LA CUVÉE KERMIT LYNCH

Un même nom? Oui. Un même vin? Non.

Pourquoi le Château XYZ ne goûte-t-il pas la même chose au Québec qu'aux États-Unis?

Parce que même s'il porte le même nom, ce n'est pas toujours le même jus dans la bouteille vendue outre frontière.

On a entendu parler de la Cuvée Parker, aujourd'hui, je vais vous parler de la Cuvée Lynch.

Sur un forum, je lisais dernièrement que des gens se demandaient s'il fallait se fier aux notes de Wine Spectator, de Wine Advocate, de Jacques Benoit ou de Decanter.

Je réponds les deux premiers si vous achetez sur le marché américain, le dernier si vous achetez en Angleterre. Par contre, si vous achetez votre vin à la SAQ, êtes-vous certains que le vin est le même que celui commenté par les chroniqueurs étrangers?

Des cuvées pour le marché américain

M. Kermit Lynch est un grand connaisseur de vin français. C'est aussi un très grand importateur de vin de ce pays sur le sol américain. Il sillonne la France pour dénicher des producteurs de qualité. (Méo-Camuzet, D'aupilhac, Baudry, Joguet, d'Épiré, Gros-Noré, Dupéré-Barrera, Vieux Télégraphe et plusieurs autres.)

Il connait bien son marché. Il connaît bien le goût de ses clients et il choisit les vins qui plairont à ses consommateurs. Il lui arrive même de choisir les cuvées, les cuves, les barriques, les assemblages qui iront dans les bouteilles qu'il écoulera.

Donnons un exemple. M. Lynch va rencontrer chaque année Phillipe Faury, un producteur de très bon vin de Côte-Rotie, de Saint-Joseph et de Condrieu à Chavanay. Il y déguste les vins de différentes barriques et choisit celles qu'il préfère. Il fait faire ses assemblages. Ainsi les vins qui seront expédiés pour M. Lynch aux États-Unis porteront les mêmes noms que les vins vendus à d'autres acheteurs, mais ce ne seront pas les mêmes vins.

Il peut même arriver que l'importateur demande d'avoir une étiquette différente pour son marché.

Il y a quelques années, M. Faury a rajeuni ses étiquettes. M. Lynch les trouve trop modernes pour son marché. Il a demandé et obtenu qu'on mette les anciennes étiquettes sur les vins expédiés aux États-Unis.

Il n'y a rien là de répréhensible. C'est bien normal. C'est du marketing. Les goûts sont différents d'un pays à l'autre. Les Américains en général aiment les vins plus fruités, plus sucrés, moins acides.

Même nom oui! Même vin non!

Cela pose toutefois un problème aux consommateurs qui lisent les commentaires, des critiques et des notes sur ces vins.

Pour avoir un bel exemple, allez lire sur le site Cellar Traker, les commentaires sur ce vin : 2006 Domaine Faury St-Joseph. Ils sont fort différents. Il y en a même un qui parle de «new world style» pendant que d'autres mentionnent la minéralité. Allez maintenant voir les deux étiquettes envoyés par ces participants, vous comprendrez. Il semble bien qu'ils n'ont pas bu le même vin. Même nom oui! Même vin Non!

Château Quatrevindisse

Il arrive aussi dans quelques trop rares cas où le consommateur puisse avoir une indication (pas très claire) qu'il est face à une cuvée distincte comme ici : Guy Breton(Kermit Lynch Import) Morgon et Guy Breton Morgon. D'autres fois, c'est un peu plus précis Domaine Durban Vdp de Vaucluse 'Kermit Lynch Blend' et ici Beaujolais-Dupeuble Kermit Lynch (Monsieur Dupeuble écrit Château des Pertonnières sur son beaujolais vendu ailleurs).

Les mêmes ambiguïtés se retrouvent sur les sites et les magazines professionnels. Ainsi comment savoir si le Château Quatrevindisse dégusté par les gens de Robert Parker et de Wine Spectator est le même que celui noté dans les médias hors États-Unis?

Il ne faut pas oublier aussi le phénomène «échantillons». En effet, les chroniqueurs américains (français aussi) reçoivent des échantillons directement de producteurs.

Conclusion

Ainsi notre Château Quatrevindisse qui a reçu un bon 90 d'un chroniqueur américain ne sera pas nécessairement le même Château Quatrevindisse acheté au Québec ou en Ontario. Même nom oui! Même vin non!

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