Le bon vin entre terroir, savoir-faire et savoir-boire. Actualité de la pensée de Roger Dion

L’année 2009 marque le 50e anniversaire de la parution de l’ouvrage précurseur de Roger Dion, Histoire de la vigne et du vin en France des origines au XIXe siècle (réimprimé en 2010 par CNRS Éditions).

Afin de souligner cet événement, une trentaine de spécialistes du vin (agronomes, géographes et géologues, journalistes, historiens, œnologues et vignerons) se sont réunis dans le cadre d’un colloque organisé à Paris, les 29, 30, 31 janvier et 1er février 2009.

Le bon vin entre terroir, savoir-faire et savoir-boire. Actualité de la pensée de Roger Dion est le fruit de ces débats et réflexions; il réunit quelque vingt-cinq communications alors présentées et publiées sous la direction de Jean-Robert Pitte, professeur à l’Université Paris-Sorbonne et autre grand érudit de l’univers vitivinicole (il est l’auteur, entre autres, de Le vin et le divin, Fayard, 2004, Bordeaux-Bourgogne. Les passions rivales, Hachette, 2005, Le désir du vin à la conquête du monde, Fayard, 2009). Le principal apport de Le bon vin, dont les textes sont de contribution fort inégale, est de constituer un guide critique afin d’apprécier pleinement l’œuvre de Roger Dion.

Les textes sont répartis entre trois sections. La première, intitulée « La pensée de Roger Dion, réception et diffusion », nous transporte jusqu’au Japon, où est mise en application la thèse de Dion quant au rôle des conditions historico-politiques ainsi que des transports dans la constitution d’un terroir, afin de rendre compte de la formation d’une géographie du saké. La deuxième section, « La pensée de Roger Dion appliquée à divers vignobles », embrasse certes une approche géographique, mais également symbolique. Par exemple, les auteur/e/s du texte « Le terroir, une cause à faire valoir » s’interrogent sur ce que peut bien recouvrir la notion de « vin de terroir » dans un contexte où cette notion cache mal certains dérapages opportunistes.

La dernière partie, « L’anthropisation des terroirs », regroupe des textes à saveur peut-être plus novatrice. En tant que politologue, l’un m’a particulièrement captivée, soit « Le vignoble d’Île-de-France fut-il à l’origine de la Révolution française? ». Voilà une problématique extrêmement pertinente, mais que l’Histoire officielle tend à ignorer, voire à repousser à la marge du loufoque. Et pourtant, que cela plaise ou non, la faim et la soif sont mères des grandes révolutions fondatrices de la modernité démocratique.

Pitte, Jean-Robert (sous la direction) (2010), Le bon vin entre terroir, savoir-faire et savoir-boire. Actualité de la pensée de Roger Dion
Paris, CNRS Éditions, 363 pages.


Manon Tremblay
Université d’Ottawa et Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec