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Pour juger un vin, il faut le boire

Juger un vin c'est dire s'il est correct, bon, très bon, excellent, exceptionnel ou mauvais.
Quoique plusieurs refusent de dire qu'un vin est mauvais!
Certains mettrons des étoiles, d'autres des 90, d'autres des 16 sur 20, d'autres seulement des mots.
 
Comment juge-t-on un vin?
Comme on juge, un plat, un restaurant, un film, une auto, un livre.
Le travail du critique de vin est comme celui du critique de film, de théâtre, de livre, de restaurant...
 
Il faut prendre connaissance du produit, l'essayer, l'analyser, le retourner dans tous les sens, se poser des questions à son sujet, réfléchir...
 
Peut-on juger un livre en lisant deux pages, juger un restaurant en y prenant la soupe, juger un film en voyant un extrait?
Non! Pourtant, nous jugeons souvent un vin après une seule gorgée!
 
Est-ce juste? Est-ce bien faire son travail?
Est-ce que le taux d'erreur n'est pas trop grand?
 
Pourtant les critiques de vin participent souvent à ces séances marathons où l'on déguste 10, 20, 30 vins; et plus encore dans les concours.
 
Je participe quelquefois à ces exercices. C'est commode, on peut faire le tour rapidement d'un grand nombre de vins et remplir notre calepin, notre guide, notre page de journal.
 
Mais souvent, après ces séances, nous regoûtons, ou plutôt buvons quelques-uns de ces vins à table et alors notre avis change. Le mieux coté nous déçoit à table; un autre moins bien noté se révèle meilleur!
 
Lors de ces séances, j'essaie souvent de prendre deux gorgées au lieu d'une. Mais est-ce suffisant?
 
Hier, j'ouvre une bouteille de mousseux. La première gorgée me semble agressive. La cote n'aurait pas été haute: une étoile. Mais je persiste, la deuxième est un peu plus agréable, mais encore pas deux étoiles. Plus tard, le vin s'est réchauffé dans le verre, les bulles et l'acidité sont moins agressives. Le fruité ressort, on monte à deux étoiles. Puis, on change de verre, on verse le contenant de la flute dans un verre plus grand, un verre de M. Ricardo; là le vin a plus d'éclat, il s'ouvre, il s'est réchauffé, il coule mieux, ce sera deux étoiles et demie. Il passe même l'étape de la table avec un plat de légumes.
 
Avant hier, c'est un rouge, de belle facture, je le note bien après la première gorgée recrachée, la deuxième encore mieux, puis je pousse le crachoir et je commence à le boire. Je me lasse, le vin me semble maintenant mou. Il perd des étoiles. De très bons (***) il passe à bon (**).
 
Un autre jour, un vin est meilleur après 10 minutes dans le verre à s'être réchauffé. Puis, c'est un autre qui est meilleur 15 minutes plus tard, il s'est aéré. Puis, c'est un autre qui sera meilleur après un retour quelques minutes au froid.
 
Un vin nous surprend pas ses arômes tellement expressifs, explosifs; mais quelques minutes plus tard, on le trouve trop gros, vulgaire, guidoune.
 
Dans les dégustations de groupe, les avis diffèrent plus au début lorsqu'on déguste qu'au bout de quelques minutes lorsque chacun des participants a bu les vins.
 
C'est souvent ainsi. Il y a donc quelque chose qui cloche dans notre désir de vouloir juger rapidement un ou des vins. Ce n'est peut-être pas très sérieux.
 
Toutefois, il faut admettre que si on devait boire un verre ou deux (80-150 ml) (j'en mets peu à la fois dans mon verre) de chaque vin que l'on veut juger, il deviendrait très difficile, sinon impossible de publier un guide du vin.
 
Alors que faire?
À la maison, dans mon bureau, à la cuisine; je déguste avec un crachoir, puis je bois les meilleurs et les très bons je les regoûte à table, puis souvent je redébouche une ou deux bouteilles de la veille ou de l'avant veille et les compare avec celle ou celles que j'ouvre aujourd'hui.
 
Bien sûr, il faut aussi participer à ces dégustations de 5-10 vins ou plus, mais peut-être à ces moments-là nous devrions le dire dans nos commentaires sur ces vins. Décrire le protocole serait probablement plus juste.
 
Un grand gourou de la dégustation à la SAQ, m'a déjà dit lors d'une semaine de dégustation de grands crus à Bordeaux que «c'est la première gorgée qui compte dans le jugement d'un vin». Je dirais plutôt que c'est la dernière gorgée qui compte dans le jugement d'un vin.
 
Pour bien juger un vin, il ne suffit pas d'en prendre une gorgée!
Il faut en prendre au moins un verre!

Le grand vin cher c'est 80 % d'image

«Un parfum c'est 98 % d'image», dit Philippe Warren, professeur de sociologie à l'Université Concordia de Montréal. (1)
 
Et si c'était la même chose pour le vin?
 
Comment faire la part d'illusion dans la description des grands vins à prix élevés?
 
Il y a des vins à 10 $, d'autres à 20 $, d'autres à 30 $, certains à 40 $, à 80 $, à 100 $, à 200 $; il y en a même à 500 $ et à 1000 $.
 
Quelle est la différence entre un vin à 20 $ et un autre à 100 $?
L'image. C'est l'image qu'on s'en fait qui justifie la différence.
 
Qu'est-ce que l'image du vin?
Comme pour le parfum, l'image du vin c'est la réputation, la célébrité, l'ostentatoire, la parure, l'estime, l'impression de luxe, le rêve, le désir, le fantasme, l'icône, l'élitisme et la mode.
C'est la représentation qu'on s'en fait. Ce n'est pas liquide, mais psychique, imaginaire.
 
Le coût de production des vins va de 1 à 20 $ la bouteille. Au-delà c'est l'image. 
 
C'est en gros la même chose pour le vin, pour le champagne, le porto... que pour le parfum.
 
Les propriétaires de grandes marques de Bordeaux et de Champagne l'on comprit. Ils construisent de grands châteaux, des chais luxueux et dépensent des fortunes en publicité et promotion. Ils travaillent sur l'image; à améliorer l'image du produit. Et souvent ça fonctionne.
 
Le producteur du Château Angelus compare même son vin à un foulard de luxe. Un foulard Hermès à plus de 200 $, un vin à un prix attrape-nigaud autrement dit.
 
La grandeur du stationnement et le luxe de la salle de dégustation font même partie des notes attribuées aux vins de Saint-Émilion qui méritent la mention «grand cru classé». (2)
 
Ainsi, si vous achetez un vin à 100 $, vous payer environ 80 $ pour l'image et 20 $ pour le contenu.
 
Vous déboursez 200 $ pour une bouteille de vin; 170 $ pour l'image et 30 $ pour le contenu.
Le grand cru de Bordeaux, de Bourgogne, de Californie, d'Australie ou d'ailleurs à 500 $ vous fait payer 460 $ pour l'image et environ 40 $ pour le contenu.
 
C'est l'image, la réputation du vin, du producteur, du millésime qui constituent la plus grande partie (70-90%) de la différence de prix entre un vin à 10-20 $ et un autre à 50 $ et plus.
 
Dans les dégustations à l'aveugle de vins de prix différents, souvent un tiers des participants vont préférer un des vins les moins chers, pour un autre tiers ce sera un des vins les plus chers, et pour les autres ce sera entre les deux.
 
Si l'on connait le prix du vin, alors son goût ne sera pas le même. La plupart des dégustateurs préféreront le plus cher. Il a déjà été démontré que le prix du vin influence la perception de son goût. (3)(4)
 
Le prix des vins, tout comme celui des parfums, est, au-delà d'un certain montant (50 $ la bouteille de 750 ml), constitué à plus ou moins 80 % de l'image qu'il projette ou de l'image qu'on s'en fait, ou encore de l'image que son acheteur veut projeter.
 
Autrement dit: au-delà de 50 $, on donne une fichue de bonne prime au vendeur.
 
N.B. Au répertoire de la Société des alcools du Québec, il y a actuellement 1100 vins (tranquilles et mousseux) à plus de 100 $ et 530 à moins de 15 $.
 
_______
(1) Cité par Stéphane Baillargeon, L’ombre d’une ombre, Le Devoir, 4 octobre.
 (Ce sont les propos de M. Warren qui ont inspiré cet article.)
(2) Saint-Émilion: questions pour un classement
(3) Le plaisir de déguster un vin influencé par son prix, Psychomedia

Le système de notation sur 100 points

Vous avez sûrement vu ces petits collants sur les bouteilles indiquant 90 points, 92 points, 94pts, Parker 90, Suckling 91, Wine Enthusiast 94, WS 95, etc.

C'est un système de notation qui vient du système scolaire américain et qui a été popularisé dans le monde du vin par le gourou Robert Parker. «Le système de notation à 100 points est utilisé par nombre de publications sur les vins, dont les magazines Wine Spectator, Wine Enthusiast et International Wine Cellar, et par la plupart des critiques canadiens», nous dit la revue Vintages de la LCBO. (www.vintages.com/fr/archive_fr/140830_fr.pdf)

À l'origine, ce devait être un système de compilation de notes où l'on donnait X points pour la couleur, Y points pour l'odeur, Z points pour la texture et on additionnait.

Toutefois, je n'ai jamais vu personne utiliser une calculette pour additionner les points.
D'ailleurs qui donne des points pour la couleur?

La moyenne des points attribués tourne autour de 90-92. Du moins dans les revues américaines ou canadiennes. Toutefois, au Québec, il peut donner des résultats très différents. En général, les dégustateurs anglophones donnent des notes de 80 à 100. Plus de 70 % des vins notés dans les revues américaines ont 90 points et plus. (Une inflation de 90 points)

Par contre, nous avons remarqué que lorsqu'il est demandé à des dégustateurs québécois francophones d'utiliser ce système, certains vont donner des 70, 60 et même 50 points, ce qui massacre énormément la moyenne dans un jury. (Comme on l'a vu ici et .)

Les chroniqueurs québécois sont plus habitués de noter sur 5 (5 étoiles) et pour eux, 90 est une haute note, alors que pour des Américains c'est la note de passage.

Plus ou moins 90
Le système de 100 points est fort simple. Oubliez la calculette et demandez-vous si le vin vaut 90 points (un très bon vin). Sinon, est-ce -1, -2, -3 ou pire (89, 88, 87...). Ou bien, est-ce +1, +2, +3 ou plus encore (91, 92, 93...). Ainsi en général, 90 % des notes se retrouvent à plus ou moins 2 ou 3 autour de 90 comme c'est le cas dans les revues américaines et canadiennes.

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Protégez-vous... des vins d'épicerie

Le magazine de protection du consommateur Protégez-vous a évalué 13 vins d'épicerie de plus de 17 $.

Sous le titre «Vins d’épicerie: découvertes étonnantes», le magazine écrit que «les résultats montrent bien que les vins d’épicerie haut de gamme ne vous décevront pas. Nos experts n’y ont repéré aucun défaut flagrant. Le rapport qualité-prix n’est toutefois pas vraiment au rendez-vous: à la SAQ, vous en trouverez d’aussi bons – voir mieux – pour quelques dollars de moins, selon notre expert-conseil Marc Chapleau.»

Les quatre dégustateurs ne savaient pas que c'était des vins de dépanneur, donc des vins importés en vrac et embouteillés ici. Des vins dont le prix va de 17 $ à 115$.

Aucun vin n'obtient une note supérieure à 85 %. La note de passage pour les très bons vins est de 90 % dans ce système de notation popularisé par Robert Parker.

La meilleure note, soit 85 %  est allé au Figs 2008, 36 $ chez Costco et IGA, un assemblage bordelais de Californie noté «frais, bonne acidité, amer».

Le vin le plus cher, le Julia Wine no 75, 115 $ chez Costco, obtient 84 % «bien typé, astringent».

La même note pour les Hautes Terres no 82 (IGA) 19,50 $. «Bon fruit, acidité marquée et finale asséchante»; et pour L'excentris, 19,50 $ chez des dépanneurs. «Equilibré, sans vice ni vertu».

En blanc, la meilleure note a été de 83 % pour le Morgan Hill 18,40 $ chez les dépanneurs. Un sauvignon de Nouvelle-Zélande jugé «bien typé, impression sucrée».

Les organisateurs ont placé un intrus dans la dégustation: le Château Couspaude 2010 (85 $) St-Émilion qui a obtenu la note de 87.

Les notes ne sont pas élevées: de 70 à 87. C'est souvent le cas dans les jurys formés de dégustateurs québécois francophones qui sont plus sévères (ou moins généreux) que les dégustateurs américains et canadiens-anglais. (Je parlerai de ce phénomène demain.) Le Couspaude est noté 92 par Parker et 92-93 par Suckling. (www.mondovino.com)

Protégez-vous donne trois conseils pour l'achat de vin en épicerie.

«Pour éviter que le vin soit altéré et ne manque pas de fraîcheur:

  • approvisionnez-vous dans des commerces, épiceries et dépanneurs, qui ont un bon roulement de produits;
  • ne choisissez pas les bouteilles poussiéreuses ou exposées à la lumière du jour;
  • vérifiez si le millésime est indiqué sur la bouteille et choisissez les vins les plus jeunes; les vins d’épicerie ne gagnent pas à vieillir, il vaut mieux les boire dès leur commercialisation.»

Vous trouverez tous les résultats de cette dégustation dans le magazine de l'édition d'octobre et sur le site internet www.protegez-vous.ca/vins-epicerie


Payez pour indiquer les cépages à l'épicerie

Il est interdit d'indiquer le nom des cépages ou des appellations sur les vins vendus en épicerie.

Seuls huit produits ont le droit de le faire. On m'avait dit que c'était en vertu de droits acquis, mais selon le magazine Protégez-vous, ce n'est pas ça. Il faut payer!

Selon, le magazine de protection du consommateur (édition papier), «en vertu du Réglement sur la promotion, la publicité et les programmes éducatifs en matière de boissons alcooliques, seuls huit vins de "dépanneur" choisi par appel d'offres peuvent afficher un cépage ou une appellation d'origine.» (Pourtant, ce règlement ne mentionne pas l'exception pour ces huit vins!)

Donc, selon ce règlement sur les programmes éducatifs, le consommateur n'a pas le droit de connaitre la composition ni l'origine du vin!

Pour huit vins, les importateurs-embouteilleurs doivent payer. «La SAQ a refusé de nous dévoiler combien», dit Protégez-vous dans son édition d'octobre 2014.

Ces embouteilleurs indiquent tout de même ces informations sur leur site internet, mais selon Linda Bouchard, porte-parole de la SAQ, ils trichent. Elle a dit à Protégez-vous que «pour nous (la SAQ), l'information ainsi véhiculée sur un site internet est une façon détournée de contrevenir à la règle (disant) qu'on ne peut pas en faire l'affichage sur les étiquettes des bouteilles et dans les publicités.»

Donc, consommateurs de vins de dépanneur, soyez et demeurez ignorants de ce que contiennent les bouteilles que vous y achetez!

Ce Règlement sur la promotion, la publicité et les programmes éducatifs en matière de boissons alcooliques dit bien à l'article 5 que « Dans une publicité, toute représentation relative à une boisson alcoolique doit être exacte. En outre, aucune publicité, qu'elle soit sonore, visuelle, imprimée, informatisée ou autre, ne peut indiquer le nom du cépage ou le nom de l'appellation d'origine d'un vin de table vendu par un épicier sous une marque exclusive.»

Tour ça est bien éducatif!

Les Québécois favorables à la privatisation de la SAQ

La majorité des Québécois se disent favorables à la privatisation de la Société des alcools du Québec.
 
En effet, 42 % des Québécois interrogés par Léger Recherche pour le compte du quotidien Le Devoir répondent oui à la question Êtes-vous favorable ou non à la privatisation de la Société des alcools du Québec (SAQ)?
 
Par contre, 37 % disent ne pas être favorables; pendant que 20 % répondent ne pas savoir et 1 % préfère ne pas répondre.
 
Si on ne tient compte que de ceux qui ont une opinion, ça donne 53 % qui se disent favorables à la privation de cette société d'État contre 47 %. 
 
Ce sondage a été fait par internet auprès de 1038 répondants du 21 au 25 août 2014. Il porte surtout sur les intentions de vote des Québécois.
 
Privatisation ou libéralisation
On peut se demander si la question est bien posée et si tout le monde comprend bien ce que l'on veut dire ici par privatisation de la SAQ. En effet, plusieurs personnes peuvent comprendre que le monopole d'État serait privatisé au profit d'un monopole privé. Ou encore que les profits de notre société d'État seraient dorénavant accaparés par des sociétés privées.
 
Au lieu de parler de privatisation de la SAQ, l'on devrait plutôt utiliser l'expression privatisation du commerce du vin, ou encore libéralisation de la vente du vin. Car, il est bien certain que dans tous les cas le gouvernement du Québec n'acceptera pas de se départir des profits et taxes générés par la vente d'alcool. D'ailleurs, un gouvernement n'est pas obligé de vendre lui même un produit pour percevoir des taxes élevées. (Comme c'est le cas pour l'essence et le tabac). 
 
Deux milliards de dollars
Donc, même s'il y a privatisation ou libéralisation, les deux milliards de dollars collectés par les gouvernements du Québec et par celui d'Ottawa continueront d'être versés dans les coffres de l'État. 
Il s'agit d'un milliard de dollars de la marge bénéficiaire de la SAQ versée à Québec et d'un milliard de taxes transmis aux deux gouvernements de Québec et d'Ottawa.
 
D'autre part, il y a une multitude de situations mitoyennes possibles. On n'est pas obligé de tout privatiser. La SAQ pourrait conserver le monopole des spiritueux et des vins très chers.
La vente de vin pourrait être faite par le commerce privé, comme c'est le cas actuellement pour la bière.
 
Privatisation de la SAQ et allégeance politique
Le sondage de Léger nous montre aussi la répartition des réponses en fonction des allégeances politiques. Ce qui donne ceci:
  • PLQ: favorable 49 %, non 27 %, ne savent pas 23 %;
  • CAQ: favorable 52 %, non 34 % et 13 %; 
  • PQ: favorable 32 %, non 52 % et 16 %;
  • QS: favorable 21 %, non 61 % et 13 %;
  • Autres: favorable 60 %, non 29 % et 11 % ne savent pas. 
Bénéfices en baisse
Les ratios d'exploitation de la SAQ sont en baisse constante. Au dernier trimestre (avril, mai et juin), le bénéfice brut (en pourcentage des ventes) a été de 52,8 %, contre 53 % et plus pour le même trimestre les quatre années précédentes. Le résultat net stagne à 33,8 %, contre 35,3 % en 2012.

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Le vin dans le libre-échange Canada-Europe

L'accord de libre-échange entre le Canada et l'Europe devrait être signé bientôt.
Toutes les discussions ont été menées à huis clos.

Toutefois, un média allemand a publié ce qu'il dit être une partie du texte final de l'accord de libre-échange entre le Canada et l'Europe, soit 500 des 1500 pages.

Le gouvernement canadien n'a pas voulu commenter la fuite.
Le document de 519 pages en anglais contient quelques articles sur le vin.
On y mentionne, entre autres, que les monopoles des alcools (et leurs filiales) ne doivent pas concurrencer les autres entreprises en dehors de leurs territoires respectifs.

Le document limite aussi le nombre de magasins qui peuvent vendre exclusivement du vin canadien à 60 en Colombie-Britannique et à 292 en Ontario.

Il y aurait actuellement 21 de ces magasins en Colombie-Britannique. En Ontario, il y a des magasins de compagnies vinicoles qui ne vendent que les vins de leur domaine et les 167 magasins Wine Rack.

Le document mentionne aussi le désir de l'Europe de voir diminuer d'ici 5 ans les différences de marges entre les vins locaux et importés dans les magasins privés.

  - Le supposé texte de l'accord de libre-échange Canada-Europe

Deux textes qui rapportent les craintes à ce sujet dans des médias canadiens-anglais:

Un vin blanc obturé avec des bouchons différents va donner des vins différents!

Vous prenez un vin blanc, vous lui mettez huit bouchons différents et vous aurez huit vins différents!

C'est ce qu'a démontré l'étude de Valérie Lavigne de l’Institut des sciences de la Vigne et du Vin.

Dans sa recherche intitulée «Incidence de l’obturateur sur l’évolution aromatique des vins», elle a constaté que les bouchons n'ont pas du tout la même perméabilité.

Après quatre ans, un même vin bouché avec des bouchons différents ne contient pas la même quantité d'oxygène dissout, de sulfites et d'arômes.

Valérie Lavigne a étudié 2 vins blancs pendant 48 mois obturés avec 8 différents types de bouchons. Un vin blanc élevé en cuve et un autre en barrique. Château d’Haurets 2007, appellation Bordeaux et Château Le Sartre 2007, appellation Pessac Léognan.

Elle a mesuré l'oxydation, le soufre libre, l'arôme typique du sauvignon le 3-mercaptohexanol (pamplemousse) et le marqueur du vieillissement: le sotolon.

Les bouchons étudiés sont le liège naturel; les lièges reconstitués agglomérés DIAM 5 P10; DIAM 5 P1; DIAM 10; les plastiques Supreme Corq et Nomacorc ainsi que les capsules Saranex et Saranfilm de Stelvin.

Elle a noté une grande disparité dans les bouteilles d'un même vin bouché avec le liège naturel.

«Ce que l'on peut reprocher au liège aujourd'hui, ce n'est pas sa qualité, c'est son hétérogénéité, ce qui fait que d'une bouteille à l'autre malheureusement, on ne peut pas avoir le même goût.»

Dans le monde, les bouchons en liège naturel représentent 20 %; les lièges recomposés 42 %; capsules à vis 25 % et synthétiques 13 %.

En France, c'est 41 % liège naturel, 33 % reconstitués; 15 % synthétiques et 11 % capsules à vis.

Sur une étude d'un vin Graves Blanc 2005, obturé au liège, 70 % des bouteilles sont peu ou pas évoluées; 10 % sont moyennement évoluées et 20 % sont très évoluées.

«Il n’y a pas de grands vins, il n’y a que de grandes bouteilles.»

De son côté, le bouchon en plastique Supreme Corq (plastique) laisse échapper tout le SO2, laisse entrer le plus d'oxygène et contient le plus de soloton et l'échantillon qu'il bouche est dit le moins bon par les dégustateurs.

Les bouchons les plus étanches se révèlent être les Diam et les capsules à vis.

De plus, elle ajoute qu'elle n'a pas noté de problèmes de réduction pour ces vins, quel que soit le bouchon.
Elle conclut son étude en disant que

Dans le cas des vins blancs, les analyses chimiques et organoleptiques sont bien corrélées. Le potentiel de garde du vin est mieux préservé dans les modalités correspondantes aux obturateurs les plus imperméables.»

Pour les rouges, elle a noté que les écarts n'étaient pas significatifs au bout de 48 mois, sauf pour le plastique Supreme Corq qui a perdu presque tout son SO2. Mais en général. «Les résultats analytiques confirment les impressions gustatives. Les différences ne sont pas significatives, quels que soient l’obturateur et le type de vin considérés, 4 ans après la mise en bouteille. Aucun vin (rouge) ne présente à ce stade d’évolution oxydative de son arôme ou de défaut de réduction.»

Au final Valérie Lavigne dit que

l’obturateur ne confère pas d’aptitude au vieillissement, il peut simplement la préserver.»

Mme Lavigne cite le grand oenologue Émile Peynaud

«Le grand vin ne meurt pas,
il n’y a que le bouchon pour le faire mourir»

Mme Lavigne continue son expérience. Nous pourrions avoir d'autres résultats dans les prochaines années. À suivre.

_________
Sources
Incidence de l’obturateur sur l’évolution aromatique des vins.
Valérie Lavigne, Chargée de recherches pour la Tonnellerie Seguin-Moreau
Détachée à l’Institut des sciences de la Vigne et du Vin. Juillet 2013.
Voir la vidéo de l'exposé sur Vimeo (23 minutes 40)
Valérie Lavigne est aussi l'auteur de l'étude sur le vieillissement prématuré des vins rouges.

Espagne et Italie en hausse; Bourgogne, Alsace et Australie en baisse

Les régions vinicoles du monde qui montent au Québec et celles qui descendent dans la section des vins de spécialité des magasins de la Société des alcools du Québec:

En hausse: Espagne, Italie, Loire et Languedoc.
En baisse: Alsace, Bourgogne, Australie, Nouvelle-Zélande, Argentine et Chili.

Au cours des 12 mois se terminant en avril 2014, les 432 vins d'Espagne en produits de spécialité à la SAQ ont vu leurs ventes augmenter de 20 % à 45 millions de dollars.

Espagne         + 20 %
Italie (autres)*  + 19 %
Loire              +  9 %

Alsace        - 26 %
Bourgogne   - 18 %
Australie      - 17 %

Les 426 vins d'Italie des régions autres (*) que la Toscane, le Piémont, la Vénétie, Sicile et Sardaigne ont vu leurs ventes augmenter de 19 % à 27 millions de dollars.

Pour les 234 vins de Loire, c’est une hausse de 9 % à 17 millions de dollars.

Puis les 429 vins du Languedoc-Roussillon ont augmenté de 1 % à 19 millions $, selon les chiffres de la SAQ.

Les perdants
Pendant ces 12 mois, les ventes des 119 vins d'Alsace ont connu une forte baisse de -26 % à 3,6 millions de dollars.
Celles des nombreux (685) vins de Bourgogne de -19 % à 12 millions $.
Les 279 vins d'Australie connaissent une chute de -17 % à 13 millions $.
Les 107 néo-zélandais chutent de -9 % à 3 millions $.
Les 279 argentins baissent de -4 % à 13 millions $ et les 191 chiliens, de -3 % à 12 millions $.

La fête aux spiritueux
Du côté des spiritueux, c'est la joie. Une hausse de 70 % des ventes des dry gins et de 58 % des rhums.

L'avenir
Les acheteurs de la SAQ  consacreront leurs efforts de septembre-novembre sur la recherche de vins blancs de la Loire (Sancerre, Pouilly-Fumé, Muscadet et Menetou) de moins de 35 $; ainsi que sur les vins de moins de 25 $ d'Espagne, du Languedoc-Roussillon et de l'Italie autres régions.
Pour la Bourgogne, ils rechercheront des vins régionaux et communaux.

______
 (*) Les autres régions d'Italie:
Abruzzes, Basilicate, Calabre, Campanie, Émilie-Romagne, Frioul, Latium, Les Marches, Les Pouilles, Ligurie, Lombardie, Molise, Ombrie, Trentin Haut-Adige et Vallée d'Aoste.

Taxes sur l'alcool: bière plainte versus vin silence

Hausse de taxe sur l'alcool, les producteurs de bière se plaignent pendant que les producteurs de vin gardent le silence!

Le gouvernement du Québec a appliqué une nouvelle taxe sur le vin, la bière et les spiritueux le 1er août dernier.

Une taxe de 24 cents sur la bouteille de vin, 5 cents sur la bouteille de bière et 37 cents sur une bouteille de spiritueux.

En même temps, le gouvernement a réduit la taxe que paient les restaurateurs sur ces produits.

Les producteurs de bières réagissent — les restaurateurs se disent contents — les producteurs de vins gardent le silence.

L'Association des brasseurs du Québec fait remarquer que la taxe spécifique sur la bière a augmenté de 57 % en deux ans. La Presse canadienne rapporte que «selon son président-directeur général, Philippe Batani, ces hausses successives ont contribué à "déstabiliser" l'industrie brassicole.» (ici.radio-canada.ca)

Les brasseurs craignent de nouvelles hausses de taxe et ont entrepris des discussions avec le gouvernement. Les brasseurs se sont inscrits au Registre des lobbyistes dans le but de «développer et négocier des moyens d’atténuation des effets des hausses courantes et futures de la taxe spécifique sur les boissons alcooliques sur l’industrie brassicole et ce dans le but d'assurer la pérennité, la durabilité, le développement et la croissance de ce secteur industriel.» (www.lobby.gouv.qc.ca)

De leur côté, les restaurateurs se sont dits heureux de la baisse des taxes. Ils payaient plus cher que les consommateurs. «Dans les faits, pour les restaurateurs, cette harmonisation est synonyme d’une importante baisse. Ainsi pour un litre de bière, le taux de taxe passe de 0,82 $ à 0,63 $ et de 2,47 $ à 1,40 $ pour un litre de vin ou de spiritueux. Au total, pour l’industrie de la restauration, ce sont au moins 27 millions $ d’économie!» (www.restaurateurs.ca)

Par contre, du côté des producteurs de vin, de leurs agences, des deux associations d'agences représentant les producteurs de vin (AQAVBS et RASPIPAV) et des embouteilleurs locaux, c'est silence total!

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