
Les vins de l'Amérique du Nord
«Au diable les bêtes de concours et les décoctions de parfums primitifs, dehors les mastodontes aux reflets d'encre et aux tanins agressifs. On veut du fruit, de l'élégance et de la finesse.»
Je n’ai pas terminé la lecture de ce livre Les vins du Nouveau Monde - Amérique du Nord, mais je vais vous en parler quand même, car je crois que ce sera un beau cadeau à vous faire pour Noël.
Les vins, les producteurs d'Amérique du Nord présentés par Jacques Orhon et Hélène Dion sans complaisance et dans un esprit critique rarement vu chez les chroniqueurs vin.
Nous habitons le Québec, le Canada même, l'Amérique du Nord et nous connaissons peu les vins de notre pays et de notre continent.
C'est un livre, c'est même un manuel bourré d'informations sur les producteurs près de chez nous.
«Sans lunettes roses», écrit Jacques Ohron. «Je ne vous cacherai pas, même si cela semble paradoxal puisque je vis sur cette terre d'Amérique, que l'exercice a été ardu.»
En Amérique, tout le monde veut faire de l'argent avec le vin... et l'on s'improvise vigneron même si la nature ne s'y prête pas...cuvée standardisée, sans caractère; vin ennuyeux; prix élevés; commerce; rentabilité, performance; spéculation...
Faiseur de vin, vendeurs de vin hors prix. «Il m'a fallu faire le tri, et ce fut tout un défi», dit M. Orhon.
Des dizaines de milliers de marques aux États-Unis. 500 propriétés viticoles au Canada. Dans cette mer de marques, le réputé sommelier a fait un échantillonnage représentatif pour chaque pays. Il y a du bon et des coups de chapeau.
C'est objectif et critique, c'est loin des louanges habituelles qu'on entend sur le monde du vin.
Nous Québécois avons souvent des préjugés envers les vins du Québec, du Canada, de l'Amérique. Préjugés fondés sur de mauvaises expériences. La lecture de ce livre ne nous fera peut-être pas changer d'idée, toutefois nous pourrons comprendre mieux ce qui se fait ici et découvrirons des producteurs qui font des efforts de qualité.
Saviez-vous qu'il faut payer pour inscrire Meritage sur une étiquette?
Le paradoxe américain: un gros cab. à 65 $ avec hamburger et hot-dog sous le Soleil de midi.
À propos des cépages hybrides: «des chiens ne sont pas des chats».
À propos de la Colombie-Britannique: «Est-ce vraiment au client, de financer, par ses achats, des installations extravagantes...»
15 cépages sur 12 hectares et 15 cuvées.
«L'être humain possède une des plus belles caractéristiques qui soient: il cultive l'espoir!»
Donc, un livre dense, bien intéressant, bien écrit.
Les vins du Nouveau Monde
Amérique du Nord - Canada, États-Unis, Mexique
Jacques Orhon
En collaboration avec Hélène Dion
Les Éditions de l'Homme
ISBN : 9782761931632
319 pages
29,95 $
Un travail colossal!
Il doit bien y avoir 2000 vins dans ce livre de plus de 500 pages!
Mais comment fait-elle?
Nadia Fournier pour la 32e édition du Guide Phaneuf a demandé l'aide de Véronique Rivest et de Bill Zacharkiw. Le guide est encore plus étoffé. Des conseils, des accords mets-vins, des notes techniques.
Les pesticides se retrouvent-ils dans le vin? Peut-on boire du blanc après du rouge? etc.
«La France est un immense jardin... et ce jardin est de plus en plus sain... la superficie du vignoble cultivée en agriculture biologique a été multipliée par douze.»
Bourgogne «les déceptions sont de moins en moins nombreuses... même les grandes maisons de négoces commencent à se tourner vers la qualité.»
Languedoc «Le meilleur des mondes, vous connaissez?»
Nadia Fournier se permet même de critiquer, ce qui est rare dans le monde de la critique de vin.
Prunotto, Barbaresco «ténu, un peu creux en milieu de bouche et porté par des tanins secs. Je m'explique mal un tel résultat pour 2009.» 2 étoiles 39 $
À noter dans le livre, une liste de producteurs à retenir pour chaque région.
Il y a un point toutefois qui me semble obscur. C'est celui des étoiles. Une multitude de 3 et de 4 étoiles. Les vins reçoivent des étoiles en fonction de leur catégorie. «Des étoiles dans l'absolu, me dit Nadia Fournier, afin qu'un petit vin de pays puisse avoir aussi un quatre étoiles.»
Mais qu'elles sont ces catégories? Prix, région, AOC, style, type...? Ce n'est pas expliqué.
Est-ce à dire qu'un bordeaux 3 étoiles pourrait être en fait meilleur qu'un corbières qui obtient 4 étoiles? Il semble que oui!
Ces étoiles ont peut-être un sens dans le livre, mais chaque vin sorti du livre, de son contexte, a ainsi une note qui n'est plus réellement compréhensible. On ne comprend pas la hiérarchie. Ce serait un point à éclaircir ou à modifier.
Malgré ce point confus, on a là un guide assez complet bourré d'informations sur les vins disponibles à ce moment-ci ici au Québec.
Bravo à toute la nouvelle équipe du Guide Phaneuf!
Le guide du vin 2013, Phaneuf
Nadia Fournier
Éditions de l'Homme
29,95 $
L'auteur d'un livre sur la santé et le vin écrivait qu'il n'est pas bon de ne boire du vin que la fin de semaine; alors si on en buvait trois?
Philippe Lapeyrie, dans son agenda du vin nous propose trois vins par semaine. Un pas cher pour le lundi, un un peu plus cher pour les jours de paye (zut, moi qui suis payé au mois!) et un pour la fin de semaine, le week-end comme on dit à Québec.
Il renouvelle ainsi le style des guides du vin, en nous proposant cet agenda original pour la deuxième année.
M. Lapeyrie écrit au début de son agenda «Nous n'acceptons aucun cadeau, ni commandite, ni autres "pots-de-vin" douteux des agences de vins, des vignerons ou autres personnes du monde des alcools.(...) Je suis et je resterai toujours incorruptible! J'aime beaucoup ce que je fais et je veux le faire encore très longtemps, c'est pourquoi je me fais un point d'honneur d'être intègre.»
À l'heure de la commission Charbonneau et au moment où la SAQ veut faire des partenariats avec des chroniqueurs de vin, cette prise de position a le mérite d'être claire et d'actualité.
Donc un peu plus de 200 bons vins pour les 13 prochains mois «sans oublier que tout est une affaire de goût, et que ce goût varie d'un individu à l'autre», tient à souligner le sommelier.
Donc, une belle sélection parmi les 2000 vins dégustés par Philippe Lapeyrie et son collaborateur Jean-François Pelletier.
Pour le 3 décembre: Gourgazaud 12,80 $; jeudi Pinot Blanc Metz 15,15 $ et samedi Pouilly-Fuissé Boisset 25,25 $. C'est bien parti!
Le Lapeyrie 2013
Les Éditions de l'Homme
22,95 $
La consommation non quotidienne de vin ne serait pas bénéfique pour la santé. Il faudrait donc boire du vin tous les jours!
C'est du moins ce que nous lisons avec un certain étonnement dans un livre intitulé Vins biologiques, signé Jean-Claude Rodet, aux éditions Marcel Broquet.
«Seule une consommation régulière apporte des effets bénéfiques, car l'organisme a des besoins permanents d'antioxydants pour lutter contre les radicaux libres, tandis qu'une consommation irrégulière provoque un mécanisme biologique d'effet rebond, c'est-à-dire une hyperactivité des plaquettes pendant l'abstinence».
Malgré le titre du livre, il est plus question de vin et de santé, mais peu de vin bio, sinon pour dire que le vin bio est meilleur pour la santé. «Les actions bénéfiques du vin ne se trouvent véritablement que dans les vins biologiques provenant de culture écologique et de vinification entièrement bio.»
Le livre est intéressant au début, toutefois, ça se gâche assez vite et de plus en plus au fur et à mesure que l'on progresse dans les 218 pages.
On y lit que les sagittaires devraient boire du brunello; les capricornes du carignan; les balances du lambrusco et pour les cancers ce sera du cinsaut...
On y apprend aussi que «pour faire reprendre conscience à une personne enivrée», il suffit de lui «frotter la plante des pieds avec du sel.»
Les amateurs de vin y découvriront de plus que des AOC sont spécialisées dans le traitement de certains troubles médicaux. Pour l'Alsace c'est l'hypertension; le Bandol c'est l'arthrose; les Corbières ce sont les allergies; le Vouvray pour combattre la constipation; le Beaujolais pour la diarrhée; le Muscadet pour la cellulite; les Côtes de nuits pour la convalescence et ainsi de suite.
Oh surprise! Le liège serait anticancéreux.
«Le contact liège / vin rouge serait bon pour la santé. Des chercheurs portugais ont démontré que les élagitanins du liège réagissent avec les tanins (les catéchines) contenus dans le vin rouge pour former l'acutissimine A, un agent anti-tumoral beaucoup plus efficace que l'un des médicaments anticancéreux les plus utilisés. in Réussir Vigne - octobre 2007»
Finalement, on y lit que le bout de la langue est le miroir du cœur et permet de goûter le sucré; alors que les côtés sont les miroirs du foie et l'arrière celui des reins.
Les vignerons seront aussi intéressés d'apprendre que la musique dans les vignes accroît le taux de sucre des raisins.
Le titre du livre pourrait plutôt être: Gentil ramassis de théories fumeuses à propos du vin!
LA SAQ élimine des vins de moins de 12 $ pour les remplacer par des produits plus chers.
Le populaire Bonal (8,50 $) est remplacé par l'inconnu Vega Ibor à 15 $; le Perequita (12,10 $) aura le mot Reserva sur l'étiquette et sera 15,95 $.
«Et ce n'est qu'un début», nous dit Jean Aubry en éditorial au début de son guide annuel. «Qualitativement, on perd au change (...) Au final, nous ne sommes plus en face de la même qualité de produit. Pour un prix toujours passablement plus élevé.»
«La Société des Alcools du Québec devrait penser au fait qu'il se vendrait peut-être plus de vins sous la barre des 15 $ si elle respectait aussi le choix d'un consommateur qui ne peut ou ne veut pas payer plus.»
Ceci nous rappelle ce qui est arrivé à L'Opéra de Villeramberet-Julien et à l'Arrogant Frog que la SAQ refuse maintenant de distribuer au Québec. Pourtant ce dernier, est dans le Top 10 rouge de Jean Aubry.
Jean Aubry dans son dernier guide Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $ se dit «convaincu que le vin n'a pas besoin d'être cher pour être bon» et «Un mauvais vin est toujours un vin payé trop cher.»
Il ajoute, se démarquant ainsi d'un de ses collègues, que pour son guide «tous les vins sont réévalués chaque année, et rien ne garantit que ceux sélectionnés dans une édition se retrouveront dans l'édition subséquente.»
Le chroniqueur du quotidien Le Devoir nous présente donc 100 vins qu'il qualifie de très bons et qui sont regroupés par couleurs et par prix. En rosé, pas de préjugés, on commence par le Mateus à 9,95 $ «sur un carré de porcelet ou sur un simple homard bouilli» jusqu'au top le Pétale de Rose (18 $); en blanc, le Pyrène Cuvée marine à 12 $ jusqu'à La Vigne de la Reine (23 $) et en rouge du Albernoas (9,05 $) au Ripasso Tommasi limite à 24,95 $.
Voilà donc une bonne sélection de vins de belle qualité à prix raisonnable.
Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $
Jean Aubry
Les Éditions Transcontinental
372 pages
978-2-89472-649-5
19,95 $
Est-ce que le consommateur peut acheter le vin à l'aveugle?
Est-ce qu'un vin peut être très bon année après année?
«Je n'ai plus le temps de goûter un grand nombre de vins chaque année», dit François Chartier sur les ondes de la radio de Radio-Canada.
Dans son dernier livre Le Chartier, Guide d'harmonisation des vins et des mets, 500 vins à acheter les yeux fermés M. François Chartier écrit «ces 500 ont fait leurs preuves, millésime après millésime, beau temps mauvais temps. Peu importe le millésime, ce sont des vins à acheter les yeux fermés, maintenant, l'an prochain ou dans trois ans...»
Il ajoute que ces vins «seront les classiques des millésimes à venir.» M. Chartier dit que ce dernier guide est intemporel et qu'il servira pour nos achats au cours des prochaines années.
Comment garantir que les prochains millésimes de ces vins permettront de nous donner autant de satisfaction? Le passé, selon le sommelier Chartier.
Pourtant, à quelques rares exceptions, au Brésil notamment, le vigneron n'a qu'une chance par année, une récolte, une production.
Chaque année le climat est différent, la température, la quantité de pluie, l'ensoleillement; ainsi que les attaques de champignons et d'insectes, les périodes de sécheresse... tout varie.
Chaque année le vigneron doit prendre un grand nombre de décisions: le genre de taille de la vigne, les quantités et types de traitements phytosanitaires, le type d'effeuillage, la date de récolte, l'ordre de cueillette selon les parcelles; un trie sévère des baies ou non selon la qualité et la quantité de la récolte; le type de levure à utiliser, la durée de la vinification et sa température; l'acidification ou la désacidification; l'ajout de sucre; le choix des barriques, de cuves; la proportion de fûts neufs; l'ajout d'intrants oenologiques, lesquels, dans quel ordre, quelle quantité; l'ajout de gomme arabique et en quelle quantité; la durée de la vinification; l'ajout de sulfite, quelle quantité et quand; quel assemblage faire; les proportions; le choix des cuvées à mettre en bouteille; la durée de conservation en cuve; la quantité de SO2 à la mise en bouteille; ainsi que le choix des bouchons et bien d'autres choses.
De plus, il peut se produire des changements dans le personnel du domaine. Un nouveau vinificateur, un nouveau maître de culture, une succession, un nouveau propriétaire, l'achat d'une parcelle, la vente d'une autre, l'achat de raisins, la vente de raisins en vrac...
Une année, le sauvignon sera plus herbacé; une année moins chaude, le merlot sera moins fruité et le boisé sera alors plus apparent. Une année torride, le sangiovese sera bien acide.
Dans ces circonstances, qui peut donc être certain de produire un très bon vin année après année?
Mais surtout qui peut nous garantir que le vin de l'année suivante nous plaira autant?
M. Chartier semble en être capable.
«Finies les dépenses et les recherches annuelles pour un guide des vins! Avec Le Chartier, vous avez en mains votre "sommelier personnel" pour les prochaines années», écrit l'auteur.
Dans ces 500 vins toujours bons, il n'y en qu'un d'Allemagne. Parmi les rouges: peu de Loire (4) et de Bourgogne-Beaujolais (10) et beaucoup d'Espagne (63) et d'Italie (54).
M. François Chartier consacrera plus de temps à ses recherches sur les harmonies vins et mets. «Depuis 2002 — année marquant un tournant important dans mon travail, avec l'instigation de mon principe scientifique d'harmonies et de sommellerie aromatiques» —, j'ai élevé mes expérimentations au rang de recherches scientifiques...»
Pour chacun des 500 vins, l'auteur recommande des accords avec des recettes de ses livres.
Le guide est actuellement sur les rayons au prix de 30 $.
Toute une brique!
Plus de 1000 pages, en fait 1021.
7500 vins.
Les auteurs et leur petite équipe disent avoir dégusté plus de 50 000 vins pour cette édition 2013.
La France est selon eux «un immense réservoir de vins et de vignerons à forte personnalité et sachant cultiver leurs différences.»
«Jamais au cours de sa très longue et riche histoire le vignoble français n'avait démontré autant de variété et de qualité dans sa production.»
«Le vin, comme l'eau et le pain, est un produit alimentaire de première nécessité et qu'en tant que tel il se doit de demeurer le plus accessible possible».
Quelques extraits:
Château de Chamirey
Les vins ont une gourmandise naturelle et une netteté rare.
Clos Marie
Pic Saint-Loup où chaque cuvée, dès l'entrée de gamme, s'approche de l'idéal languedocien.
Château Rouquette-sur-mer
L'élégance et la gourmandise ont été visiblement cherchées et trouvées.
Château Lancyre
D'une buvabilité hors normes.
Mas Julien
Les rouges sont au plus haut niveau languedocien.
Château Les Croisille
Tous les vins en remontrent à bien d'autres (de Cahors) en matière de solidité de constitution et de probité dans l'expression de l'origine.
Paul Mas
Capable de fournir à l'amateur de très jolis vins à un prix raisonnable.
Delas
Parmi les plus savoureuses représentations de leurs appellations respectives.
L'Argentier VdP du Gard
Étonne par la fraîcheur de la finale et par la gourmandise des tanins.
Un guide fait par des connaisseurs qui nous en apprend beaucoup sur les vins des régions de France.
Le livre, la brique est complété par un accès au site internet www.bettanedesseauve.com
Le Guide Bettane et Desseauve des vins de France
Michel Bettane et Thierry Desseauve
Éditions de La Martinière
1021 pages
9782732450285
24,90 € en France.
Le guide sort au Québec aujourd'hui au prix de 39,95 $
Neurogastronomy, How the Brain Creates Flavor and Why It Matters
(Neurogastronomie, comment le cerveau crée les saveurs et pourquoi c'est important)
C'est le titre de ce livre bien intéressant pour ceux qui veulent comprendre comment nous interprétons les saveurs.
L'auteur Gordon M. Shepherd nous dit que les saveurs ne sont pas dans les aliments, mais qu'elles sont créées par notre cerveau.
Le professeur de neurobiologie au Yale School of Medecine, passionné par les aliments et leurs saveurs, affirme que contrairement à l'idée répandue, l'odorat de l'être humain est très développé et très puissant. Il est beaucoup plus puissant que tous les appareils qu'on peut inventer pour détecter les molécules aromatiques.
Il nous dit toutefois que contrairement aux animaux, au chien entre autres, notre odorat est plus performant par voie rétronasale qu'orthonasal. Le chien sent surtout par le nez et l'humain par la bouche, par rétroolfaction, via le nasopharynx.
Lorsqu'on sent les saveurs dans notre bouche, ce n'est pas par le nez, mais par voie rétronasale. En mangeant ou en buvant, on sent l'aliment ou le liquide lorsqu'on expire.
«We often characterize our food in terms of how it "tastes", but the sense of taste as properly defined consist of sensitivity only sweet, salt, sour, bitter and umami. What we call the taste of our food beyond these simple sensations should be called flavor and is mostlty due to retronasal smell.»
Nous qualifions souvent notre nourriture en termes de comment elle "goûte ", mais le sens du goût proprement défini est composé de la sensibilité au sucre, au sel, à l'acide, à l'amer et à l'umami. Ce que nous appelons le goût de nos aliments au-delà de ces sensations simples devrait être appelé saveur et est principalement dû à l'odeur rétronasale.
(En français, il y a un glissement de sens entre goût et saveur. L'un étant prix pour l'autre ou comme synonyme. Alors on utilise maintenant souvent le néologiste flaveur pour désigner l'ensemble des sensations en bouche et à l'odorat. Ici je traduis taste par goût et flavor par saveur.)
Notre capacité rétronasale est tellement différente de l'orthonasale (par le nez) que cela devient un sens distinct. C'est un stimulus amplifié par les autres sens que sont la bouche, le goût et le tactile. «The volatile molecules in the air of the nasopharynx will account for much of the sensation.»
«It is important to realize that flavor does not reside in a flavorful food any more than color resides in colorful object. Color arises as differences in wavelengths into color to give it meaning for our behavior. Similarly, the smells that dominate the sense of flavor arise as differences between molecules; our brains represent those differences as patterns and combine them with tastes and other senses to create smells and flavors that have meaning for our perception of food.»
Donc, il est important de comprendre que la saveur ne réside pas dans un aliment savoureux, pas plus que la couleur ne réside dans l'objet coloré.
Nous sentons par le nez, mais encore plus par rétroolfaction, c'est-à-dire en expirant. L'expiration n'est pas reconnue comme un sens distinct. «Because it is always fused with two other senses, taste and touch, to form a third sense: flavor.» L'expiration combinée avec le goût et le tactile forment la saveur.
La perception d'une même odeur peut être différente selon le sens olfactif utilisé. Des personnes entraînées à reconnaître une odeur par le nez peuvent même être incapables de la sentir dans la bouche!
Tout se passe au niveau du cortex orbitofrontal situé derrière les yeux et au-dessus de la cavité nasale. Il y a là des cellules qui répondent aux odeurs plaisantes, d'autres aux déplaisantes.
«Taste stimuli usually occur together with retronasal smells. In fact, smell and taste together are often regarded as forming the main basis of flavor.» L'odorat et le goût (en bouche) forment la base principale de la saveur. (L'on pourrait aussi traduire par: l'odeur et la saveur (en bouche) forment la base principale de la flaveur.)
La couleur influence aussi l'arôme, mais surprise, moins en rétronasale (par la bouche) qu'en orthonasale, par le nez!
Notre odorat devient moins sensible si trop stimulé par la même odeur. C'est que notre système olfactif est construit pour réagir aux changements subits de stimulus.
Plus de 1000 odeurs ont été recensées jusqu'à maintenant.
Donc, «we sense flavor when we breathe out, and that flavor, in not all due to taste.» Nous sentons la saveur lorsque nous expirons, et cette saveur n'est pas due au seul goût. (Goût entendu ici par sensation gustative en bouche et saveur par l'ensemble des sensations gustatives et aromatiques.)
La dernière phrase du livre:
«Understanding the human brain flavor system can be just as important for the end of life as for the beginning.»
Comprendre le système nerveux humain d'interprétation des saveurs peut être tout aussi important pour le reste de la vie que pour son début.
La neurogastronomie, le début d'un nouveau champ d'investigation scientifique qui tentera de nous expliquer comment nous percevons les saveurs.
Il y a là plein d'enseignement pour l'amateur de vin que nous sommes!
NEUROGASTRONOMY How the Brain Creates Flavor and Why It Matters
Gordon M. Shepherd
Columbia University Press
288 pages
29 $
Décembre 2011
ISBN: 978-0-231-15910-4
Vous connaissez les vins bio, la culture biologique! Eh bien, la culture en biodynamie va un peu plus loin. On dit que c'est l'avant-garde en viticulture. Il y a quelques années, ils n'étaient qu'une poignée de viticulteurs biodynamiques, maintenant, ils sont plusieurs centaines et parmi les meilleurs.
Évelyne Malnic nous présente ici le premier guide français des vins en biodynamie.
Les origines de la biodynamie remontent à 1924 au moment où Rudolf Steiner donne «une série de conférences destinées à des agriculteurs inquiets des dérives de l'agriculture issue de la révolution industrielle».
L'emploi du chimique en agriculture et surtout en viticulture s’est accentué encore plus après la Deuxième Guerre mondiale.
«Comme l'agriculture biologique, l'agriculture biodynamique refuse l'utilisation des pesticides, insecticides, tous ces produits de synthèse en -icide et leur potentiel homicide.» Et elle va plus loin, «elle se singularise par une prise de conscience du rythme de la nature, de ses influences astrales, et s'attache à redonner vie et fertilité à la terre, à rééquilibrer et à revitaliser le végétal plus qu'à soigner en cas de maladie.»
L'agriculture biodynamique utilise beaucoup les préparats, bouse de corne, silice de corne, achillée millefeuille, camomille, ortie, valériane...
La certification en biodynamie couvre à la fois les raisins et la vinification. Ces vins sont certifiés par Demeter et Ecocert.
Il y aurait 100 000 producteurs de vin en France, 4000 bio dont 380 domaines en biodynamie.
Pour son guide Évelyne Malnic a reçu 380 vins de 102 domaines de France sur les trois derniers millésimes. Ces vins ont été dégustés par un jury de dégustateurs professionnels, des cavistes et sommeliers de la région normande.
Ces vins classés par régions sont notés et décris sur deux par page, en plus, on y présente leurs principales caractéristiques culturales.
Dans le dernier chapitre, Mme Malnic donne la parole à ces viticulteurs hors de l'ordinaire.
«Nous ne faisons qu'emprunter la terre aux générations futures.» Domaine Bott-Geyl. «Une harmonie entre la plante, l'enrichissement microbien du sol et les énergies du ciel.» Domaine Les Maisons Rouges. «Elle est un moyen technique supplémentaire, beaucoup plus pointu...» Domaine de Bellivière. «Elle apporte aux vins plus de saveurs, de typicité, de qualité, de digestibilité, pour en faire un aliment-plaisir.» Clos de la Briderie.
Donc, un premier guide sur ce monde qui nous est plutôt méconnu de producteurs enthousiastes qui veulent nous offrir le meilleur vin possible tout en respectant la nature.
Évelyne Malnic anime le site Plus belle la vigne bio www.plusbellelavignebio.com
Le guide vient de sortir en France et sera disponible en Québec le 27 février.
Guide des vins en biodynamie
Évelyne Malnic
Éditions Féret
355 pages, 16 x 24 cm.
ISBN 978-2-35-156-091-4
19,80 €
34,95 $
Une édition 2012 sous le signe de la différence et de la continuité. Michel Phaneuf dit que c'est Nadia Fournier «qui a réalisé l'essentiel de cette 31e édition.»
Il ajoute «Avec elle — et comme avant — il y a donc peu de chance de voir encenser dans ces pages tous les colosses hyper alcoolisés à la mode et si aisément glorifiés par quelques moutons de Panurge de la presse internationale. Nadia défend le vin digeste...»
Le ton est donné et Nadia ose attribuer des mauvaises notes comme à cet Hermitage 2003 de Guigal ou ce Luce 2007 ou encore ceci «la qualité générale des champagnes laisse encore à désirer (...) des vins dilués, qui devront ensuite être corrigés par une série de procédés oenologiques, comme le dosage...»
Il y a peu de cinq étoiles parmi ces 2400 vins, mais on est agréablement surpris d'en voir trois parmi les vins grecs, un québécois, un néo-zélandais et un porto blanc.
Elle ne donne pas non plus nécessairement les meilleures notes aux grandes cuvées. Certaines cuvées de base de certains producteurs obtiennent de bien meilleures notes que leurs cuvées «icones».
Des vins chers et adulés comme le Beaucastel peuvent obtenir une note inférieure à un petit Costières de Nîmes.
Il faut dire aussi que les vins sont notés «dans leur catégorie», ce qui n'est pas toujours très clair.
On y trouve beaucoup de bons vins à bon prix. Dans la section des 50 meilleurs vins de 15 $ et moins: La Ciboise, La Garnotte, La Lieue, Duque de Viseu... tous autour de 14 $.
Au sujet du bouchage avec la capsule à vis: «Parfaitement approprié qui permet aux vins blancs et rouges de conserver leur caractère fruité et leur fraîcheur juvénile encore plus longtemps.»
J'ai parcouru ce guide avec beaucoup de plaisir, toutefois la version numérique est beaucoup moins convaincante. Testée sur un iPhone c'est de lecture plus ardue, le moteur de recherche fait du mot à mot et finalement les liens externes ne fonctionnent pas! À améliorer.
Donc, un bouquin volumineux, précis et instructif bourré d'information sur les vins, les producteurs et les régions viticoles.
Phaneuf Le Guide du vin 2012
Nadia Fournier et Michel Phaneuf
Les Éditions de l'Homme
ISBN : 9782761931816
575 pages
29,95 $