Naturae Syrah 2013, Gérard Bertrand

Les premiers vins sans soufre vendus à la SAQ.
Les fonctionnaires de la Société des alcools du Québec ont finalement accepté de mettre sur les rayons de nos magasins de vin, les premiers vins sans sulfites. Donc des vins dits nature.
Gérard Bertrand fait neuf vins sans soufre. Neuf vins axés sur le cépage. Cette nouvelle série est appelée Naturae. Ce ne sont pas des vins bio, mais des vins faits de raisins en culture raisonnée. Les gens de la SAQ ont accepté d'en mettre deux sur notre marché.

Le rouge syrah est parfaitement délicieux.
Très aromatique, fruits des champs, fruits murs et abondants, bouche ample, beaucoup de fruit, aussi beaucoup de tanins pour une syrah. Des tanins bien enrobés par un fruité assez gras. Une finale fruitée très longue. Savoureux et croquant. Le vin a du caractère.
La contre-étiquette dit «nous conseillons de le boire avant le 31 octobre 2015.»
Bouchon de liège. Alc. 13,5 %.
En ligne et dans 155 magasins. (139 lundi)
Voir aussi les commentaires sur le Chardonnay Naturae.

Le soufre est omniprésent à la vigne et à la cave. Il est utilisé sur les feuilles de vigne pour tuer les champignons (oïdium) et les acariens; pour nettoyer les cuves, barriques et matériel, sur les raisins pour éviter l'oxydation. Dans certains cas, on l'utilise aussi pour tuer les levures naturelles des raisins afin d'y substituer une levure sélectionnée achetée dans le commerce. On peut aussi en ajouter en cuve pour limiter l'oxydation. On l'utilise quelquefois pour stopper la fermentation. Puis finalement, on en met une dose à la mise en bouteille pour stabiliser le vin, limiter l'oxydation et le protéger pour le voyage.

Donc, on peut comprendre qu'il n'est pas facile de se priver de ce désinfectant, antioxydant, fongicide, antibactérien et phytosanitaire.

Voici comment Gérard Bertrand décrit sur son site la fabrication de ce vin:
«Le travail commence au vignoble par une sélection précise et minutieuse des parcelles les plus aptes à produire ce type de vin (90% du résultat final découle de ce travail de précision) : l’état sanitaire doit être parfait, le feuillage doit être sain, frais et dense, les raisins doivent avoir un niveau de maturité optimal. En effet la fenêtre de ramassage est très faible tant l’équilibre acide/sucres et maturité des tanins est primordial sur cette catégorie de vin.
La vinification en rouge est très traditionnelle, exception faite que nous n’utilisons ni SO2 ni tout autre intrant oenologique. Les raisins sont égrappés puis la phase de macération dure environ 10 jours pendant lesquels nous ne travaillons l’extraction que par des remontages quotidiens permettant de favoriser l’expression du fruit. Le pressurage intervient en prenant soin de séparer les presses, puis les vins sont soutirés dans le but d’éliminer les lies les plus grossières avant la fermentation malolactique. À la suite de cette dernière, les vins sont à nouveau soutirés puis mis au froid pour garantir leur bonne stabilité en cuve.» (www.gerard-bertrand.com)

Puis, dans cette vidéo dans le blogue de Nicolas de Rouyn, Gérard Bertrand explique qu'avec les vins nature «on est sur le fil du rasoir... il faut aussi faire attention au niveau de la mise en bouteille. On fait une mise précoce. On utilise de plus des bouteilles foncées anti-UV, des bouchons à haute densité, et on les stocke dans des cartons couchés pour que le transport se fasse dans les meilleures conditions.» 

Il ajoute que «c'est le premier vin au monde qui est vendu comme un produit frais. Donc, on garantit une durée de vie de 18 mois sur lequel on s'engage à ce qu'il n'y ait aucune déviance.»

Mais il ne dit pas tout. Dans le magazine Cellier de la SAQ, on écrit que «le vigneron hésite à tout dévoilé de son approche.»

Je lui pose la question: est-ce que ne pas tout dire n'ouvre pas la porte à la suspicion?
Il me répond par courriel. «Pas de suspicion, mais mille et un détails depuis la vigne jusqu'à la mise en bouteille. Le fait que l'on ne dévoile pas tout notre savoir-faire vient du fait que l'on a travaillé dur pendant 3 ans à faire beaucoup d'essais et de suivi avant de se lancer, car justement on tenait à ne pas utiliser à aucun moment de soufre et qu'il fallait donc être très minutieux, méthodique et rigoureux durant toutes les étapes. Tout simplement.»

Donc, deux vins. Est-ce le début? Est-ce la fin? Est-ce que les gens de la SAQ oseront plus?
Dans un article du Journal de Montréal, l'expérimenté chroniqueur-vin Claude Langlois, écrit qu'il s'en vend 800 000 bouteilles dans 17 pays. «Un secret... Une technique qui aura eu des effets sur l’ensemble de la production du domaine puisque, expliquait Gérard Bertrand, elle a permis de réduire de 50 % la quantité de soufre utilisée sur l’ensemble des autres vins», écrit M. Langlois.

Bon voilà, deux vins qui devraient permettre de répondre en partie du moins à la demande croissante sur notre marché de vins sans sulfites. Le site saq.com indique «EN QUANTITÉ LIMITÉE». Il y en a effet bien moins que les vins des vedettes locales Chartier et Ricardo.

Monsieur Bertrand souhaite que ses vins sans soufre soient ajoutés à la section des produits courants de la SAQ.

En terminant, ajoutons que selon la communauté scientifique, l'allergie aux sulfites n'existe pas. «Les scientifiques parlent plutôt d'une sensibilité aux sulfites et non d'une allergie», écrit l'Association québécoise des allergies alimentaires.

 Pour en savoir plus sur les sulfites dans le vin:

3 étoiles
Prix: 
18,95 $