Où acheter du vin ?

Au Québec, la vente d’alcool est un monopole d’État. La Société des alcools du Québec gère 398 succursales dans la province. Le vin n’est cependant pas exclusivement vendu dans les seuls magasins de la SAQ. Plus de 9 200 points de vente – épiceries et dépanneurs, de même que 403 agences – sont aussi autorisés à vendre du vin.

Tous ces établissements n’offrent cependant pas la même qualité de vin. L’amateur doit donc savoir où aller faire ses achats pour trouver la catégorie de vin qui l’intéresse.

Épiceries et dépanneurs
Les points de vente de loin les plus nombreux sont les épiceries et les dépanneurs. La qualité de vin que le client y trouve est cependant minimale. L’expression « vin de dépanneur » rend parfaitement justice à ces vins anonymes et insignifiants qui, de plus, sont le plus souvent vendus beaucoup trop cher pour ce qu’ils sont vraiment.

Il n’y a pas de bonnes affaires à espérer dans un dépanneur ou dans une épicerie. Un bon indice pour vérifier la « petitesse » des vins qu’on y trouve, c’est le degré alcoolique qu’ils affichent. Jamais ces vins ne dépassent les 11° ou 11,5° au grand maximum, alors que la norme est d’au moins 12,5° [et souvent beaucoup plus] pour les vins modernes.

C’est également dans ces établissements que se vendent – en quantité industrielle – les « produits élaborés au Québec ». L’acheteur doit savoir lire une étiquette. Cette mention indique que la bouteille ne contient pas du vin, mais une composition chimique fait de moûts importés auxquels sont ajoutés de l’eau, de l’alcool et d’autres colorants et agents conservateurs plus ou moins avouables.

Dans les épiceries et les dépanneurs, les vins d’appellation d’origine contrôlée [AOC] sont rarement offerts. Pour impressionner l’acheteur non averti, la SAQ a plutôt inventé le label « Vins de qualité certifiée » pour faire croire que certaines de ces piquettes auraient du galon. De fait, les VQC ne valent ni plus ni moins que n’importe quel gros jaja autrefois vendu... au gallon. Nuance.

Les succursales de la SAQ
Pour acheter des vins de meilleure qualité, l’acheteur doit se présenter dans une succursale de la SAQ ou dans l’une de ses agences. Il y trouvera deux catégories de produits, les produits courants et les produits de spécialité.

Un produit courant est un produit inscrit au répertoire habituel de la SAQ. Il doit, en principe, être disponible en tout temps en magasin. Le fournisseur doit donc avoir des réserves importantes pour répondre à toute demande de la SAQ qui, elle, ne veut jamais se trouver en rupture de stock pour un produit courant. Aussi, seuls les vins produits en grande quantité peuvent satisfaire à ce critère. Un vin produit en grande quantité est rarement un grand vin. C’est pourquoi les produits inscrits au répertoire des produits courants sont le plus souvent, au mieux, des vins de qualité moyenne.

Approvisionnement continu ou par lot
Les vins de meilleure qualité étant rarement produits en grande quantité, il est donc impossible de les retrouver au répertoire des produits courants. Pour ces vins, la catégorie créée par la SAQ est celle des produits de spécialité. Elle comprend, pour ne pas faire trop compliqué, deux sous catégories : les vins en approvisionnement continu et les vins en approvisionnement par lot.

Les vins les plus prestigieux sont habituellement les plus rares. Il est impossible, même à la SAQ, de les acheter en grande quantité. Ces vins sont donc achetés « par lot ». Ce qui veut dire que les arrivages sont comptés et irréguliers et qu’ils ne sont disponibles en magasin que quelques semaines, quelques jours, voire quelques heures seulement [pour les plus recherchés] chaque année. L’amateur de cette catégorie de vins doit toujours être à l’affût.

D’autres produits de spécialité entrent, eux, dans la sous catégorie dite en approvisionnement continu. Il s’agit de vins, habituellement de bonne qualité, qui ne se vendent pas en quantité suffisante pour être inscrits au répertoire des produits courants. Cependant, tout produits de spécialité qu’ils soient, ils restent disponibles toute l’année. Ces vins sont, en moyenne, plus chers que les produits courants, mais habituellement moins chers que les produits achetés par lot.

Les catégories de succursales
Pour mettre la main sur ces différentes catégories de vins, l’acheteur doit pouvoir identifier dans quelle succursale se présenter. C’est que les différents magasins de la SAQ affichent cinq bannières différentes et que chacune n’offre pas les mêmes catégories de produits que toutes les autres.

Les SAQ-Express correspondent, grosso modo, à ce que l’on pourrait appeler les dépanneurs de la SAQ. Ils ont l’avantage d’heures d’ouverture plus longues que celles des autres bannières. On n’y retrouve cependant que presque exclusivement des produits courants et la gamme des vins offerts est limitée. Il n’y a que deux SAQ-Express dans tout l’Outaouais.

Les SAQ-Classique offrent plus de choix. La gamme des produits courants est plus complète et, le plus souvent, ces magasins offrent également quelques produits de spécialité. Cette bannière compte 11 magasins en Outaouais.

Il y a seulement deux SAQ-Sélection dans l’Outaouais. Cette bannière offre la gamme la plus étendue de produits. En plus des produits courants, les produits de spécialité, en approvisionnement continu comme par lot, sont assez bien représentés.

Il y a cependant un petit problème « technique » qui fait que beaucoup de vins – souvent les plus intéressants, aussi les plus rares – ne sont jamais disponibles dans notre région. Ce sont les vins que la SAQ n’a pu obtenir qu’en petite quantité. Si, par exemple, 40 caisses ont été livrées, il est mathématiquement impossible d’approvisionner les quelque 66 SAQ-Sélections du Québec. Encore moins les SAQ-Classique.

Dans un tel cas, c’est le chiffre d’affaires de la succursale qui va déterminer laquelle sera livrée. Ce calcul ne repose cependant pas sur le chiffre d’affaires global de la succursale, mais sur son chiffre d’affaires par catégorie de produits. Par exemple, si le vin disponible en quantité limitée est un vin italien, ce sont les succursales qui vendent le plus de vins italiens qui seront approvisionnées en premier si, bien entendu, le conseiller en vins de la dite succursale en a fait la demande.

Quoi qu’il en soit, l’Outaouais n’est guère favorisé par ce mécanisme et il n’est pas toujours possible aux amateurs d’ici de mettre la main sur toutes les bouteilles qu’ils convoitent.

La bannière la plus prestigieuse de notre société d’État est celle des SAQ-Signature. Il n’y en a que deux au Québec, l’une à Montréal et l’autre à Québec. On y retrouve une collection fabuleuse de vins rares et chers, parfois disponibles dans des millésimes anciens. C’est là que celui qui en a les moyens doit aller pour acheter un porto vintage 1970, par exemple.

Par contre, pour les plus petits budgets, l’Outaouais a l’une des six SAQ-Dépôt du Québec. Le consommateur avisé et économe peut y bénéficier des « offres dépôt » exclusives à cette bannière. Il s’agit de vins vendus en packs de deux, trois ou quatre bouteilles, ou même à la caisse. Le choix n’est pas impressionnant, mais les économies sont réelles.

Ces magasins offrent aussi d’autres façons de faire des économies. D’abord, les SAQ-Dépôt sont jumelées avec un service de vente de vin en vrac. Le client apporte ses bouteilles. Il choisit parmi la quinzaine de vins disponibles et n’a plus qu’à faire le plein. Il doit acheter au moins six bouteilles de chaque vin choisi et les prix varient de cinq à dix dollars la bouteille. La qualité est à l’avenant.

Pour un acheteur plus exigeant, en ce qui a trait à la qualité, c’est également dans ces magasins que sont offerts les vins en étiquettes abîmées. L’approvisionnement est très irrégulier, mais celui qui fréquente assidûment cette section y trouvera parfois des merveilles. Le rabais sur ces vins est habituellement de 25 %, parfois plus. Les vrais bonnes aubaines ne sont pas toujours au rendez-vous, mais elles existent.

Les agences de la SAQ
En plus des épiceries, des dépanneurs et des magasins de la SAQ, il y a aussi d’autres établissements où il est possible d’acheter du vin au Québec. Ce sont les agences de la SAQ. Il s’agit d’épiceries situées dans des villages éloignés d’au moins 15 kilomètres d’une succursale SAQ. Il ne faut pas confondre ces agences avec les autres épiceries qui vendent du vin. Dans ces dernières, on ne trouve que du vin de dépanneur, au mieux les VQC, jamais d’appellation d’origine contrôlée. Les agences, elles, ont accès à une gamme de vins plus intéressants, les AOC en particulier. Dans ces établissements, le choix et la qualité sont comparables à ce que l’on retrouve dans une petite SAQ-Express.

saq.com
Il n’y a pas seulement dans les magasins où il est possible d’acheter du vin. On peut aussi le faire par le Web, à saq.com. Ce site Internet est, en pratique, la plus grosse succursale du Québec, peut-être même le plus grand magasin de vin de la planète. Certaines semaines [le site est mis à jour chaque lundi], jusqu’à 6 000 produits sont offerts.

Pour utiliser saq.com avec profit, l’acheteur doit cependant avoir, au départ, une bonne idée de ce qu’il recherche. Dans la page d’accueil, en cliquant sur Recherche avancée, il accède à un questionnaire lui permettant de cibler sa recherche : pays d’origine, appellation, cépage, millésime fourchette de prix, etc. Il lance alors la recherche et la liste de tous les produits qui répondent aux critères choisis apparaît. Pour chacun, il est ensuite possible de vérifier sous quelle bannière et dans quelle succursale le vin en question est présentement disponible. De cette façon, tous les vins disponibles dans la province sont rendus accessible à tous.

Certains vins – plusieurs centaines – ne sont disponibles que dans ce site et on ne les retrouve pas en succursale. D’autres – plus de 3 000 – sont aussi disponibles dans les succursales. Pour pouvoir acheter ces vins, l’acheteur doit d’abord s’inscrire au service d’achat en ligne de saq.com. Il le fait dans une succursale. Il a ensuite accès à ce service qui ne coûte pas cher, puisqu’il n’aura à payer que la moitié des frais de livraison assurés, pour l’autre moitié, par la SAQ. Dans notre région, faire livrer une caisse chez-soi [depuis l’entrepôt de Montréal] coûte alors moins de 10 $ plus, bien entendu, le prix des bouteilles commandées.

Saq.com offre aussi un autre énorme avantage, celui de rendre disponibles, dans l’Outaouais, tous les vins qui ne le sont pas dans les succursales de la région, mais qui le sont dans les entrepôts de Montréal ou dans toute autre succursale de la province.

L’amateur qui découvre, lors de sa recherche dans saq.com, que les dernières bouteilles du vin qu’il convoite ne se trouvent plus que dans la succursale de Gaspé peut, en effet, s’adresser à la succursale la plus proche de chez lui et demander que ces bouteilles lui soient livrées à cet endroit. Pour avoir droit à ce service, il faut cependant acheter pour au moins 100 $ [une bouteille à 100 $ ou deux à 50 $, etc.] Le transfert d’une succursale à l’autre peut aussi se faire à l’intérieur d’une même région. Par exemple, d'Aylmer à Buckingham. Toujours aux mêmes conditions.

Commander à Signature
Grâce à l’Internet, les vins de SAQ-Signature sont aussi disponibles en Outaouais, même si cette bannière n’est pas présente chez nous. Pour se procurer un vin vendu par Signature, la façon la plus efficace de procéder est simple. Après avoir repéré le vin dans saq.com, il suffit de téléphoner à l’une des deux succursales pour passer commande.

Il est préférable d’appeler à Québec [1 866 333-0253] plutôt qu’à Montréal. Les conseillers en vin qui vous répondent y sont beaucoup plus dégourdis que ceux de Montréal. Ils connaissent aussi beaucoup mieux leurs produits que ces derniers. Autre avantage, à Montréal, il faut acheter pour au moins 100 $ pour être livré; à Québec, il n’y a pas de minimum imposé. Il est aussi à noter que dans les deux cas, Montréal et Québec, la livraison à domicile de Signature est gratuite.

Le Courrier vinicole
Pour ceux qui ne sont pas encore branchés à l’Internet, il y a encore une autre façon, plus traditionnelle, d’acheter du vin, c’est de le faire par catalogue. Il s’agit du Courrier vinicole. L’abonnement est gratuit, il suffit d’appeler le 1 866 723-1221.

Les vins offerts dans le Courrier vinicole ne sont cependant pas à la portée de toutes les bourses. Publié deux ou trois fois chaque année, le CV propose des vins haut de gamme. Par exemple, l’arrivage annuel des grands crus classés de Bordeaux. Le CV est d’ailleurs la seule façon de mettre la main sur ces vins prestigieux, et très chers.

Les importantions privées
Depuis quelques années, une nouvelle filière s’est beaucoup développée pour acheter du vin, celle des importations privées. Celles-ci sont cependant réservées plutôt aux restaurateurs. La paperasserie et les coûts sont faits pour décourager le simple acheteur. Celui-ci n’a cependant pas à avoir de regrets, le choix qu’offrent toutes les autres possibilités d’acheter du vin est considérable. La SAQ est le plus grand acheteur de vin au monde. Personne au monde n’a accès à tant de vins de toutes sortes que les Québécois. Dans l’Outaouais, nous sommes encore plus choyés, les magasins du LCBO ne sont pas bien loin non plus.

Benoit Guy Allaire de l’Académie du vin de l’Outaouais.