
Ce qui a alors sauvé la civilisation, et le vin, menacés par les « barbares », c'est que, peu avant que l’Empire ne s’écroule, Constantin a imposé une nouvelle religion officielle aux Romains, le christianisme. C'est l'Édit de Milan en 313.
Les barbares, après avoir beaucoup détruit, ont eu la bonne idée de s’approprier aussi la religion des vaincus et de se faire chrétiens. Dans le christianisme, le vin et le pain sont des symboles fondateurs. Le moment le plus sacré du saint sacrifice de la messe, la consécration, les transforme en corps et en sang du Christ.
C'est à ce rite sacré fondateur que nous devons la survie de la vigne en Occident. Le vin étant absolument nécessaire à la célébration de l’Eucharistie, la vigne a survécu aux invasions barbares, en Europe tout au moins. En Afrique du Nord, c'est une toute autre histoire. Dès le VIIe siècle, cette région tombe sous la domination des musulmans, des gens encore pires que les barbares, puisqu'ils ne boivent que du thé.
On peut tout de même concéder aux mahométans une invention étonnante pour des adeptes du régime sec, l'alambic. L'Europe héritera de cette invention par l'Espagne, qui fut arabe pendant plus de sept siècles. La technique de la distillation permet de produire l’eau-de-vie, qui donne tout son sens à l’expression « prendre un coup ». Heureusement, le génie des authentiques amateurs de boissons plus raffinées va permettre de récupérer cette invention diabolique en inventant les vins mutés. Ce qui donnera naissance au xérès et, beaucoup plus tard, au porto.