la taxe spécifique sur les boissons alcooliques sur l’industrie brassicole et ce dans le but d'assurer la pérennité, la durabilité, le développement et la croissance de ce secteur industriel.» (www.lobby.gouv.qc.ca)

De leur côté, les restaurateurs se sont dits heureux de la baisse des taxes. Ils payaient plus cher que les consommateurs. «Dans les faits, pour les restaurateurs, cette harmonisation est synonyme d’une importante baisse. Ainsi pour un litre de bière, le taux de taxe passe de 0,82 $ à 0,63 $ et de 2,47 $ à 1,40 $ pour un litre de vin ou de spiritueux. Au total, pour l’industrie de la restauration, ce sont au moins 27 millions $ d’économie!» (www.restaurateurs.ca)

Par contre, du côté des producteurs de vin, de leurs agences, des deux associations d'agences représentant les producteurs de vin (AQAVBS et RASPIPAV) et des embouteilleurs locaux, c'est silence total!

La SAQ taxe plus les pauvres que les riches

La Société des alcools du Québec taxe relativement moins les consommateurs les plus riches.

Une étude du spécialiste en histoire économique des HEC de Montréal Vincent Geloso nous démontre ce matin que la SAQ prélève moins d'argent en proportion chez les consommateurs nantis que sur les moins riches.

La marge du monopole d'État sur les produits les plus chers est moins élevée que sur les produits les moins chers.

M. Geloso a comparé les prix de 36 spiritueux vendus au Québec et au New Hampshire.

«Les plus grandes différences de prix se retrouvent dans les produits peu dispendieux. Tous les produits en bas de 20 $ (CAD) au New Hampshire sont en moyenne 38.1% plus chers au Québec. Pour les produits de plus de 40$, on parle d’un écart de seulement de 24.5%.»
(Pourquoi la SAQ ne nuit pas autant aux consommateurs raffinés, Blogue Libre échange Journal de Montréal)

Donc, la SAQ taxe plus lourdement ceux qui achètent des spiritueux moins dispendieux.

Monsieur Geloso aurait pu faire la même comparaison avec les vins.
En effet, la SAQ impose une marge de 135 % sur les vins en bas de 20 $. À cela s'ajoutent les taxes provinciales et fédérales. Mais la marge pour les vins plus chers est moins élevée. La SAQ n'a pas voulu nous révéler ses marges pour les vins chers.
De son côté, la LCBO nous a répondu que sa marge est «consistently applied and transparent and a matter of public record».

Nous constatons que les prix des vins de moins de 20 $ sont moins élevés en Ontario, jusqu'à 25 % (voir ici). Par contre, très souvent les vins de plus de 30 $ sont moins chers au Québec qu'en Ontario. Et plus on monte en prix, plus les prix sont avantageux au Québec.
C'est surtout visible dans les grands crus, à tel point que plusieurs achètent ces vins pour les revendre dans les encans et économiser de l'impôt.

  Voir aussi : Pourquoi la SAQ impose un fardeau plus lourd aux vins moins chers?

Grands sommeliers ou amateurs, c'est pareil!

«Qu’il s’agisse d’un grand professionnel dégustant fréquemment des vins
ou un novice dans le domaine,
les performances sensorielles sont identiques.»
 
C'est ce que nous dit Gill Morrot chercheur CNRS, INRA de Montpellier et spécialiste du goût. Il en est venu à cette conclusion après avoir fait des expériences avec des sommeliers de haut niveau.
 
Un jour, il fait déguster des vins dans trois verres noirs à huit sommeliers et à 6 étudiants qui ne boivent jamais de vin. Dans chacune des séries de trois verres, il y avait deux vins provenant de la même bouteille et un vin différent. Il demanda aux participants de trouver le vin différent. 
 
Résultats: les novices sont aussi bons que les sommeliers. En fait, aussi mauvais. 
Le nombre d'erreurs est sensiblement le même pour les deux groupes. Voir le tableau. «On observe que le nombre d’erreurs n’est pas significativement différent pour les deux groupes», dit le chercheur.
 
«Le fait de déguster des vins tous les jours n’augmente pas notre capacité sensorielle. C’est une autre façon de montrer que ce n’est pas la fonction qui crée l’organe».
 
Incapables de trouver la région
Dans une deuxième expérience, Gil Morrot, présente 18 vins de différentes régions de France à 10 sommeliers qui participent régulièrement à des concours. Il leur demande d'identifier la région.
 
Huit des dix sommeliers ont fait de 11 à 14 fautes sur 18. Un seul a pu placer tous les vins dans la bonne région et un autre a eu tout faux.
 
 
Résultats: «Donc nos sommeliers de très haut niveau placent les Bordeaux et les Bourgognes à environ 50 % dans la bonne catégorie. Pour les autres régions c’est tout et son contraire ; ils n’y arrivent pas.»
 
Il ajoute «Nous n’avons pas fait plaisir aux sommeliers quand nous leur avons montré les résultats. Par contre, du point de vue de l’analyse sensorielle, 50 % d’attribution est un résultat statistiquement significatif.»
 
Une troisième expérience: classer les vins
M. Morrot a aussi demandé à huit sommeliers de classer 18 vins par ordre de préférence. 
Résultat: un désordre total!
Un vin est jugé le meilleur par un sommelier, mais le pire vin par trois autres sommeliers. Seuls trois des huit juges donnent la première place au même vin.
On a constaté ce même phénomène au Jugement de Montréal 2011 à celui de 2012 et lors d'autres concours.
 
Gil Morrot conclut  que «chaque fois que vous tombez sur un aspect qui concerne l’hédonisme, la préférence, vous êtes dans le subjectif. Subjectif au premier sens du terme, qui concerne non plus l’objet, mais le sujet. La personne parle d’elle-même.»
 
En somme «la construction des préférences s’opère tout au long de notre vie et résulte souvent d’expériences qui sont uniques.»
 
C'est à lire :
La dégustation des vins: état des lieux, (PDF) Gil Morrot
Présenté au colloque «Goût et Amour du Vin, comment séduire le consommateur?»
Unversité de la vigne et du vin.
8 novembre 2012 à Ferrals-Les-Corbières.

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