5. Les princes de la Renaissance et la découverte de l'Amérique

La puissance des moines va reculer après la guerre de Cent Ans (1337 - 1453) et les princes qui se battent entre eux et la noblesse querelleuse vont bientôt occuper toute la scène. C'est la Renaissance. Cette époque si fertile en grandes découvertes n'apportera cependant pas grand-chose de neuf aux techniques de la viticulture et de la vinification qui resteront, jusqu'au XIXe siècle, à peu près ce qu'elles ont été depuis la fin du Moyen Âge.

La vocation profane du vin va toutefois prendre un nouvel essor. La raison principale en est que les routes deviennent de plus en plus praticables et que le commerce se développe de façon phénoménale. Le vin se mit alors à voyager, en tonneaux, il va de soi. Il devint ainsi une fabuleuse source d’enrichissement, pour certains.

Ainsi, Philippe II le Hardi, qui est duc de Bourgogne et, à son époque, le plus puissant souverain d'Europe. Il tire de considérables revenus de ses vignobles. À ce point que la cupidité de ce duc a failli faire disparaître l'un des vins des plus populaires de nos jours, le beaujolais. En effet, Philippe s'était rendu compte que le pinot noir (le noirien) donnait un bien meilleur vin que le gamay. En tout cas, il pouvait le vendre beaucoup plus cher. C'est pourquoi, en 1395, il fit une ordonnance qui décrétait que le gamay était :

« Un très mauvais et très déloyal plant (...) duquel plant vient très grande abondance de vins (...) de telle nature qu’il est très nuisible à créature humaine ».

Quod consequitur, les paysans doivent arracher tous les plants de gamay et replanter du pinot à la place. Tous les grands seigneurs ne sont pas toujours obéis de tous. C'est ainsi que le beaujolais a été sauvé. Malheureusement, diront les mauvaises langues !

La Renaissance, c'est le siècle des grandes découvertes, celle des Amériques en particulier. Dans le sillage des conquistadors – Cortés s'empare de l'Empire aztèque en 1521 – le vin part à la conquête du Nouveau Monde et va se répandre, avec la très catholique Conquista espagnole, dans toutes les colonies de l'Amérique latine. Il aura beaucoup de succès au Chili et en Argentine qui sont, encore aujourd'hui, les deux plus importants pays producteurs sur ce continent.

Plus tard, Français et Anglais se partageront l'Amérique du Nord. Les premiers sont trop au nord pour cultiver la vigne. Dès le départ, Jacques Cartier avait pourtant manifesté une bonne volonté certaine en baptisant Île de Bacchus ce que nous appelons aujourd'hui l'Île d'Orléans. Il est vrai que ce naïf avait aussi confondu une poignée de mica avec des diamants. Alors, une bourde de plus ou de moins !

Avec un sens plus aigu de la réalité, c'est une brasserie que fondera Jean Talon à Québec, en 1671. Fait rare dans l'histoire de la civilisation, les Canadiens français seront, avec les Irlandais, l'un des deux seuls peuples catholiques au monde à boire surtout de la bière.

Plus au sud, les fondateurs des treize colonies qui deviendront les États-Unis d'Amérique sont des sectaires protestants fuyant un pays qui, depuis Henri VIII, a renoncé à la Vraie Foi. Comme en Nouvelle-France, la bière s'y imposera. Car, malgré bien des tentatives d’y faire pousser la vigne (celles de Jefferson sont restées fameuses), les succès furent rares. De fait, ce n'est qu'en 1848, lorsqu'ils s'empareront de la Californie que les États-Unis hériteront de la vigne, avec le reste du butin volé aux Mexicains.

Les grandes découvertes vont, en passant, faire la fortune d’un îlot perdu dans l’Atlantique au large du Maroc, et du vin tout à fait unique que les Portugais y produisent depuis 1420, le madère. Ce vin a des qualités exceptionnelles. Il est à la fois doux et voluptueux et vigoureux et puissant. Il est surtout indestructible, même si on lui fait supporter la chaleur écrasante des tropiques. Il a donc été longtemps le meilleur ami des marins. Surtout que l’île est située sur la route de toutes les grandes navigations de l’époque vers l’Afrique, l’Inde, la Chine ou les Amériques.

Tous les grands navigateurs, Cao, Colomb, Vasco de Gama, Cabral, Magellan, Bougainville, Cook et tant d’autres capitaines, avant de partir à la conquête du monde, ont fait escale à Madère pour faire bonne provision de ce vin qui les accompagnera tout le temps de leur long voyage, sans jamais les trahir.